LES MANIES DE L'OSCILLATION
DEUXIÈME SECTION LES MANIES DE l’oSCILLATION
Observations i i 8 el ng. — Manie mentale de l’hésitation, de
l’interrogation. — Antécédents héréditaires, hésitations artistiques, aboulie, scrupules.
Nous réunissons ces deux malades qui présentent une certaine analogie. Ce sont deux types différents d’une même grande maladie mentale particulièrement intéressante quoique encore fort peu connue.
Malgré des variétés de détails ce sont deux scrupuleuses qui ont surtout la manie mentale de l’hésitation. Voyons la forme de la maladie chez chacune, puis nous pourrons établir quelques comparaisons.
Commençons par cette jeune fille de 26 ans, Tr..., sa mère paraît à peu près raisonnable quoiqu’elle ait eu après une couche une période d’énervement et de tristesse, peut-être un peu de confusion mentale. Le père était fortement alcoolique, en même temps original et bizarre, une de ses cousines serait morte dans un asile : donc, antécédents héréditaires assez nets : alcoolisme et névropathie.
Cependant une enfant, sœur aînée de la malade, s’est bien développée et est raisonnable. Celle-ci présenta dès son enfance des caractères particuliers. Elle était sombre, triste et paresseuse. On ne pouvait pas la dire dénuée d’intelligence, elle comprenait et retenait bien ce qu’elle avait une fois appris, mais il fallait la stimuler continuellement pour lui faire faire quelque chose.
Les règles viennent à 1/1 ans, d’abord irrégulièrement puis d’une manière plus nette, l’année suivante. Or dès l’àgc de iô ans, nous voyons apparaître des troubles de la conduite.
Tr... travaillait à un joli métier et faisait des Heurs en porcelaine. Il lui fallait donner avec le doigt une certaine courbure, un pli aux pétales. Elle commença à hésiter pour donner ce pli ; sans doute il y a là une petite œuvre artistique, c’est un peu une question de goût. Nous comprenons bien sans être du métier que
LES AGITATIONS MENTALES
l’ouvrière cherche, tâtonne pour rendre ce pli élégant, mais tout est une question de mesure.
Celle-ci se représentait dans sa pensée deux ou trois formes qu’elle pourrait donner au pétale de rose, elle hésitait entre ces trois formes. Ses doigts avaient figuré la première, elle mettait le pétale fini sur la table. Puis elle se disait que la seconde forme aurait été préférable et elle reprenait le pétale pour le modifier. A ce moment elle n’était pas non plus satisfaite et le défaisait, pour revenir à la troisième forme ou à la première. Elle oscillait ainsi indéfiniment.
Ajoutons que dès le début l’hésitation présentait un caractère pathologique, elle était douloureuse. C’est d’ailleurs un trait commun à tous ces malades qui ne peuvent pas supporter l'attente, l’incertitude, le doute. Tr... était angoissée, elle ne pouvait plus respirer et elle avait envie de pleurer. Remarquons un petit détail, c’est que le souvenir de cette hésitation lui était également douloureux. Elle se reprochait d’avoir hésité et elle en souffrait. Ce trouble lui rendait le travail presque impossible, car elle ne faisait presque plus rien dans la journée. Cependant la maladie présenta des oscillations, elle diminua plutôt les années suivantes.
Grande rechute à l àge de 20 ans, nouvelle hésitation pour faire ses fleurs, mais maintenant Tr... prend des manies: pour essayer de se rassurer elle-même elle veut reprendre le pétale un nombre de fois déterminé, trois, cinq, dix et elle compte le nombre des fois qu’elle l’a touché. Elle hésite sur ce compte et il faut tout recommencer. Vous comprenez que de cette façon on n’avance guère. Diminution apparente pendant encore quelques années et cette dernière année, à la suite d’un chagrin d’amour, augmentation énorme des symptômes.
Depuis quelques mois, la maladie s’est généralisée. Voici Tr... qui hésite pour tous les actes, pour se lever, pour s’asseoir sur une chaise, pour parler, pour manger, pour se coucher, etc... Elle n’est jamais certaine que l’acte soit bien fait, elle se demande s’il ne faut pas faire l’acte opposé et alors sans bien savoir pourquoi, mais au fond pour se rassurer, elle refait cet acte opposé, puis le premier, et cela trois fois ou même dix fois sans en être jamais satisfaite et toujours avec l’angoisse. Il faut la brusquer pour faire terminer certains actes: sans aide, elle n’arriverait jamais à se coucher.
O11 peut quelquefois constater cette oscillation d’une manière