‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 101 sur 201 · LES MANIES DE L'OSCILLATION · texte numérisé non relu

LES MANIES DE L'OSCILLATION

presque expérimentale, en lui proposant simplement de s’asseoir sur une chaise. Elle s’asseoit, puis se lève, puis se rasseoit, puis se lève, et reste un instant debout. Ce manège s’arrête assez vite, si elle se sent regardée, mais si on l’observe à son insu, il dure quelquefois plus d’un quart d’heure. Quand il s’agit de prendrè un objet, ses mouvements alternatifs pour avancer le bras et pour le reculer déterminent un véritable tremblement qui pourrait faire illusion.

Cette oscillation si visible dans les actes et les mouvements existe encore plus dans les pensées, elle devient bien malheureuse quand elle a une petite résolution à prendre : ainsi dernièrement un parent lui a fait cadeau d’une petite somme qui devait être employée à acheter un objet de toilette. Elle est restée des journées entières assise sur une chaise sans pouvoir bouger, parce qu’elle cherchait quel devait être l’emploi de cet argent, elle oscillait indéfiniment entre deux ou trois achats possibles et elle n’a jamais pu parvenir à une décision.

Pour arriver à sortir de cette hésitation fatigante, elle supplie que quelqu’un décide pour elle et elle a pris l’habitude de consulter sa mère à propos de tout et de ne plus faire un pas si sa mère n’est pas derrière elle pour la pousser. Dès que sa mère s’éloigne, elle se désespère et elle a de véritables crises d’angoisse. Le besoin de direction, comme nous l’avons déjà observé à propos de l’agoraphobie, vient s’ajouter à la manie d’oscillation.

Vous remarquerez que ce cas est un peu plus complexe que les phénomènes de phobie déjà étudiés. A la suite de l’aboulie, de l’impuissance à agir, il n’y a pas seulement de l’angoisse avec troubles viscéraux, il v a une certaine agitation mentale, qui évoque les représentations opposées et détermine l’oscillation.

Passons maintenant à l’autre malade, Rob... Les parents semblent avoir été assez normaux, quoiqu’il faille noter que la mère fut asthmatique. Il faut aussi noter un détail curieux: c’est que les parents étaient vieux au moment de la naissance. Le père avait plus de 60 ans et la mère 4i. On a souvent noté des dégénérescences chez les enfants de vieux. Cependant nous 11e croyons pas que l’hérédité ait joué ici un grand rôle; la jeunesse fut normale, la puberté n’apporta aucun trouble, le caractère était seulement un peu nerveux, Rob... était susceptible et pleurait facilement, rien de bien net. La grossesse et l’accouchement qui sont souvent des

LES AGITATIONS MENTALES

pierres de touche ont eu lieu à 2G ans, sans troubles. Les choses n’ont guère commencé qu’il y a deux ans à la suite d une atteinte d’in fluenza .

Rob... tenait la caisse dans sa petite maison de commerce et elle devait rendre de la monnaie sur les pièces données par les clients, elle trouvait ce travail pénible, difficile: elle avait delà peine h faire les calculs nécessaires. Puis elle se mit à hésiter sur la somme à rendre : elle pensait à rendre une somme de monnaie et la tendait à l’acheteur; mais immédiatement elle avait l’idée qu’elle rendait trop ou trop peu et qu’il s’agissait d’une autre somme. Voulait-elle donner cette nouvelle somme, l’esprit revenait à la première ; l’oscillation et l’hésitation devenaient interminables. Au début elle finissait, pressée par les circonstances, par se décider et rendait la somme d’une manière très juste; mais l’oscillation continuait après l’action : « 11 fallait rendre ceci, disait-elle, non j’ai eu raison de rendre cela,... non j’ai eu tort, il fallait rendre tel autre chiffre, etc., » l’oscillation s’accompagnait de calculs, d’efforts de mémoire et d’un assez grand travail intellectuel. Remarquons qu’il n’y a pas au fond un véritable sentiment d’erreur: on lui a offert maintes fois de faire une chose très simple, de se rendre h l’adresse du client et de lui demander s'il était satisfait de son compte. Elle s’y refuse absolument, sentant bien au fond qu’il n’y a pas d’erreur, mais ne pouvant cependant arrêter ce travail inutile de son esprit.

Quel a été le résultat de cette oscillation? Elle a amené un résultat bien simple et très important sur lequel nous ne saurions trop insister. Rob... est devenue complètement incapable de rendre la monnaie et, en fait, elle ne la rend plus, puisqu’elle a renoncé à son métier de caissière. Le terme de ce trouble a été la suppression de l’acte, l’aboulie complète. Nous pouvons donc dire que dès le début il y avait diminution de l acté, aboulie croissante. L’oscillation et l’agitation mentale ont été un phénomène accompagnant l’aboulie incomplète, accompagnant des efforts impuissants pour triompher de cette aboulie; ce sont de nouveaux phénomènes de dérivation. Remarquez que chez cette malade comme chez la première, les actes qui ont été supprimés les premiers sont des actes de la profession. La maladie rentre donc dans les aboulies professionnelles, mais elle est compliquée par des dérivations angoissantes et surtout par des agitations intellectuelles.

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