II. — La Crise obsédante
La crise psycho-physiologique. — Obsessions neurasthéniques et obsessions psychasthéniques. — Evolution des obsessions psychasthéniques. — Pronostics des obsessions
Dans la psychasthénie la cerise obsédante n'apparaît pas
TR
brusquement. Elle est précédée par une période prémonitoire de durée variable, pendant laquelle le malade ne se sent pas
dans son état normal. Connaître cette phase est de toute
importance, car elle permet de prévoir, dans une certaine
mesure, les crises subséquentes.
1° La période prémonitoire peut consister en un état d'aboulie développé subitement. Un sujet, déjà hésitant par nature, voit s’aggraver lout à coup celte tendance à l'inaction. Il ne peut plus lravailler, ne peut se résoudre à rien. Il semble que tout ressort est détruit en lui, et il se laisse aller à l’inertiela
plus compièle. ,
Quelquefois, au contraire, cette période débute par un état de surexcilation et d'énervement, survenu à propos d’un délail insignifiant. Le sujet est agité, fiévreux, les idées se
succèdent en foule dans son esprit, il parle avec volubilité, etc.
Plus souvent encore, le malade est assailli par des sensa-
tions pénibles ou douloureuses. Ia une « lourdeur de tête » caractéristique et analogue à celle qu'il éprouve après un surmenage intellectuel ; une sensation de gêne et de souffrance imprécise, des bourdonnements d'oreilles accompagnés d'une sorte de vertige et de légères nausées,etc., etc.
Enfin il éprouve fréquemment des phénomènes psychologiques complexes. Un sentiment d'inquiétude vague, une peur irraisonnée, une grande trislesse sans cause apparente, une
‘impression de vide intellectuel et de fuite des idées, des
- absences durant lesquelles il se sentisolé du monde extérieur, des émotions bizarres, ele. Tous ces phénomènes anormaux sont la manifestation d un état pathologique latent,que les malades sont unanimes à à conSfater. Ils décrivent cet-état d'une manière souvent très originale : « Je ne suis pas comme d’habitude », « je me sens étrange » ; « je ne suis plus mot, quelque chose a craqué en moi »:« je suis tout chose ». Ils
Dire.
vivent dans une attente pénible et comme si un malheur allait leur arriver, « ils ont des papillons noirs », elc.
Cette période prémonitoire n’est que le prodrome émotif de l'obsession psychasthénique vraie.
2 L'idée obsédante fait comme toujours son apparition brusquement, mais il semble pourtant que certaines circons= lances facilitent son irruption. Elle débute au moment où le sujet veut accomplir une action, volontaire, quand il commence un travail, par exemple. Un étudiant en philosophie, très psychasthénique, a des obsessions dès qu'il s’assied à sa table de travail, ou dès qu'il ouvre un de ses livres d'étude. C'est ce qui explique en grande partie: laboulie apparente’ de cerlains de ces malades, car dès qu'ils veulent faire un effort intellectuel, exécuter une action virile, leurs obsessions se produisent. Pour les éviter, ils se confinent dans une inactivité voulue qui est pour eux un moyen de défense.
L'effort d'attention prolongé peut aider aussi au développement des obsessions. C'est souvent en écoutant un prédicateur ou en suivant attentivement une conversation sans y prendre part, aée les psychasthéniques ont de violentes crises. :
Enfin, les insommies prédisposent à leur ni aux idées obsédantes. Nous avons remarqué que, chez plusieurs de ces malades, les crises survenaient vers les trois ou quatre heures du matin, après une nuit sans sommeil.
Toutes ces causes nous paraissent agir de la même façon, elles provoquent une fatigue intense qui affaiblit le pouvoir de synthèse mentale.
L'idée obsédante atteint immédiatement son plus haut degré d'intensité et ne présente pas ces phases d'aggravations successives que nous avons décrites chez les neurasthéniques. L’angoisse physique et l'anxiété morale qu’elle
En
it
es ee
provoque sont d'ailleurs moins intense que dans la neurasthénie, bien qu'elles se reflètent parfois sur le visage du malade qui ne peut guère les dissimuler. Cette angoisse a toujours une durée très longue et persiste fréquemment après la disparition de l'idée obsédante. C’est là un caractère tout à fait spécial, n’appartenant qu'aux obsessions psychasthéniques, et qui à une grande importance à notre point de vue.
L'angoisse se traduit physiquement de plusieurs façons. Le malade peut avoir des {roubles cardiaques (palpitations,
arythmie, tachycardie).
Quand Patrice est angoissé, son cœur bat violemment et irrégulièrement. Il a des palpitations et des battements à tout rompre dans la poitrine. Son pouls, bien frappé d’habitude, plein et sans hypotension, serait plulôt dur et tendu pendant la crise. Bien que nous n’ayons pas eu, à ce moment, l'occasion de mesurer sa tension artérielle au sphygmomanomètre, 1l a surement de l'hypertension. Deux autres malades, Eddy et Rina, qui sont normalement des hypotendues, nous paraissent présenter des phénomènes analogues, quoique beaucoup plus atténués, leurs crises étant moins mtenses que celles de Patrice.
