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LES MANIES DE L’EXPIATION

résultat de son séjour a été heureux. Nous n’avons pas eu beaucoup d’efforts à faire pour l’alimenter, il a suffi de lui montrer la sonde et de lui faire comprendre qu’elle serait nourrie de force. Elle en a conclu avec logique qu’elle n’était plus responsable de son alimentation puisqu’on la lui imposait et elle a mangé tranquillement. La discipline qui a limité ses prières, qui a supprimé les réparations lui a été favorable et il a suffi de quelques exercices réguliers d’attention pour qu’elle se sentît h peu près rassurée. Elle sort guérie de ce premier accès.

Observation i/|3. — Manie de réparation. — Manie du symbole,

tics.

Deux mots seulement sur ce malade, Rd..., qui est identique à la jeune fille précédente, il répare aussi constamment ses prières, son travail, son attention insuffisante. Mais il répare autrement : il se borne à frapper un petit coup en passant sur les meubles qui sont près de lui. Cela vous paraît insignifiant et ce n’est pas aussi dangereux que le refus d’aliments ; c’est que ce petit acte a pour lui une forme symbolique, il symbolise une expiation. Le fait est ici simple, il faut le retenir, car nous le retrouverons infiniment plus compliqué chez de grands malades. Notez que ce petit mouvement a tout à fait l’apparence d’un tic, cela vous montre, une fois de plus, comment les tics se rattachent h toute la maladie du scrupule de nos psychasthéniques.

Observation \l\l\. — Manie d’expiation. — /lumination mentale.

Voici un cas beaucoup plus complet de la manie d’expiation dans lesquels les ruminations mentales prennent un grand développement, il se rapproche évidemment des obsessions religieuses, mais les idées. fixes sont loin d’être complètes et il nous semble préférable de rapprocher ce cas des manies précédentes.

Cette jeune fille de 21 ans, Lod..., est très difficile à examiner et ii interroger même quand on la prend à part; elle serait bien incapable d’expliquer quelque chose devant vous. En effet, elle ne peut parler de sa maladie sans éclater de rire et sans se moquer constamment d’elle-même ; elle est hésitante et embrouillée,

LES AGITATIONS MENTALES

elle se répète, se contredit, puis prétend que ses tourments sont des choses microscopiques et que cela n’est pas la peine d’en parler: ce qui ne l’empêchera pas, le lendemain, de recommencer toutes ses absurdités. Cette altitude et ce langage sont déjà caractéristiques. Elle ne peut arriver à aucune expression nette et définitive de son état parce qu’en réalité, comme nous le verrons, elle n’arrive jamais à un état psychologique complet et terminé.

Pour ceux qui l’ont observé pendant quelque temps, sa maladie semble consister en une sorte de rêverie perpétuelle et douloureuse qui se substitue à toutes les actions, et qui semble la rendre de plus en plus incapable de prendre part à la vie réelle. Pour analyser cette rêverie, nous la diviserons en deux phénomènes essentiels que nous sommes habitués à retrouver chez tous ces malades, le mécontentement ou la critique de Pacte et le travail d’expiation.

Cette jeune fille éprouve au suprême degré un sentiment de honte, de remords, à propos de tout ce qu’elle fait, de tout ce qu’elle pense. Si on admet son interprétation, ce sentiment serait justifié par une manie presque sacrilège qu elle aurait de mêler la religion à tout ce qu elle fait. Elle ne peut pas manger du pain sans penser que l’hostie est faite avec du pain et que par conséquent il faudrait être en état de grâce pour le manger. Elle ne peut passer devant une boulangerie sans avoir l'idée qu’elle passe devant une hostie sans saluer ; il en est de même si elle traverse un trottoir où elle a vu un crachat, passer outre c’est « comme si elle envoyait Dieu promener ». Elle ne peut s’habiller ou se déshabiller à cause de la présence perpétuelle de Dieu et parce qu elle trouve quelque impudeur à se dévêtir devant lui, elle ne peut donner à boire à son petit chien car elle craint de souiller ainsi le vin de la messe, etc. Quand il ne s’agit pas de la religion, il s’agit de la morale ; elle ne peut jouer du piano parce qu elle y prendrait du plaisir et qu’on ne doit pas s’abandonner à l’égoïsme. Elle ne peut aimer une amie parce que ce serait enlever à ses parents l'affection qui leur est due. En un mot elle a toujours de très bonnes raisons à donner du mécontentement qu’elle éprouve de son acte.

Nous croyons que ces raisons ne sont pas le véritable point de départ du sentiment de mécontentement : elles sont déjà l’effet d’une rumination, et une manie de dépréciation qui est déjà sur-

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