‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existenceChapitre 87 sur 125 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Everingham

M. Maxwell. (Lord Tierries.)

Parmi les visiteurs illustres de M. de Lisle-Phillipps, il en est un dont nous devons ici dire quelques mots, car la Providence se servit de lui pour introduire les Oblats dans le comté d'York, et préparer les voies à l'un de leurs principaux établissements : celui de Leeds.

M. William Maxwell, anobli en 1848 par la reine d'Angleterre, et, depuis, connu surtout sous le nom de lord Herries, titre d'une ancienne famille de la pairie, avait son château d'Everingham à vingt kilomètres au sud-est de la ville d'York. Sept à huit cents personnes demeuraient près du manoir ; mais, dans le rayon d'une lieue, se trouvaient quatre localités dont l'une avait plus de trois mille habitants. Le tout constituait donc une agglomération considérable.

Extrêmement riche, M. Maxwell était un de ces catholiques dont le zèle ardent pour la conversion de leurs compatriotes ne reculait pas devant les plus fortes dépenses.

Il avait bâti, attenante à sa résidence, une vaste et belle église, qui lui avait coûté près de huit cent mille francs : vraie cathédrale par ses dimensions et sa magnificence. On y admirait vingt colonnes élancées, de nombreuses statues, un autel en marbre finement sculpté, une voûte à rosaces étincelante de dorures, un orgue à tuyaux très puissant, une sacristie abondamment fournie de vases sacrés et d'ornements du meilleur goût.

A son immense fortune, il joignait les plus rares qualités d'esprit et de cœur. Homme distingué dans ses manières et délicat dans ses procédés, il savait allier l'humilité du parfait chrétien à la dignité du grand seigneur. Chaque matin, on le voyait dans la tribune qu'il avait réservée à sa famille, et qui formait comme sa chapelle particulière dans

ce remarquable monument, dont il avait cédé généreusement la propriété au diocèse. Là, il récitait la prière, à laquelle tous ses domestiques devaient être présents. Ensuite, il s'adonnait à l'oraison mentale et assistait à la messe. Quotidiennement, il disait le rosaire, faisait sa visite au Saint Sacrement et à la Sainte Vierge. Le soir, il présidait encore la prière en commun, et lisait à ses gens réunis quelques pages d'un livre de piété. Il communiait plusieurs fois la semaine, observait rigoureusement les jeûnes de l'Église, et ne négligeait pas ces pratiques de mortification que certains chrétiens relâchés croient impossibles dans le mond<e. Enfin, chaque année, il s'enfermait dans une maison religieuse, pour y faire, dans le plus profond recueillement, une retraite de huit jours.

Près du château, il avait aménagé un charmant cottage pour les Missionnaires qui seraient chargés d'évangéliser la contrée avoisinante. Il l'avait meublé avec soin, et, suivant le confortable anglais, avait garni d'épais tapis tous les appartements sans excepter les corridors et lescalier. Une des portes s'ouvrait sur le jardin que continuait un parc aux allées bordées d'arbres séculaires.

Cette jolie résidence s'aj)pelait le Prieuré, Park Priorj-, Témoin des merveilles accomplies à Grâce Dieu, M. Maxwell écrivit à Mgr de Mazenod pour le supplier de lui envoyer quelques-uns de ses Oblats.

— Ne négligez rien pour les obtenir, lui avait recommandé Mgr Briggs, vicaire apostolique du comté d'York. Puissé-je bientôt les compter au nombre de mes collaborateurs, les embrasser et les bénir.

Le vénéré Fondateur accueillit favorablement la requête. Au mois de novembre 1847, i^lusieurs Pères et un Frère convers arrivèrent à Everingham, sous la conduite de leur Supérieur, le P. Perron, que les habitants de Grâce Dieu, de Whitwick et de Thringstone accompagnèrent de leurs regrets et de leurs larmes. Au souvenir de la scène des adieux extrêmement attendrissante, le saint Missionnaire répétait:

— Ah ! les Anglais ne sont pas sans cœur, quoi qu'on en dise en France.