Ces constatations coïncident avec les expériences lrès précises que MM. Vaschide et Marchand (1) ont pu réaliser sur un éreutophobe. La pression sanguine normale qui, chez ce malade, était de 18,5 centimètres, s'élevait à 21 centimètres sous l'influence de l'angoisse.
A ces symptômes viennent s'ajouter des phénomènes de vaso-dilatalion périphérique. Ces malades ont le visage congestionné. Ils ont aux pommettes et sous les yeux des plaques érythémateuses d'un rouge pourpre. Les mans el
(1) Yasclinde et Marchand : « Revue de psychiatrie », Juillet 1900.
— 86 — HE surlout le visage se couvrent de sueur. Patrice est obligé de. s’essuyer fréquemment la lèle avec un mouchoir, car ses. cheveux « coulent l’eau » littéralement. Rina, qui s'agite peu, a des sueurs abondantes, même lorsqu'elle passe sa crise. assise dans un fauteuil, etc. d SR
Les {roubles resmiralou'es peuvent être variés. Chez Patrice : on rencontre souvent de la polypnée (voir pl. IF, fig. 7, &, 9). La respiration est rapide et on dirait que les deux ‘temps, : inspiration et expiration, sont simplement raccourcis ; chez certains malades, ils sont si rapprochés, qu'il se produit une véritable trémulalion du diaphragme et de l'abdomen.
Rina, au contraire, a, pendant son angoisse, de véritables crises de suffocation, qui peuvent durer plusieurs heures, et pendant lesquelles « elle se sent étouffer ». Le rythme respiratoire est plus rapide que la normale. L'inspiration est profonde et forte, elle s'arrête brusquement, produisant une sorte de soubresaut de la poitrine et un bruit analogue à celui du hoquet. L'expiration est brève et silencieuse. De temps en Lemps, ce rythme est interrompu par un grand soupir caractérisé par une inspiration et une expiration d'égale durée et très prolongées. à
Il peut exister des /roubles digestifs. Pendant son angoisse, Patrice perd l'appétit, et il lui arrive souvent de ne pas diner. Rina reste même un ou deux jours sans rien prendre, et la. plupart du temps l'anorexie persiste après la crise. Elle a eu quelquefois des nausées passagères. Les malades ressentent aussi, au moment de l'angoisse, ce qu’ils appellent « des coliques blanches », sorte de spasme intestinal douloureux et rarement suivi de diarrhée.
Tous ceux que nous avons observés ont une sivlorrhée abondante.
Pendant l'angoisse, les malades ont des envies fréquentes d'uriner, mais ils n'irrivent à émeltre que quelques gouttes
d'urine. Il s’agit donc plutôt d'une po/lakiurie nerveuse, d'origine réflexe, que d’une polyurie vraie. |
Ils éprouvent des sensations génitales anormales, très analogues à celles produites par le vertige ou la peur, chez certains individus. es
Tous ces phénomènes anormaux, douloureux, Joints à l'anxiété morale éprouvée par le malade, incitent celui-ci à la résistance et le stimulent dans sa lutte contre l’idée obsédante. Il lui semble que si son idée vient à disparaître, son angoisse pénible disparaîtra à son tour. Le premier moyen employé pour vaincre son redoutable adversaire est la discussion. Il cherche des arguments rationnels à opposer à l'idée pathologique et comme celle-ci est absurde, il ne lui -est pas difficile d'en trouver d'excellents. Il diseute à perte de vue avec lui-même, déployant un art merveilleux à se prouver l’inanité de l'idée quile hante. Tant qu'il argumente, qu’il discute ou qu'il disserte, l’idée semble céder ; mais dès que son raisonnement est terminé, elle parait avec la même intensité. Ilrecommence un grand nombre de fois, mais sans plus de succès et ne réussit qu'à s'énerver, qu’à s'épuiser à cette lutte qui lui semble ne devoir jamais aboutir. En revanche, il acquiert la manie de la discussion, véritable tic mental, dont il aura uen de peine à se débarrasser plus tard.
Sentant leur impuissance au point de vue mental, ces malades en arrivent presque toujours à associer des efforts physiques à leurs efforts moraux. Ils trouvent dans cetle sorte de détente nerveuse, que produit l'activité musculaire, un puissant dérivatif de leurs crises.
Patrice, pour enrayer ces cbsessions, marche dans sa chambre « comme un. lion en cage ». D’autres sont obligés de sortir de chez eux et marchent plusieurs heures sans s’arrôler. Lorsque Ormis a une crise, il fait plusieurs tours de
MN
Po A boulevard. Quelques-uns entreprennent même de longs voyages. Celte sorte de dromomanie estirès différente de la fugue des.épileptiques ou des hystériques, qui est inconsciente. Ici, au contraire, elle: est recherchée, voulue par le malade qui, s'il n’a pas un but topographique bien précis, sait aù moins pourquoi il déambule.
