‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existenceChapitre 90 sur 125 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Manchester

Etablissement et mission des Oblats.

Peuplée de trois cent mille habitants, et destinée à un développement beaucoup plus considérable encore, Manchester renfermait, alors, quatre-vingt mille catholiques, pour lesquels il n'y avait qu'une quinzaine de prêtres.

Désireux d'adjoindre à ce clergé trop restreint une communauté d'ouvriers apostoliques, l'évêque de ce district offrit au P. Aubert la chapelle de Saint-Patrice, dans la Oldenham Road, avec une maison attenante toute meublée et un revenu suffisant pour l'entretien de plusieurs Pères. Les Oblats en prirent possession dans la seconde quinzaine du mois d'août 1849, le dimanche dans l'octave de l'Assomption. Aussitôt ils y prêchèrent une retraite de deux semaines, pendant lesquelles ils conquirent complètement le cœur et la confiance de leurs nombreux auditeurs.

Mais, surtout, la grande mission à la paroisse Sainte- Anne, dans le centre de la ville, fut un véritable événement. C'était la première mission en règle prêchée en Angleterre par les Oblats, suivant leurs usages traditionnels. Le P. Aubert tint, pour ce motif, à la diriger luimême. Son dessein était d'implanter dans les Iles Britanniques cette méthode qui, en France, produisait des fruits si merveilleux. Il suivrait donc à peu près la même marche, sauf, à l'extérieur, quelques modifications nécessitées par les exigences d'un pays où dominaient les protestants. Les prédications compenseraient ce qui manquerait de ce côté. Dans le programme figuraient trois sermons par jour, outre les gloses et les avis.

L'ouverture eut lieu le dimanche 6 octobre 1849.

Bientôt l'affluence fut immense et ne cessa d'augmenter. Quoique vaste, l'église Sainte-Anne se trouva trop petite. Pas le moindre coin

iuoccupi'-, (le la porto jusqu'au sanctuaire. Les sièges, les bancs, les passages, les intervalles, le chœur étaient envahis, une heure ou deux à l'avance, tant chacun redoutait de ne pouvoir ensuite franchir le seuil. L'attention de tous se soutenait, sans aucune mar([ue de lassitude, pendant des exercices parfois fort longs.

— Impossible de loger quelques personnes de plus, écrivait le P. Aubert, le ii octobre, les serrerait-on comme des anchois dans un baril. Xous-mcmes, nous réussissons difficilement à nous frayer un chemin, pour nous rendre de nos confessionnaux à la sacristie.

Un soir de la première semaine, le P. Cooke, après avoir terminé son sermon devant cette multitude, pria ceux qui voulaient se confesser, de ne pas quitter l'église. Nul ne bougea. A minuit, les pénitents entouraient encore les confessionnaux, en rangs pressés. Dès l'aurore, ils les assiégèrent de nouveau.

— Depuis quatre heures du matin jusqu'à onze heures et demie du soir, nous n'avons pas un moment libre, écrivait le P. Noble à Mgr de Mazenod. Quotidiennement, cinq ou six sermons; puis, au confessionnal tout le jour et presque toute la nuit. La fatigue est considérable assurément, mais le bien qui en découlera est incalculable.

Pour les confessions devenues accablantes, on sollicita le concours des prêtres d'autres paroisses. Mais les pénitents s'adressaient de préférence aux Missionnaires. Les Pères furent donc tellement surchargés, qu'il leur restait à peine le temps de prendre à la hâte une frugale réfection et un court sommeil.

— Si, au lieu de n'être que trois, nous eussions été trente, écrivait le P. Cooke, nous n'aurions pas été encore assez nombreux pour confesser tous ceux qui se présentaient. Nous souffrions, en songeant à tant de pauvres gens, qui abandonnaient leur travail et attendaient du matin au soir, dans l'église, sans sortir, même pour leurs repas, dans la crainte de perdre leur place... Et, cependant, comment suffire, malgré un labeur excessif?

Il fallait bien, pour ne pas être dans l'impossibilité absolue de continuer, le lendemain, se réserver quelques instants d'un sommeil indispensable.

Mais, quand, à deux, et quelquefois trois heures après minuit, les Pères épuisés se décidaient à partir, des gémissements retentissaient de tous côtés.

Pour obtenir un tour de faveur, plusieurs s'écriaient à haute voix et sans respect humain :

— Oh ! mon Père, je ne me suis pas confessé depuis de longues années. Ayez pitié de moi ! Ne me laissez pas périr !

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