Une de ses lettres nous raconte la réception à Everingham :

— Exquises furent les prévenances de M. et de M'"^ Maxwell. Gomme ils avaient de nombreux visiteurs, le soir de notre arrivée, il leur fut impossible de venir à notre rencontre ; mais ils envoyèrent huit domestiques pour prendre nos bagages, nous introduire et préparer notre repas. Avant leur coucher, ils nous dépêchèrent encore le premier biitler, ou majordome, pour voir si rien ne nous manquait. La maison est fort agréable, large et très bien meublée. Il y a même au salon un

gracieux piano, sur lequel je m'amuse parfois, pour chasser mes ennuis, si tant est que nous ayons le temps de nous ennuyer. Dimanche soir, nous dînâmes au château en grande compagnie. On semble tris enchanté de nous avoir. Le matin, à la messe, j'avais prêché le sermon d'ouverture. On m'a exprimé à plusieurs reprises combien on en avait été satisfait. L'église est très belle, magnifique même. M""^ Maxwell, musicienne de talent, tient l'orgue qui est superbe. Le chœur est bien exercé et on n'exécute que des morceaux choisis, de sorte que nous sommes dans une vraie basilique. Un millier de personnes assistèrent à l'oflice. Il y avait près de trois cents hommes, parmi lesquels plusieurs protestants.

Ce commencement était de bon augure.

— On nous traite ici avec les égards dus à des prêtres, ajoute le narrateur. Un cheval et une voiture restent sans cesse à notre disposition, afin que nous puissions aller plus rapidement, à toute heure du jour et de la nuit, porter aux infirmes les secours de notre ministère. Nous sommes, en outre, bien plus encore qu'à Grâce Dieu, en contact avec les familles de la plus haute noblesse de l'Angleterre. Nous sommes invités à prendre nos repas au château, tous les dimanches et fêtes, et souvent aussi dans la semaine, quand il y a grande compagnie. On voudrait nous y voir constamment. Mais nous n'oublions pas que nous sommes Missionnaires des pauvres : à eux notre prédilection.

§2 Médecin piétisfe qui refusait de soigner ses malades, le dimanche.

Si les Pères étaient si cordialement accueillis par les habitants du manoir seigneurial, ils ne l'étaient pas moins par les gens de condition inférieure. La population paraissait, en général, meilleure que celle du comté de Leicester.

Plein de sollicitude pour le salut de ce nombreux troupeau qui lui était confié, le P. Perron se mit à visiter toutes les familles, tant à la ville qu'à la campagne, sans aucune distinction entre catholiques et protestants. A cette œuvre importante, il consacrait toutes ses journées, sortant régulièrement chaque matin, sans s'inquiéter si le temps était beau ou mauvais, et sans tenir compte de la fatigue qui résultait pour lui de ces courses perpétuelles à travers champs. En route, on le voyait toujours récitant le chapelet. Entré dans une maison, il ne parlait que des vérités de la religion, et on l'écoutait avec respect. Le soir, beaucoup venaient chez lui, pour continuer à sinstruire. Aussi s'accordait-il à peine quelques minutes pour ses repas.

Avec un tel genre de vie, la santé la plus robuste aurait vite été

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ébranlée. Celle du P. Perron n'y résista pas. Devant l'immensité du bien à accomplir, il ne calculait pas avec ses forces. Le corps n'avait qu'à obéir. Il le mena rudement ; et, dans cet oubli de soi, il contracta une maladie qui l'achemina hâtivement vers le tombeau.

L'évangélisation ne va pas sans le sacrifice. Pour tant d'âmes à sauver, le Ciel réclamait une victime. Dieu la choisit en la personne du premier supérieur de cet établissement, dont les débuts promettaient tant pour l'avenir.