Rina a des crises de pleurs convulsifs, Géo des crises deparoles: il récite d'une voix de stentor des tirades entières du Cid. et déefuy-Blas et qnand cela est insuffisant, il hurle comme un possédé. Enfin un autre malade se jette sur le lit en proie à une véritable crise d’agitation, avec mouvements désordonnés, simulent une crise hystérique.
Comme on le voit, cette période de l’obsession psychasthénique est extrêmement complexe. Non seulement elle est difficile à analyser chez un même sujet, mais elle présente en outre, chez des sujets différents, des modalités tellement variables, qu'il est presque impossible de la ramener à un type bien défini. On peut affirmer cependant qu'elle se divise en deux phases : une phase d'angoisse et une phase réactionnelle.
Elle commence toujours par une phase d'angoisse pure dont il est possible de déterminer les caractères physiologiques et psychologiques, si on l’éludie dès le début de sa producton; mais, comme celte angoisse dure longtemps, des phénomènes de réaction et de défense viennent peu à peu se surajouter aux premiers, les modifiant plus ou moins profondément. Celle inlrication se fait insensiblement, sans transition brusque, de telle sorte, qu'à la fin de la crise, il est diffiile de dire ce qui appartient aux uns ou aux autres de ces phénomènes. Plutôt que d'établir entre eux une limite arbitraire, nous avons préféré les décrire tels qu'ils se présentent à nous, les groupant dans la même période.
C'est la période d'angoisse et de lutte,
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3 Enfin l’idée obsédante finit par disparaître. Elle ne cesse jamais brusquement comme dans la neurasthénie. Lesujet la sent perdre de‘son importance, mais il à si souvent éprouvé des rémissions partielles, sans résullat durable, qu'il se demande si celle-ci ne va pas être encore provisoire. I] n'éprouve pas, en effet, cette impression de bien-être et de détente qui chez le neurasthénique coïncide avec la cessation de l'idée pathologique ; son angoisse bien qu’atténuée persiste encore et ce n'est qu'après la disparition de celle-ci qu'il peut goûter le calme et le repos.
. L'angoisse, qui a débuté pendant la période prémonitoire, qui s'est développée et aggravée pendant la durée de l'idée obsédante, se poursuit longtemps après la disparition de celle-ci et donne lieu à la période d'angoisse prolongée. Al semble donc que l'idée pathologique, malgré son importance, n’est pas la seule cause de la crise obsédante des psychasthéniques.
En essayant d'appliquer ici la méthode que nous avons employée pour schématiser les phases de l'obsession neurasthénique, nous oblenons la courbe O À BC D (planche T, FA |
1° En OA, période prémonitoire de lobséss on. de durée très variable et pouvant aller de quelques minutes à quelques jours;
2° En A BC, période d'angoisse pure, suivie de luttes qui aboutissent à des victoires partielles. On voit que l'idée s’atténue insensiblement jusqu'à un minimum D, puis reprend brusquement toule son intensité, amenant ainsi une série d'oscillations mentales successives, dont les durées sont toujours longues (faute de place, nous avons dû les raccourcir sur le schéma.) Comme il est difficile d'établir des divisions psychologiques précises dans celte période, nous l'avons appelée période d'angoisse et de lutte.
+ OÙ 3 En H V, période de chute définitive. Elle se produit brusquement. , 4° En V Z, l'idée obsédante n'existe plus, mais le sujet a encore de l'angoisse, qui s’atténue peu à peu. C’est Ta période d'angoisse prolongée
Les obsessions psychasthéniques présentent à première vue de grandes analogies avec les obsessions neurasthéniques, mas dès qu'on entre dans l'analyse des phénomènes psychophysiologiques, on s'aperçoit très vite qu'il existe entre elles des différences qui permettent de les disüinguer lrès nettement.
Les obsessions neurasthéniques commencent presque sans prodrome. Elles ont: des paroxysmes intenses, mais de courle durée. L'idée obsédante, avec son cortège de sentiments et d'émotions diverses, provoque des réactions de défense si énergiques et si précises, qu'il est possible de suivre les étapes de ce drame intérieur. Dès que l'idée morbide a disparu, les phénomènes émolifs anormaux disparaissent aussi, et le sujet éprouve un immense soulagement. L'idée semble donc jouer un rôle prépondérant dans toute la crise.
Les obsessions psychasthéniques se produisent au contraire après une période d’incubation vaguement consciente. Elles sont toujours de très longue durée, et leurs paroxysmes sont atténués. Les émotions primitives et réaclionnelles passent de l'une à l’autre d'une manière insensible et se confondent pour donner des états complexes dans lesquels il est difficile d'établir des divisions précises. L'idée obsédante paraît jouer ici un rôle moins important que dans la neurasthénie. Même lorsqu'elle vient à disparaître, le sujet n'éprouve aucun sujet de soulagement spécial, il continue à ressentir de l'angoisse et longlemps encore il reste triste et anxieux.
