‹ Les Obsessions Dans Les Psychonévroses: Étude Psycho-CliniqueChapitre 20 sur 32 · FORT TR IT · texte numérisé non relu

FORT TR IT

Exaspéré de se sentir toujours vaincu, il finit par se demander si sa raison existe, si lui-même n'est pas une irréalité. Qu'est-ce que la pensée ? qu'est-ce que la raison ? quels rapports ont-elles avec le temps ? Est-ce que tout n’est pas illusion ? etc. Il se perd dans des raisonnements interminables, tout heureux au fond d'arrêter ses pensées sur un sujet autre que sa mère.

Ces idées ne persistent pas constamment, elles le quittent parfois. Mais ce qui est pénible, c'est le sentiment de malaise, de tristesse qui ne lui laisse aucune trève et l'accompagne toujours et partout. Il ne peut s'en abstraire et s'en plaint autant que de l’idée morbide. Ilreste cinq ou six mois dans cet état qui, comme on le voit, ne faisait que s'aggraver, Son médecin très inquiet lui conseille de retourner chez luiet de consulter un spécialiste. Il va consulter M. le professeur G...., qui lui prescrit, avec un traitement approprié à son élat, un repos absolu et une cure d'hydrothérapie à Champel. Rassuré, encouragé par sa visite au Professeur, il reprend espoir. Après une longue cure hydrothérapique, il abandonne ses études pendant un an pour aller vivre à la campagne. Peu à peu les crises s'atténuent. Il arrive à les combattre en s'agitant. Comme pour beaucoup de ces malades, les crises d’agitations se substituaient à la crise intellectuelle, ce qui est un bon signe d'amélioration. « Quand je sens mes idées venir, je marche et puis ça passe », disait-il souvent. «Je marche » est un euphémisme, en réalité il gesticulait,. se débattait, bousculait les meubles, ce qui lui dônnait les allures de

« lion en cage ».

Les sentiments pénibles qu'il ressent entre les crises s'atténuent à leur tour. 11 peut reprendre un travail moins absorbant, mais pendant plusieurs années encore il a des poussées d'idées obsédantes suivies de sentiments contraignants

Age adulte. — TH s'occupe de critique théâtrale et littéraire. ve quentant un milieu de snobs, il se laisse entraîner par quelques-uns d'entre eux à commettre des exentricités graves ; Comme conséquence de ses orgies effrénées, il a des obsessions de sacrilège avec sentiments de remords.

Il est obligé de se condamner encore à un repos de plusieurs mois. Enfin. enthousiasmé par le mouvement socialiste, il abandonne la littérature et la musique pour étudier les questions économiques. J1 le fait avec passion, prend la parole dans les réunions publiques, se jette dans le journalisme à corps perdu, etc., etc... Après une

grande tournée de conférences, dont il revient épuisé, de nouvelle s obsessions se produisent. 4

Ce sont, cette fois, des obsessions de crimes, à formes implsives. Pour ne pas allonger cette observation, nous ne décrirons pas ces deux dernières formes, dont on trouve des exemples dans le

cours de ce travail. = 4 :

OgsEervarION IV

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Eddy, 35 ans, institutrice.

Père rhumatisant, mère cardiaque, frères etsœurs en bonne santé.

Enfance : Rougeole, coqueluche.

Elle a souvent de grands maux de tête qui Fempèchent quelquefois d'aller à l’école. : |

Elle est toujours triste, malheureuse, ne se mêle jamais aux jeux de ses petites compagnes, ne s'intéresse à rien.

Très intelligente, elle apprend vite ses leçons et a très bonne mémoire, mais le moindre effort la fatigue. Toute jeune elle a déjà le sentiment qu'elle est anormale : « J'aurais été heureuse d'être comme foutes mes amies, mais je ne suis pas comme tout le monde », et cela contribue encore à l’attrister. Elle ades tics, cligne de l'œil, tire ses bas, fait toujours les mêmes grimaces, ele.

Puberté. — Réglée tard et très irréguliérement.

En pension, elle est toujours une des premières de sa classe. Elle a une grandé facilité pour l'étude, mais n'a pas de puissance de traval. Elle fixe difficilement son attention et ne peut rien faire de suivi. Le matin, elle se sent normale RTS les quatre ou cinq heures qui suivent son réveil ; mais peu à peu elle se sent envahie par une impression de fatigue qui augmente jusqu'à l'heure du coucher. La nuit elle a des cauchemars variés, sauf à l'époque de ses règles où elle rêve toujours de taureaux.

À 15 et 16 ans, crise de chloro-anémie profonde pendant laquelle on la relire de pension pour l'envoyer vivre à la campagne.

