LES MANIES DE L’EXPIATION
venue après un trouble plus fondamental. La vérité c’est que cette jeune fille est depuis longtemps paresseuse, inattentive, et qu’elle est devenue de plus en plus lente. Le fait le plus caractéristique de l'abaissement du niveau mental est, chez elle, la disparition du plaisir de l’acte : c’est un point sur lequel elle revient perpétuellement, car elle se plaint de ne pouvoir prendre plaisir à rien. Elle s’amusait autrefois à son piano, aujourd’hui elle ne peut plus se laisser aller à ce plaisir : des rêveries religieuses, des idées de culpabilité surviennent au moment où le plaisir va se développer; elle ne peut se réjouir avec ses amies, en un mot elle ne peut arriver à aucun sentiment complet. C’est là ce qu’elle a le plus vivement remarqué, c’est cette absence de plaisir qui détermine le plus de mécontentement. Il en résulte qu’elle ne se sent jamais bien libre : « Même quand l’idée ne vient pas, il y a quelque chose qui me gène : je ne me sens jamais libre, et c’est là ce qui me fait croire que j’ai toujours Dieu devant moi. 11 y a comme un point noir dans mon esprit, quelque chose de lourd qui l’empêche de me sentir libre. C’est pourquoi je ne peux pas renvoyer ces idées de religion qui s’appliquent sur tout. » On a observé que les distractions, les excitations vives lui font le plus grand bien ; si elle était vraiment obsédée par des idées religieuses, ces idées devraient au contraire surgir plus fortement dans un bal. Elle est distraite, dira-t-on ? Non, car il lui arrive au milieu du bal de penser à ses idées religieuses, de se les répéter et elle est toute surprise de voir que ces mêmes idées n’ont pas leur effet habituel et n'amènent aucunement la gêne, l’absence de liberté. C’est que l’excitation a relevé l’activité au-dessus de ce sentiment d’automatisme, et les idées ne correspondant plus au sentiment paraissent insignifiantes.
La malade ne s’en tient pas à ces sentiments d’incomplétude même accompagnés de la manie du symbole religieux. Elle éprouve un tel sentiment d’agacement qu’il lui faut essayer de sortir de cette situation pénible et la voici qui invente la nécessité d’une expiation pour réparer cet acte précédent. « Je ne puis pourtant pas continuer à offenser Dieu, je ne puis pas passer tout de suite à autre chose..., il faut qu’il y ait entre l’idée mauvaise etles autres actes une petite chose pour satisfaire Dieu. » Au fond il y a encore là un phénomène d’aboulie, la difficulté à passer directement d’un acte à un autre, le besoin de multiplier les intermédiaires. Elle invente donc une expiation, mais ici encore elle se