Les obsessions se produisent toujours sur un organisme affaibli. Dans la neurasthénie cette faiblesse est provisoire et pour ainsi dire -accidentelle. Dans la psychasthénie, elle est conslitutionnelle et aggravée encore par une hérédité pathologique.
Ces terrains dissemblables font comprendre dans une cerfaine mesure les différences de manifestation des crises, el ils expliquent en tout cas la diversité des pronostics.
Ces considérations générales sont assez précises pour pouvoir aider le plus souvent à établir un diagnostic différentiel. Mais il est des cas intermédiaires sur lesquels il sera difficile de se prononcer, car entre la neurasthénie et la pAcas tiens il n'y a pas de limite bien tranchée.
Les obsessions psychasthéniques se produisent de très bonne heure. Cette manifestation précoce de la maladie est un excellent signe pathognomonique de la psychasthénie. Nous avons rencontré une petite malade, Mad., qui à 8 ans 1/2 avait eu le tableau complet du syndrome obsédant, avec. crises paroxystiques et idées obsédantes conscientes, irrésisübles, elc.
Cependant c'est là une exception. Dans la majorité des cas, avant d’avoir de vérilables crises, ces petits malades éprouvent des phénomènes anormaux, indice d'une émotivité pathologique qui favorisera le développement ultérieur des idées obsédantes. L'étude attentive du caractère de l'enfant montre en effet qu’il porte en germe toutes les tendances morbides qui fleuriront plus lard si une éducation spécialement soignée et une hygiène sévère ne viennent y porter remède.
Ils ont dès sentiments anormaux, des bizarreries de caracière, des peliles manies, des tics, des impulsions, des pho-
bies, ete Tous ces phénomènes, d'ordre moteur ou sensitif, indiquent bien que leur système nerveux est déjà un locus minoris resistentiæ. | Pendant la seconde enfance, ces symptômes Sexedbrent encore. L'école est pour eux une épreuve qui révèlerait défi-
nitivement leur élat, s'il élait resté latent. Loin de leurs
parents, mis en rapport avec de pelits camarades de leur
âge, ils prennent contact pour la première fois avec la VIe -
sociale. [ls:s’adaptent avec peine à leur nouvelle existence, car ils s’isolent facilement de leur milieu. Ils restent à l’écart des autres écoliers, ne se tiennent pas avec eux, ne se mêlent que très rarement à leurs jeux. Ils sont toujours tristes et “moroses el ont besoin, plus que d’autres enfants, de sympathie et de tendresse. Très impressionnables et très suggestibles, ils ont des antipathies et des terreurs inexplicables, des sentiments étranges et des passions morbides, contre lesquelles on ne peut presque rien. Leur caractère original, leur bénignité naturelle les prédestine à devenir les souffre-douleurs de leurs camarades. Persécutés, ils deviennent facilement méchants et entrent dans de violentes colères: ils se montrent alors d'une brutalité et d’une férocité qui contrastent étrangement avec leur manière d’être habituelle.
Ce sont en général des enfants intelligents et bien doués, à l’imagination vive et ardente. Ils ont de la facilité pour les
lettres et les arts, mais ne peuvent poursuivre des études qui
demandent un effort de réflexion constant ou un travail persévérant.
Au physique, ce sont des débiles. Leur nutrition se fait mal, ils sont maigres, chétifs ou bouffis. Ils conservent pendant longtemps de l’incontinence d'urine. Ils ont des convulsions, très souvent aussi des tics nerveux (clignotement de l'œil, pincement des lèvres, etc.), et quelquefois de véritables mouvements choréiques. La danse de Saint-Guy est
assez fréquente dans les antécédents des obsédés. Rina et Eddy sont tristes et mélancoliques toutes jeunes, elles ont de petites manies, des passions bizarres qui les font tourner en dérision ; elles ont des tics de la face, des mouvements convulsifs, etc. Patrice: est scrupuleux, émotif, phobique. Tout jeune il a l'esprit tourmenté par des idées pénibles qui le hantent. |
C'est surtout à la puberté que les vraies crises obsédantes se produisent. Ce grand bouleversement physiologique, qui est souvent une épreuve pénible pour l'individu normal, amène des perturbations profondes dans l'être physique et’
moral du psychasthénique.
En général, la fonction sexuelle s'établit tardivement chez eux et présente certaines anomalies. Les jeunes gens gardent longtemps le type Infanüle, les poils de la barbe et du pubis mettent longtemps à apparaître, les transformations des organes vocaux et sexuels s'effectuent lentement. Les jeunes filles sont réglées lardivement et très irrégulièrement (Rina à 16 ans, Juzy à 17). Chez elles, la puberté coïncide souvent avec des troubles profonds du système nerveux central.
