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LES MANIES DE LA RECHERCHE PSYCHOLOGIQUE

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Voici cette femme guérie en trois mois, repos, toniques, direction de l’attention sur de tout autres sujets, les opérations arithmétiques. Sous l'influence d’un peu d’encouragement, elle a pu faire quelque gymnastique de l’attention et elle a été toute étonnée de voir « que les animaux lui paraissaient des bêtes toutes naturelles ». Si elle était vraiment philosophe, elle saurait que des bêtes toutes naturelles n’en sont pas moins très mystérieuses ; mais, comme elle est simple, du moment qu’elle ne s’étonne plus elle ne philosophe plus. Les Grecs avaient raison quand ils disaient que le dieu Thaumas était le père de la philosophie. Il n’en est pas moins assez triste de remarquer que cette femme ne philosophe qu’au moment où son esprit est malade, ce n’est pas flatteur pour la spéculation philosophique.

Observation i 36. — Manie de la recherche psychologique. —

Phobies, obsessions diverses.

Nous vous signalons rapidement cette malade qui présente sous une forme curieuse la manie de la recherche. Le père est un douteur et un maniaque qui avait le besoin de vérifier les actes et de les répéter, la sœur du père avait une maladie analogue. Notre malade a déjà traversé plusieurs crises de psychasthénie ; à 17 ans se développa la phobie des couteaux, elle eut à ce moment des crises, des sortes de crampes qui ont fait admettre le diagnostic d’hystérie. Vous savez que nous ne rencontrons guère aujourd’hui l’association clinique de l’hystérie et des symptùmes psychasthéniques ; il est probable qu’elle a eu simplement de l’agitation motrice. Mais nous ne voulons pas affirmer qu’elle n’ait pas alterné entre l’hystérie et la psychasthénie, ce qui se présente dans quelques observations. Le mariage arrêta cette première période maladive ; de 3o à 4o ans survinrent de nouvelles crises de dépression avec la phobie de l’obscurité, la peur d’être aveugle.

A 46 ans, après la mort du mari, commence le trouble actuel de la manière suivante. Un jour étant au piano, elle sent une gêne, un trouble, ne se reconnaît pas, et se demande si c’est bien elle qui joue, c’est un sentiment de dépersonnalisation, de perte du sentiment du réel. Le trouble s’étend aux objets extérieurs qui ne sont plus naturels. Peu à peu se développe un véritable délire, non plus métaphysique, mais psychologique, voici quel-

LES AGITATIONS MENTALES

ques exemples des ruminations qui envahissent perpétuellement son esprit. « La différence entre le moi et le non moi, leur séparation et cependant leur pénétration mutuelle, voilà les problèmes qui me préoccupent. Comment se fait-il qu’une personne qui est en dehors de moi puisse cependant me parler, c’est-à-dire faire pénétrer ses idées en moi ? L’affection est en moi, comment se fait-il que ceux que j’aime soient en dehors de moi? La transition se fait par la parole, comment la parole entraîne-t-elle d'un moi à un autre des pensées ? Quel est le mécanisme de la vision, la vue est-elle identique à un toucher lointain ? Le toucher étant le seul des sens, qui soit à peu près sûr, la vision n’a de valeur que si elle est identique au toucher, dans quelle mesure ce rapprochement est-il possible?... »

Il est triste de constater que ces études ne sont que du délire, cela nous fait faire de tristes réflexions sur nos travaux psvchologiques. En effet, supposez qu’on vous indique ces problèmes sans vous dire de quelle manière ils se présentent chez une brave femme de 57 ans, vous les trouveriez intéressants, et très semblables à ceux que l’on discute en philosophie. Cela vous montre bien qu’en réalité, la réflexion psychologique n’est pas une chose naturelle : l’enfant n’est pas psychologue, il ne sait même pas ce que signifie le mot « rêver ». Il n’y a pas pour lui dépensée pure, désintéressée, en dehors des actes et de la réalité. Il y a quelque chose de maladif dans cette disposition à contempler l’esprit en lui-même d’une manière désintéressée. Il est vrai que les grands philosophes vont nous répondre qu’il y a là peut-être un grand mérite, que ce désintéressement de la réalité est justement ce qui nous sépare de l’animal, mais la vue de nos malades est faite pour nous défendre de l’orgueil.

Une petite réflexion à propos du traitement de cette malade. Son agitation mentale étant extrême, son incapacité pour travailler, pour s’occuper de la réalité étant devenue très douloureuse, elle nous a demandé de lui appliquer un traitement dont elle avait entendu parler, le traitement par la morphine. Ce traitement a en effet été proposé et répandu avec beaucoup d’énergie par M. A. Voisin. Il ne nous paraît aucunement absurde et nous sommes très disposés à croire qu’il doit donner des succès. La morphine comme l’alcool peut être un excitant de la tension nerveuse, en même temps qu elle calme les réactions douloureuses.

LES MANIES DE LA PERFECTION

Nous avons montré autrefois qu’une injection de morphine chez une hystérique faisait disparaître ses stigmates; nous avions d’ailleurs observé le même fait à propos de l’ivresse alcoolique. Il est très probable que la morphine comme l’alcool doit donner momentanément à ces malades une tension plus grande, une perception plus réelle et qu’elle peut supprimer leurs ruminations. Cependant nous hésitons énormément à employer ce traitement, songez donc combien ces malades s’accoutument facilement à une excitation et à un soutien, quel besoin terrible ils ont de voir la personne qui les a remontés, de revenir au traitement qui les a momentanément relevés, et vous comprendrez quel terrain favorable ils offrent à la morphinomanie. Pouvonsnous, sans scrupule, prendre la responsabilité de la développer chez eux presque à coup sûr? Nous avons donc refusé à cette malade ce qu’elle demandait. Il paraît que d’autres n’ont pas eu les mêmes scrupules et qu’elle a subi pendant quelques mois un traitement par la morphine. Le résultat nous dit-on est beau, voici quelques semaines qu’elle est rentrée chez elle à peu près débarrassée de ses manies. C’est le succès que nous prévoyions, mais est-elle aussi débarrassée de la morphine ? On ne nous en parle pas : nous le souhaitons.

Observation 137. — Manie de la perfection appliquée à la

miction. — Scrupules.

Voici un type d’une nouvelle forme de manie mentale dont nous désirons vous présenter plusieurs exemples, les manies de la perfection. C’est au fond toujours un mécanisme analogue, il y a un sentiment d’incomplétude déterminé par un abaissement d’une fonction, puis un effort, une dérivation mentale, qui porte ici non pas à faire des recherches, mais à perfectionner d’une manière malheureusement absurde la fonction défaillante. Chez un premier groupe de malades il s’agit de fonctions physiologiques et nous avons à étudier de nouveaux troubles psychasthéniques de ces fonctions. En voici un exemple remarquable appliqué à l’acte pourtant bien simple delà miction. Cette femme de 45 ans, Vor..., cherche simplement à uriner dans la perfection. « Il est fâcheux d’uriner mal, de conserver une partie de l’urine dans la vessie, de laisser perdre des gouttes après l’acte, de s’exposer a un

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