Malgré l'état de faiblesse extrême auquel l'avait réduit le rude labeur d'un ministère de tous les instants, le P. Perron ne s'arrêta que lorsqu'il lut réellement exténué.

Il consentit, alors, à prendre un peu de répit; mais il ne se coucha que pour ne plus se relever. Héroïques et saintes imprudences qu'on ne saurait conseiller en pratique, mais que Dieu récompense, quand il les inspire à ses serviteurs. Ainsi était mort le vénérable P. Albini! Ainsi, à la fleur de l'âge, mourut le P. Perron, d'une de ces morts qui, suivant l'Ecriture, sont précieuses devant le Seigneur.

Dans la soufl^rance, il fut extraordinairement édifiant, par son calme surhumain, son esprit de recueillement ininterrompu et sa parfaite conformité à l'adorable volonté de Dieu. Il priait constamment. Le Frère convers, chargé de lui donner ses soins, ne se rappelait pas ^tre jamais être entré dans sa chambre, sans l'avoir trouvé le chapelet à la main. Ses douleurs, la dernière semaine surtout, étaient très aiguës. On ne s'en apercevait que trop à l'altération de ses traits. Jamais, cependant, la plus légère plainte ne s'échappa de ses lèvres.

— Vous souflrez beaucoup, lui disait-on.

— Beaucoup moins que je ne mérite, répondait-il.

Dès les premières atteintes, on était allé chercher un médecin. C'était un dimanche. Le médecin ne vint pas. Il arriva, le lendemain seulement. Pendant ce retard, le mal avait considérablement empiré.

Quand l'homme de l'art se décida, enfin, à paraître, le P. Walsh ne put s'empêcher de lui en faire la remarque.

— Que voulez-vous ? répondit le moderne Esculape : je le regrette; mais, moi, j'observe le précepte du Seigneur : je ne travaille pas, le dimanche.

— Mais, lui objecta le P. Walsh, puisque vous vous en tenez à la Bible, vous avez bien dû y lire que notre divin Sauveur guérissait les malades, même le jour du sabbat. Ne réprimanda-t-il pas très sévèrement un chef de la synagogue, qui le lui reprochait comme une violation de la loi?

— Oui ! mais le dimanche est plus saint que le sabbat. Moi, je ne travaille i^as, le dimanche.

— Ainsi donc, si votre cheval tombait dans la rivière, le dimanche, vous le laisseriez se noyer ?

— Moi! je suis trop bon chrétien, pour travailler le dimanche !

De cet hérétique doublé d'un piétiste outré, impossible de tirer autre chose. A chaque raison qu'on lui alléguait, il opposait son éternel refrain :

— Moi, je ne travaille pas, le dimanche .

Le P. Walsh renonça donc à discuter davantage avec lui. A quoi bon, d'ailleurs? Ses arguments n'auraient abouti qu'à vexer de plus en plus son contradicteur, qui, dans son phaiMsaïsme, se serait peut-être vengé sur le malade, de la violence qu'on semblait vouloir lui faire. Débarrasser le monde de l'un de ces maudits papistes, émissaires de l'Antéchrist qui siège à Rome, n'était-ce pas, à ses yeux, une œuvre méritoire ?

Sa conduite ultérieure ne confirma que trop ces soupçons.

— Ce n'était pas la peine de me déranger, déclara-t-il, après un examen sommaire. Ce n'est rien ! Mais, enfin, pour vous montrer mon bon vouloir, je reviendrai encore.

Le lendemain, à son retour, les symptômes les plus graves et les plus alarmants s'accentuaient.

— Non ! non ! il va mieux ! beaucoup mieux !

Cette scène se renouvela, chaque jour. Plus le malade baissait, plus le médecin se montrait optimiste.

A la fin, le P. Perron n'avait plus qu'un souffle de vie, et présentait tous les signes avant-coureurs d'une mort prochaine.

— Oh ! soyez sans crainte. Il faut nécessairement que le patient descende à cet état. Alors, se produira une crise favorable : réaction heureuse qui ramènera la santé.