Il ne faut pas seulement mellre en cause la puberté physique, mais aussi la puberté morale qui se produit un peu plus tard. « La perception de sensations nouvelles, leur assimilation à la personnalité, tous les sentiments qu'elles entraînent, : compliquent singulièrement l'existence morale à la puberté. C'est l’âge où tous les grands problèmes de la vie se posent simultanément, Le choix d’une carrière et le souci de gagner son pain, tous les problèmes de l’amour et pour quelquesuns tous les problèmes religieux. » (1) Toutes ces influences réunies, qui assallent à Ja fois son faible cerveau, encore en
(1) Janet, op. cit., p. 618
PROD
voie d'évolution, produisent « une insuffisance psychologique » à la faveur de laquelle se développeront les obsessions. On prévoit quels seront leur objet : serupules de vocation, préoccupations sexuelles, philosophiques ou religieuses, etc.
Avec l’âge adulte, l'organisme se forlifie et les obsessions disparaissent généralement. Ce n'est pourtant pas toujours le cas. Elles peuvent renaître à l’occasion de grandes crises physiologiques, pathologiques où morales, particulières à cet âge. Toutes,par des moyens divers,aboulissent au même résul- {at, en produisant un état de déséquilibration et de dissociation des fonctions psychiques supérieures de l'individu. C’est ainsi qu’agissent la ménopause chez la femme, le début de la sénilité chez l'homme, les maladies longues ou les grandes pyréxies infectieuses. Le surmenage imtellectuel sensitif ou moral a une importance plus grande encore. Les difficultés multiples de l'existence, les soucis, les chagrins peuvent ètre chez l'adulte une cause puissante de rechute. Mal armé dans la lutte pour la vie, le psychasthénique ne peul occuper une situation qui exige une trop grande dépense d'énergie nerveuse. La tâche qu’un homme normal accomplirait facilement l’épuise. Ilse surmène, s’affaiblit sans s’en douter et un jour ses obsessions réapparaissent à propos d'un détail insignifiant. Ignorant le travail inconscient qui s’est fait en lui, il s'attaque avec acharnement à l'idée puérile qu'il croit êlre la cause déterminante de ses obsessions et qui n'est en réalité qu'une cause occasionnelle sans importance.
En résumé, les obsessions atteignent les Jeunes, surtout pendant la période d'organisation physique et morale, c'est-àdire de 15 à 80 ans. Après 30 ans, les obsessions sont rares et elles n'existent pour ainsi dire plus après l'âge crilique, c'est-à-dire de 45 à 50 ans.
Les obsessions psychasthéniques sont loujours de longue durée. Cette constatation n'a rien de surprenant, quand on à
PM
bien compris les caractères du terrain mental sur lesquels se
: développent ces obsessions.
Elles sont essentiellement chroniques. Les formes aiguës, dont on à signalé quelques exemples, sont tellement rares qu'elles ne font que confirmer la règle générale que nous
. venons de poser. On peut ramener les obsessions psychas- théniques à deux types principaux : la forme intermittente et
la forme rémittente. |
Dans la forme intermittente, le malade, après avoir été obsédé un certain temps se guérit complétement. Revenu à son élat normal, il reprend sa vie habituelle pendant de
longues années, mais à la suile de l’une des causes que nous avons énumérées plus haut, ses crises se reproduisent pour se guérir de nouveau: Ainsi, une même personne peut avoir plusieurs périodes d’obsessions aiguës, séparées par de longs intervalles de guérison. Ajoutons que, dans ces cas, c'est loujours la guérison qui a le dernier mot et que, passé la cinquantaine, aucune crise ne se produit plus. Dans ce type d’obsession on peut-donc porter un pronostic très. favorable.
Dans la forme rémittente il y a, comme dans la précédente, de longues périodes de crises aiguës, mais ici elles sont séparées par des intervalles de calme très relalif et durant lesquels le malade ne retrouve pas complètement son état habituel. Non seulement il garde une émotivité anormale, mais il a souvent de petiles crises avortées. Si ces crises élaient très fréquentes on aurait le ve continu. Le pronostic doit être ici plus réservé.
Lorsque les obsessions ont une aussi longue durée, elles ne restent pas toujours semblables à elles-mêmes ; elles passent par une série de transformations qui, sans être identiques pour tous les malades, se ressemblent assez.” |
1° Le sujet les cache d’abord à son entourage; il cherche à
og s'en débarrasser tout seul. Si on le questionne il les dissimule autant qu'il le peu. :
20 Le sujetse sentant impuissant à les vaincre, et les idées pathologiques continuant à prendre de l'importance, il s’en effraye et les confie avec beaucoup de réticences à la personne en qui il a le plus de confiance. C'est parfois un ami, un confesseur, un médecin, etc. Ce n'est que plus tard qu'il en parle ouvertement à tous; il finit alors par ne plus parler que de son mal, ce qui le rend quelque peu ridicule.
