CHAPITRE VIII Maryvale
Saint Mary 's Monastery de Market Weighton.
Vu l'affluence de postulants. le [P. Aubert depuis longtemps se préoccupait de fonder, en Angleterre, une maison pour le noviciat. Jusqu'alors, on l'avait successivement transporté de Penzance à Grâce Dieu et à Everingham, expédient essentiellement provisoire, l'exiguïté du local nuisant à la formation régulière des sujets.
Non loin d'Everingham, et près de la ville de Market Weighton, était une construction, élevée dans un but pieux, mais inutilisée. Le P. Aubert apprit qu'on la mettrait à la disposition d'une communauté religieuse, qui, à titre de location s'engagerait à l'entretenir.
Elle se dressait au milieu d'une plaine exposée à tous les vents. Au nord, une chaîne de coteaux assez bien cultivés ; à l'ouest, sur un mamelon, une église, autrefois catholique, mais actuellement protestante. Pas d'arbres, autour de ces murs aux fenêtres exiguës, ressemblant à des lucarnes ou à des meurtrières. L'architecte, visant au style gothique, n'avait réussi qu'à faire de l'étrange et du bizarre. A l'intérieur, le vide absolu ; absence même des Jobjets de première nécessité.
Ce Saint Mary's Monastery. bâti plutôt pour des Trappistes que pour des Missionnaires, permettrait, cependant, d'attendre qu'une occasion meilleure se présentât. On en prit donc possession, dans les derniers jours de décembre 1848, comme d'un asile temporaire. On n'y demeura, en effet, que de cinq à six mois. Le P. Bellon fut maître des novices, avec le P. Soulerin pour socius.
MARYVALE 55q
§ 2 Le séminaire de "Birmingham.
Toujours très dévoué, Mgr UUathorne olTrit, peu après, un immeuble très convenable et fort spacieux, situé à Maryvale, près de Birmingham. Il avait abrité le séminaire diocésain, avant que Mgr Wiseman ne l'eut transféré à Oscott, à trois quarts d'heure de distance.
Maryvale, ou Vallée de Marie ! Quel nom gracieux et de bon augure pour les Oblats de la Vierge Immaculée !
A cet édifice se rattachaient des souvenirs qui le rendaient cher à tous les enfants de l'Eglise.
Il fut, d'abord, le manoir d'une de ces familles héroïques, qui conservèrent la foi durant les siècles de persécution. Sur l'emplacement de la chapelle, expira, martyr, le dernier prêtre mis à mort pour avoir commis le crime, alors impardonnable, de célébrer la sainte Messe.
L'illustre Milner, vicaire apostolique de ce district durant les j)remières années du xix"" siècle, l'aménagea pour l'éducation de la jeunesse catholique. Peu à peu, ce collège obtint un réelle importance. Les élèves accoururent nombreux, non seulement de toute l'Angleterre, mais aussi des colonies.
A mesure que la population scolaire s'accrut, le niveau des études monta. Là, se formèrent à la science et à la vertu les ecclésiastiques les plus distingués de la Grande-Bretagne.
Puis, à la suite du futur cardinal Newman, les principaux convertis de l'université d'Oxford s'y essayèrent à la pratique de la Règle de saint Philippe de Néri. Ils ne le quittèrent qu'après l'achèvement de leur couvent de l'Oratoire, dans l'un des faubourgs de Birmingham, à Edgbaston, Hagley Road.
Aussitôt après leur départ, Mgr UUathorne le proposa aux Oblats, persuadé que la Congrégation y continuerait ces traditions glorieuses.
Gomment refuser ? Le P. Aubert accepta avec reconnaissance, et résolut d'en faire son quartier général. Au mois de mai 1849, il y installait le noviciat et le scolasticat. La maison était assez grande pour se prêter, sans inconvénient, à cette double destination : vastes salles, chapelle très bien ornée avec tribune, cours de récréation, jardins, prairies, etc.
— Aurions-nous eu le choix, et deux cent mille francs à dépenser, disait-il, impossible de trouver mieux, et cela au cœur de l'Angleterre, aux portes d'une ville de plus de trois cent mille habitants.
56o DANS LES ILES BRITANNIQUES
Devant tous les professeurs de son séminaire d'Oscott, l'évêque manifesta sa joie de voir les Oblats à Maryvale. Ces messieurs, ainsi que les Oratoriens, ne s'en montrèrent pas moins satisfaits, el j)rodiguèrent aux nouveaux venus les marques les moins équivoques de cordiale sympathie.
Mgr UUathorne ne s'en tint pas là. Il témoigna publiquement aux Oblats son admiration dans une Lettre pastorale au clergé et aux fidèles de son diocèse :
— Il ne sera i)as sans intérêt pour vous, leur disait-il, d'apprendre qu'une communauté des Oblats de Marie Immaculée, déjà connus ])ar leurs travaux et leur zèle apostolique en divers pays, a été naguère établie à Maryvale, afin d'y préparer des Missionnaires pour l'Angleterre et ses colonies.
A cette occasion, Mgr de Mazenod mandait à ses fils :
— Cette sainte maison, j'en suis sûr, ne dégénérera pas entre vos mains. C'est un héritage délicat ! Succéder à tant d'hommes célèbres ! Les yeux de l'Angleterre sont fixés sur vous. On s'attend à de grandes choses de votre part.
Et au P. Bellon :
— Vous voilà à la tête d'un noviciat qui commence à compter. En si peu de temps, un tel nombre de sujets ! C'est ravissant ! Et encore, quand l'Irlande donnera, que sera-ce donc? En attendant, je me réjouis de la qualité de ceux que vous avez. Que de merveilles opère en notre faveur la bonté de Dieu ! Je ne sais où s'arrêtera ce torrent de grâces... Prions le Seisrneur de nous accorder de réaliser ses desseins et de correspondre à ses bienfaits.
Dès la première année, le personnel fut constitué sur un bon pied.
A l'ordination du mois de décembre, à Oscott, huit scolastiques reçurent les saints Ordres. Il y avait déjà, à Maryvale, vingt-cinq Oblats.
— La prospérité de nos établissements d'Angleterre est vraiment miraculeuse, écrivait Mgr de Mazenod à Mgr Guignes. D'après les évêques anglais que j'ai l'occasion de voir à leur passage à Marseille, notre Congrégation est une des plus estimées de toutes celles qui sont dans le Royaume-Uni. Ces prélats se disputent l'avantage de la posséder dans leurs diocèses.