À 17 ans apparaissent brusquement des mouvements choréiques très intenses à la face el aux quatre membres. La tête et le tronc sont si fortement secoués, qu'il lui est difficile de s’alimenter toute seule.

Elle à un hoquet particulier suivi d'une sorte de mouvement de déglutition bruyante.

Le hoquet coïncide toujours avec une aspiration qui est très longue.

Cet état physique a persisté pendant fort longtemps.Voyons maintenant son élat mental.

Après sa première communion, à 13 ou 14 ans, elle a des obsessions de doute qui durent plusieurs beures par jour. Elle se pose mille questions sur l'existence de Dieu, l'origine des choses, etc.

Pendant sa crise elle s'interroge fiévreusement, sans pouvoir arriver à une solution. Pendant ce temps elle est fortement angoissée, et son angoisse dure longtemps après que ses crises de questions sont ter-

minées. Ses parents la font soigner ; et, petit à petit, ses obsessions disparaissent. Elle retourne en pension et reste quelque temps très bien. Malheureusement survient la crise de chloro-anémie à lasuite de laquelle elle éprouve ce qu'elle : ppelle’: « des fuites des idées et des mots » et qui ne sont, en réalité, qu'une variété d'obsessions, puisqu'elle est constamment poursuivie par la pensée de trouver un mot qui lui échappe, et qu'elle ne peut s'arrêter tant qu'elle ne l’a pas retrouvé. On l'envoie à la montagne et, au fur et à mesure que ses forces lui reviénnent, ses obsessions s'atténuent C'est alors qu'apparaissent les mouvements choréiques qui préoccupent plus ses parents qu'ellemême, car débarrassée de ses obsessions, son esprit est dans un calme relatif. Les divers lraitements essayés paraissent rester sans résultat. On l'envoie chez le docteur X .. spécialiste en renom pour la traiter par l'hypnotisme. Elle est réfractaire au sommeil hypnotique et à peine éprouve-t-elle, pendant quelques secondes, un léger engourdissement. En revanche, chaque séance provoque chez elle de telles crises qu'au bout de 3 ou 4 essais infructueux le docteur X.. crut devoir y renoncer. A partir de ce moment, non seulement ses mouvements sont exagérés, mais ses obsessions réapparaissent avec une telle violence qu'on craint pour sa raison.

Pendant toute la journée mille idées embrouillées traversent son

esprit, qui semblent s'enchevêtrer capricieusement, elle ne peut leur résister et se sent entraînée dans une sorte de tourbillon sans fin, irrésistible. Son angoisse continue et ne lui laisse que peu de répit.

Les nuits sont agitées, elle perd le sommeil et prend son milieu en

grippe, ne pouvant plus voirni son père, ni sa mére, On est obligé

de l'isoler et après plusieurs semaines de repos absolu elle revient peu à peu à l'état normal, ne conservant que de temps à autre des obsessions, qui durent 2 ou 3 heures sous forme de manie de l’analyse. Avant de les avoir elle se sent plus agitée que de coutume; puis, après l'obsession elle garde une grande impression de tristesse et d'abattement moral.

Au bout de quelques années, ses obsessions ont disparu complètement, ses mouvements choréiques se sont très atténués et il ne lui reste plus qu'un tic de l'épaule droite, sorte de soubresaut vio-

lent qui coïncide avec des mouvements de projection en avant de la

mâchoire inférieure.

Ajoutons que cette malade n'a jamais eu « de crises de nerfs ni aucun symptôme ressemblant à une attaque d'hystérie. Fas de zone hystérogène, ni anesthésie, ni hypéresthésie, pas de retrécissement du champ visuel. Le diagnostic d'hystérie doit donc être écarté.

Examen physique. — Pas de sligmates physiques de dégénérescence, rien de particulier à signaler aux poumons et au cœur. Pouls lent et faible, il y a de l'hypolension très nette. Digère mal, a l'estomac lourd 2 ou 3 heures aprés avoir mangé et quelquefois des renvois aigres le matin. Pas de dilatation ‘stomacale. ‘Très constipée. Pollakiurie, Depuis sa chloro-anémie, réglée régulièrement. Pendant ses règles, elle a une recrudescence de ses tics. Elle a toujours de légers tremblements dans les doigts et à l'extrémité de la langue.

Force musculaire normale. Réflexes plutôt exagérés aux membres supérieurs, normaux aux membres inférieurs. Réflexes pupillaires normaux. <

Mesure de la sensibilité. — Aux pulpes des doigts 0,002 ; face dorsale de la main 0,25 ; face palmaire, 0,01.

Champ visuel normal.

TDR 2

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