90 Au début, l'idée obsédante est unique, elle ne porte que sur un petil nombre de questions très délimitées. Peu à peu, elle s'étend à une sphère beaucoup plus grande, comme le férait une tache d'huile. Dans l’obsession du doute, par exemple, le malade commence à douter de l'existence de Dieu, puis de celle du monde extérieur et enfin de sa propre existence. ie
4° Avec le temps, l’obsession se transforme. Des idées nouvelles se substiluent aux anciennes et les modifient. Tel malade qui a débulé par l'obsession du scrupule finit par avoir la phobie des contacts. Celle-ci peut évoluer à son tour.
50 L'idée obsédante guérie laisse souvent après elle des tics plus ou moins tenaces. Si on veut les interpréter, il faut remonter à leur origine psychologique. :
6° Toutes les obsessions ne disparaissent pas ainsi, elles peuvent présenter une dernière phase d'aggravalion assez rarement atteinte d’ailleurs. Elles peuvent prendre le type continu que nous avons déjà décrit, et auquel le malade s’habitue assez aisément. Ne pouvant déloger son obsession, le malade s'arrange pour vivre avec elle le plus commodément possible. Il n'y réussit pas-trop mal, en somme, car elle finit
par perdre ses caractères pénibles. « Le parasite estenkysté », comme le disait un malade. |
Dans des cas exceptionnels, celle dernière période de la maladie est caractérisée par l’inertie, l’isolement et la confusion mentale. |
Le malade se séquestre dans une solitude quelconque dont il ne veut plus sortir. Il reste couché toute la Journée, prend à peine la nourriture qu'on lui apporte et se refuse à tout travail. Il se contente de lire un peu pour «se distrare de ses idées. » Dans sa misanthropie égoïste il s'isole même des siens, qu'il à pris en horreur et qu'il. ne veut plus voir. Il ne demande jamais de leurs nouvelles et ne veut pas qu'on lui en parle. Néanmoins, il garde loule son intelligence et est parfaitement capable de causer agréablement avec les quelques privilégiés qui ont pu forcer sa retraite.
Dans d’autres cas, le malade est triste et inerte, restant des heures -entières silencieux, les yeux vagnes, la mine hébétée. Il se désintéresse absolument de tout ce qui se passe autour de Jui. Si on veut atlirer son attention, il faut lui parler: fort où le secouer, un peu. Questionné, 1l répond normalement et peut soutenir une conversalion à condition qu'elle ne soit pas trop longue. Livré à lui-même, il reprend son altitude favorite, semblant poursuivre quelque lointaine chimère. Si on lui demande quel est le but de ses réflexions, il répond invariablement « qu'il ne songe à rien, quilna point d'idée », ou bien qu'il cherche « à rattraper des pensées qui s’enfuient. »
Cet état n’est pourtant pas définitif et la plupart arrivent à en sortir: mais il faut avouer qu'il est fort inquiétant au début et de diagnostic difficile. Il ne faudrait pas confondre celte stupeur avec les états analogues que lon rencontre dans l’aliénation mentale et en particulier avec la stupeur démencielle et mélancolique qui revêlent un caractère d'excep-
LP OR tionnelle gravité. Du reste, d’une façon générale, les obses: sions psychasthéniques n’altèrent pas l'intelligence et né dégénèrent pas en folie proprement dite. C'est là une consta: tation faite par la plupart des aliénistes contemporains, mais il va sans dire qu'elle peut souffrir quelques exceptions (1).
Les dbsessions psychasthéniques, même celles qui sont considérées comme les formes les plus graves, peuvent donc guérir. Il est important de faire ici la distinelion sur laquelle nous avons insisté plusieurs fois pendant le cours dé ce travail, entre les obsessions, manifestations particulières d’un état morbide, et cel état morbide lui-même.
L'état psychasthénique peut s'améliorer, s’amender, mais le psychasthénique sera toujours un débile. I peut avoir une valeur sociale importante, il peut remplir un rôle uüle en mettant en œuvre son intelligence supérieure à la moyenne el ses dons naturels. Mais il lui faut trouver une activité proporlionnée à ses forces et qui ne l’oblige pas à dépenser une somme d'énergie plus grande que celle qu'il à en réserve. C'est à cette seule condition que les traitements seront efficaces. S'il arrive à modifier son terrain physique el mental il améliorera ses obsessions, car elles ne sont que Île dernier terme d’une série de troubles provoqués, comme l'a montré M. Janet, par l’abaissement « de la tension psychologique » produite elle-même par un état de faiblesse constitutionnelle du système nerveux central.
Pour modifier un pareil organisme, il faudra toujours beaucoup de temps. Il sera ‘nécessaire d'en avertir les malades afin de les mettre en garde contre les découragements faciles et très compréhensibles.
(4) Fr. Boissier: « Essais sur la neurasthénie et la mélancolie dépressive, considérées dans leurs rapports réciproques », th. Paris 1895.
d OBsERvATION III
Patrice, âgé de 32 ans, homme de lettres.