On n'en crut rien. Le P. Cooke, accouru de Grâce Dieu, administra à l'agonisant le Saint Viatique et l'Extrême-Onction.

La cérémonie terminée, et resté seul avec le Frère Vernet qui le servait, le P, Perron lui dit :

— Approchez-vous, et parlez-moi très franchement. A votre avis, qu'y a-t-il de meilleur pour mon bien spirituel : mourir ou vivre ?

Avec une grande simplicité, le bon frère lui répondit :

— Votre maladie a été longue, et vous a fait cruellement souflrir, sans que vous ayez ouvert la bouche pour vous plaindre. Vous avez reçu tous les Sacrements et l'indulgence plénière. Je vous ai entendu avouer, il n'y a pas un quart d'heure, que vous ne découvrez rien sur

votre conscience de nature à vous inquiéter. D'autre part, si le Seigneur vous concédait une prolongation de l'existence, vous ne savez pas quel genre de mort voui serait réservé. Vous pourriez être surpris, ou, du moins, perdre l'usage de vos sens, de sorte que vous n'auriez peut-être pas le moyen de vous préparer, aussi bien que vous l'avez fait, cette fois. Ainsi, tout considéré, au point de vue de vos intérêts spirituels, je crois qu'il vous est beaucoup plus avantageux de mourir...

— Vous avez raison, mon cher frère. Je suis très heureux que vous pensiez comme moi.

Puis, après quelques instants de silence :

— Je sens la mort qui s'avance rapidement. Je ne puis plus remuer les pieds ; ma poitrine est oppressée !... haletante... mon cœur bat à peine.

Par un suprême effort, il joignit ses mains défaillantes, et, les yeux levés au ciel, il murmura cette humble et touchante prière :

— Seigneur Jésus, mon Sauveur et mon Juge, ne me damnez pas ! Ne jetez pas dans l'enfer mon âme créée par vous, à votre image et ressemblance... mon âme rachetée par votre sang précieux !... Dans peu d'instants, je comparaîtrai devant vous ! Oh ! je vous en conjure, faites-moi miséricorde, avant de m'appeler à votre redoutable tribunal.

A ce moment, on entendit du bruit, dans l'escalier, et l'on reconnut le pas du médecin. Le Frère Vernet se précipita vers la porte, pour l'empêcher d'entrer.

— Je craignais, racontait-il plus tard naïvement, que la vue de cet homme qui, par son incurie, et peut-être par sa méchanceté, causait la mort du Père, ne fût pour celui-ci l'occasion d'une pensée de mécontentement, ou de légère rancune, qu'il aurait dû ensuite expier en Purgatoire. Je ne voulais pas que la présence de cet hérétique le troublât au dernier instant, et retardât son admission au ciel.

Mais le mourant s'était aperçu de la manœuvre.

— Faites-le entrer, commanda-t-il.

Aussitôt il tendit les bras vers le visiteur dont l'embarras était visible. Ayant saisi sa main, il la serra affectueusement, et, arrêtant sur lui un regard profond, il lui dit d'un ton pénétré :

— Thank you! Merci, cher docteur; merci!... Pardon, si je vous ai fait de la peine !... Adieu !... Au revoir !...

Interloqué, en proie à une émotion inexprimable, le médecin sortit immédiatement de la chambre, sans avoir pu prononcer un mot.

Au bas de l'escalier, il rencontra le P. Walsh et le P. Gooke. Il tremblait, et des larmes s'échappaient de ses yeux.

Quand son agitation lui permit d'articuler quelques paroles, il leur dit :

— ^'oilà près de vingt ans que j'exerce la médecine. Toutes les fois que je me suis rendu chez des moribonds, s'ils ont réussi à ouvrir la bouche, ce n'a été que pour me charger d'injures, m'accusant de les avoir mal soignés, d'être la cause de leurs souffrances et de leur mort. Votre bon Père, lui, m'a remercié!... Il m'a demandé pardon!... Pardon?... mais de quoi?... Il l'a fait d'une manière si attendrissante, que je n'ai pu maîtriser mon émotion... Oh ! comme l'expression de sa gratitude me bouleverse! .. Quelle charité!... Non! non! jamais je n'ai rien vu de semblable ! Dans notre religion, nul ne pratique, à ce point, la vertu !