Antécédents héréditaires. — Né de parents âgés dont la famille a eu une hérédité chargée. Père en bonne santé, bien qu'un peu débile. Mère (rès nerveuse.
Antécédents personnels. — Rougeole dans l'enfance, attaque de rhumatisme à 14 ans et à 292.
Stligmates physiques. — Déviation de la cloison nasale, lobule de l'oreille soudé, maxillaire inférieur large et carré (!) Léger degré de surdité congénitale. Phimosis. Quelques plaques de vitiligo sur le corps. Tissu adipeux.très développé. Poids du corps disproportionné à la taille.
Enfance. — La nutrition s'effectue mal, (out jeune il est gras, bouffi, ses muscles ont une surcharge graisseuse exagérée. Néan- - moins son évolution physique n'a présenté aucun trouble notable. Son développement psychique présente quelques. particularités qu'il est intéressant de signaler.
Son intelligence très vive, à certains égards, semble présenter des lacunes ; c'est ainsi qu'il ne peut apprendre les mathématiques et n'arrive pour ainsi dire pas à-faire une opération sans faute. En revanche, 1] a l'imagination féconde et il est toujours le premier de sa
classe en composition française. Il présente de nombreuses anomalies de caractère. Il est scrupuleux à l'excès. Il a toujours peur de léser ses camarades, et lorsqu'il joue avec eux et qu'il gagne, il va leur faire des excuses «craignant d'avoir triché sans le vouloir. » Après sa première communion, il reste plusieurs semaines troublé, inquiet, se demandant s'il n'aurait pas dû mieux s'y préparer. Les parents ont de la peine à apaiser ses craintes. Il a des tics, des petites manies. Il fait des marques symboliques sur ses livres, sur ses cahiers. Il n'entre en classe qu'après avoir exécuté certains gestes, certaines contorsions. Il a des craintes inexpliquées qui sont de véritables phobies. Les fillettes de son âge lui inspirent de la répulsion et il ne consent jamais à jouer avec elles. Il a Ja terreur de cer-
tains jeux, de certaines rues où il refuse toujours de passer. D'un tempérament doux et bénin, il entre, pour lesmotifs les plus futiles, dans de violentes colères. Timide et émotif, il se tient à l'écart de ses camarades, qui se moquent de lui et en font un peu leur souffre-douleur, Il est hésitant, timoré, il a toujours le sentiment qu'il fait mal ce qu'il fait, aussi recommence-t-il sans cesse ses devoirs, etc. Ce perpétuel mécontentement de lui-même lui donne l'humeur morose. | pe
Puberté. — Son développement physique ne correspond pas à son développement intellectuel et mental. fl garde pendant longtemps, dans un corps d'homme, une mentalité de garçonnel. Les tendances anormales qui existaient à l'état d'ébauche chez l'enfant ne font que se développer avec l'âge. Les bizarreries de son caractère s'accentuent, ses hésitations et ses scrupules s'aggravent. Des idées pathologiques apparaissent.
À 17 ans, sonpère aimeraitle faire voyager pour l'initier à ses affaires dont il voudrait lui laisser la succession. N ayant pas de goût pour le commerce et préférant de beaucoup les études littéraires ou musicales qui conviennent mieux à sa nature réveuse el intellectualiste, il manifesta le désir de continuer ses études. Malgré l'ennui très réel que cela occasionna à ses parents, ils le laissèrent faire. Quelques mois après cette décision, son père étant fatigué, Patrice s'imagine qu'il en est indirectement la cause. Il a une véritable crise d’aboulie. On ne peut plus le décider à se lever le matin, pour aller au collège ; il perd le goût du-travail, abandonne même la littérature et la musique qui sont ses deux passions. Il refuse de sortir et passe son temps à révasser dans sa chambre dans une immobilité quasi complète. Quelques jours après il est assailli par desidées obsédantes ayant trait à sa vocalion commerciale manquée. Elles apparaissent sous forme d'interrogation. « Ai-je bien fait de continuer mes études ? Pourrai-je me faire une situation, tout seul, par les temps difficiles que nous fraversons ? » Comme toujours un sentiment de remords s'ajoute et se mêle à ses pensées : &N'ai-je pas fait trop de peine à mes parents? Ne suis-je pas la cause indirecte ce la maladie de mon père? S'il venait à mourir, ne devrais-je pas avoir des regrets éternels?» etc. Ces questions, et d’autres analogues, se pressent en foule dans son esprit. Il sent qu'elles sont absurdes, mais il ne peut s'en débarrasser. Il fait des raisonnements à
n'en se finir pour se convaincre qu'il a bieu fait d obéir à ses goûts. Tant qu'il argumente, les idées semblent disparaitre, mais elles reviennent dès qu'il cesse de discuter avec lui-même. Après 3 ou 4 heures de ce « supplice de la question » ses idées s'évanouissent, mais il reste triste et anxieux Pendant plusieurs semaines il est hanté par ses interrogations troublantes. Ses parents, inquiets de son état, l'envoient se reposer à la campagne, où il finit peu à peu par reprendre son état normal. fl garde néanmoins quelques sentiments anormaux qui font prév oir une rechute.
Après son baccalauréat il traverse encore une période d’hésitation maladive. Il passe plusieurs mois à se demander s'il préparera la licence de lettres ou le conservatoire de musique. Il emploie des journées entières à peser les inconvénients et les avantages de ces deux carrières, sans pouvoir arriver à se déterminer. "I ne fallut rien moins que l intervention de ses parents et de son médecin pour le décider à aller à Paris suivre les cours du Conservatoire. Soutenu par là pensée du but à atteindre, il se met à l'œuvre sérieusement. ILa malheureusement beaucoup de peine à fixer son attention et à fournir un travail suivi. Aussi, après quelques mois de ce labeur intense, il a de grands maux de tête, des douleurs sourdes dans la nuque et dans les épaules et il est obligé d'interrompre sa prépara- Lion au concours. Il perd l'appétit et le sommeil et traverse une nouvelle période d'aboulie, qui le plonge dans la tristesse et dans le découragement. Un matin, comme il allait s'endormir, fatigué par une longue nuit d'insomnie, il se sent tout à coup obsédé par une idée persistante, dont la netteté le surprend. Il lui semble que toutes les croyances de sa jeunesse ne sont que des absurdités. L'idée de l'existence de Dieu même qui, jusque là, lui avait semblé toute simple à admettre, lui parait une impossibilité. Chose étonnante et qui parait tout d'abord incompréhensible, ces doutes lui viennent sans qu'il se donne à lui même aucune raison intellectuelle où morale de douter. Ils ne sont pas la conséquence d'un raisonnement logique mais apparaissent « comme par bouffées ».
.Ne pouvant chasser ces idées, il s'en inquiète ; il cherche des arguments mais ne peut vaincre l'idée « qui est en lui comme une entité vivante ». Il lutte, mais la sentant plus forte que lui, il se résigne à Ja subir momentanément, sans lui donner son consentement profond. Il arpente sa chambre, angoissé, anxieux, oubliant l'heure des
cours et celle des répas. Ses amis inquiets, viennent s'enquérir du motif de son absence et ie trouvent dans une tenue négligée, l'air égaré. « Je deviens fou ! s'écrie-t-il en les voyant, j'ai dans ma tête une idée que je ne puis vaincre et cela dure depuis trois heures du matin ! »
Rassuré par ses amis qui l'obligent à sortir, il se calme. Mais les nuits suivantes les mêmes phénomènes se reproduisent. S'il voit écrit quelque part le nom de Dieu, s’il trouve sur son chemin une église, ous'il veutse metlre au travail, ses idées obsédantes réapparaissent. Pour retrouver sa franquillité d'esprit, il invente mille trucs, mille artifices dont quelques-uns sont vraiment très originaux. I se dit, par exemple, qu'en devenant réellement athée, l'idée obsédante n'aurait plus aucune prise sur lui. Il cherche à se prouver la valeur intellectuelle de ses doutes morbides en les discutant et en apportant {ous les arguments philosophiques et scientifiques qui seraient, à son gré, susceptibles de les confirmer. C'est une sorte de construction à rebours qui n'aboutit pas à grand résultat. |
Un autre moyen fut de chercher à se distraire et oublier ses idées, en se lançant dans une débauche effrénée. Ces excès en l’affaiblissant davantage ne firent qu'aggraver ses obsessions. Le sentiment de remords vient s'ajouter à ses troubles multiples. I1 se reproche «sa veulerie morale et son manque de caractère. » Même aux heures où les idées obsédantes lui laissent quelque répit, il est triste et anxieux. Il ne sort plus de sa chambre et se nourrit à peine, le trava | lui devient impossible.
Ses idées obsédantes en s’aggravant ne sont plus spéciales ; une idée quelconque peut devenir chez lui l'origine d’une série d’obsessions. Pense-t-il à sa mère, pour Taquelle il a une véritable vénération! I] se pose mille questions à son sujet. Il songe d'abord à l'affection qu'elle a pour lui et à la peine qu'elle ressentirait si elle le
voyail dans cet état; mais peu à peu ses pensées dérivent : Qui lui
prouve après tout que c’est une bonne mère ? qui lui prouve qu'elle a été chaste ? qui lui prouve qu'il est bien le fils de son père? et autres questions de cet acabit! Il est désolé, navré de penser que de telles idées ont pu germer dans son cerveau : il cherche à se prouver qu'il l'aime, et, pour bien se le persuader, éprouve le besoin de crier à haute voix : « Ma chère mère, quelle femme admirable elle est! » Il prononce celte phrase même en présence d'autres personnes, comme sil voulait se justifier devant elles de ses propres pensées,
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