§ 3 Jlux alentours d"Everingham.

La mort si édifiante du P. Perron, à la fin du mois de février 1848, attira une telle source de grâces sur la mission, qu'elle prit un essor toujours croissant. Il se forma, dans le gracieux Park Priorj', une nombreuse et florissante communauté, dont la direction fut confiée au P. Cooke.

Au mois de décembre suivant, quinze Oblats y firent, sous la présidence du P. Aubert, leur retraite annuelle préchée par le P. Bel- Ion. Le jour de la clôture, 8 décembre, ils renouvelèrent leurs vœux dans l'église publique, devant le Saint Sacrement exposé, en présence d'une grande foule accourue à cette cérémonie si extraordinaire pour elle. M. Maxwell y assista avec ses enfants et plusieurs amis. Tous communièrent. Le noble lord considérait cette imposante réunion de religieux chez lui, comme une marque particulière de la bonté de Dieu pour sa maison, et une bénédiction précieuse pour sa famille.

Parmi les Oblats alors à Everingham, nommons les Pères Grey, Egan, Trudeau, Soulerin, Jolivet, Walsh, Rouisse, Lynch, etc. ; les novices scolastiques, Murphy, Mac Donald, Dalton Patrice, Kerby, etc. ; les frères convers Vernet, Bayeul, etc.

Les observances religieuses à l'intérieur ne nuisirent en rien au zèle le plus ardent pour la conversion des hérétiques. Non seulement on s'occupa activement de ceux du voisinage, mais on créa des centres d'évangélisation dans plusieurs villes populeuses assez éloignées, telles que Beverley, Howden, Pocklington, dans un rayon de quinze à vingt kilomètres de distance.

Ce n'est qu'au prix de fatigues immenses et d'un dévouement à toute épreuve qu'il fut possible de s'implanter dans ces places fortes de l'erreur, et d'y répandre abondamment la semence de la A'érité, malgré toutes sortes d'obstacles.

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La première fois, par exemple, que les Pères vinrent à Howden, ville de cinq mille habitants, celui qui leur avait loué la salle pour la réunion, leur signifia, au dernier instant, qu'il ne pouvait leur livrer son immeuble pour un pareil usage. Il fallut faire la conférence sur la place publique, en face du marché. Au milieu subsistaient quelques gradins du piédestal d'une croix antique, disparue depuis longtemps. La chaire était toute trouvée. Le P. Gooke y monta. Il parla en plein air à une foule de plusieurs milliers de personnes de la ville et des environs, car l'annonce qu'un prêtre catholique devait prendre la parole, avait attiré une multitude de curieux de toutes les sectes : protestants, anglicans, méthodistes, indépendants, puritains, etc., etc.

— Quelles étranges choaes peut bien avoir à nous dire ce papiste? s'étaient-ils demandé entre eux. Les croyances des romanistes sont si ridicules ! Allons-y !

Et, quoique ce fût un dimanche, les nombreuses chapelles hérétiques demeurèrent vides. On écouta le P. Gooke dans le plus grand silence.

A la fin, un murmure approbateur s'éleva de la foule, et les assistants échangèrent leurs réflexions :

— Tiens ! mais ce qu'il dit paraît fort raisonnable !

— Et selon la Bible !

— Rien à objecter !

— Et quelle clarté dans l'exposition !

— Si ce révérend, qui certainement est très instruit, revient, j'irai l'entendre encore.

— ^loi aussi !

— On nous avait dépeint le catholicisme sous d'autres couleurs.

— Nous aurait-on trompés ?

— Il nous sera facile, maintenant, d'en avoir le cœur net.

Depuis lors, chaque dimanche, malgré la distance d'une vingtaine de kilomètres, un des Pères d'Everinghan retourna à Howden. L'auditoire fut de plus en plus sympathique. Des conversions eurent lieu et allèrent se multipliant. Il fut décidé que, sans plus tarder, on ouvrirait une chapelle provisoire, en attendant la possibilité d'en bâtir une autre qui, par ses proportions et sa beauté, répondit à l'importance de l'œuvre si pleine d'espérances.

Le chef des méthodistes ayant, un jour, par hasard, assisté à l'office dans cette chapelle, entendit le Missionnaire annoncer, pour le dimanche suivant, un sermon sur la Présence réelle de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie.

— La Présence réelle ! se dit-il. Jamais je ne croirai cela ! Quelle

absurdité ! Le corps du Christ serait simultanément dans des milliers d'endroits ! Allons donc ! C'est contraire au simple bon sens !... Cependant, ce prêtre ne manque pas d'esprit !... Il n'est pas fou !... Loin de là!... Et il paraît convaincu !... Gomment s'y prendra-t-il pour prouver ce qu'il affirme si catégoriquement?... Et s'il avait raison!... Par exemple !... En voilà une affaire !...

Toute la semaine, le prédicant méthodiste rumina ces pensées. Le dimanche, il fut un des premiers à la chapeUo catholique. On le trouva à genoux, priant Dieu de l'éclairer.

Il écouta le sermon avec une profonde attention, notant soigneusement les passages de l'Écriture-Sainte, que le Père alléguait à l'appui de son enseignement.

L'office terminé, il se retira tout ému.

Rentré chez lui, il prit sa Bible, et appela sa femme. Ensemble ils employèrent le reste du jour et la majeure partie de la nuit à examiner les textes cités.

Leurs âmes avaient trop de droiture, pour que la céleste lumière leur fût refusée. Peu à peu, les ténèbres de l'erreur se dissipèrent, et la vérité se révéla dans une radieuse clarté.

Le mari se tournant, alors, vers sa femme, lui dit :

— Ma pauvre amie, n'avons-nous pas été, jusqu'à cette heure, pire que les Juifs ?... du moins, nous ne valons pas mieux ! Comme eux, nous n'avons pas voulu croire aux paroles du Fils de Dieu, déclarant avec tant de netteté qu'il donnerait sa chair en nourriture et son sang en breuvage !

Tombant à genoux, l'un et l'autre, ils demandèrent pardon à Dieu de leur incrédulité.

Dès le lendemain matin, le chef des méthodistes courut chez le Missionnaire lui manifester sa ferme intention de devenir catholique.

Il se convertit, en effet, lui, sa femme et ses enfants.

Ses anciens coreligionnaires irrités lui infligèrent les plus mauvais traitements pour se venger de lui. Ni les privations, ni les menaces, ni les promesses ne l'ébranlèrent. Jusqu'à sa mort, il persévéra.

Le nombre des catholiques augmentant sensiblement à Howden, les Pères durent s'occuper de construire une église convenable. On acheta un terrain très bien situé, et la première pierre de l'édifice fut solennellement posée, durant l'été de i85o, par Mgr Briggs, vicaire apostolique du comté d'York. Une belle église gothique commença aussitôt à sortir de terre. Les largesses de M. Maxwell x^ermirent de

pousser activement les travaux. L'année suivante, on l'inaugura, le jour de la fête du Sacré-Cœur de Jésus, auquel on l'avait dédiée.

Ilowden devint, à son tour, un centre important d'évangélisation. La nouvelle église, malgré sa grandeur, se remplissait chaque dimanche. On y arrivait en groupes nombreux, même de Goole, ville de plus de seize mille habitants, sur la rive opposée de l'Ouse, à la distance d'une dizaine de kilomètres (i).

(i) Voir la carte p. 533.

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