LES MANIES DES PRÉSAGES ET DES SERMENTS
ble que futile de la pensée et que l’activité pratique, celle qui fait et qui apprend se réduit de plus en plus. La malade s’en aperçoit et souffre de cette réduction de son activité autant que de ses tourments.
Il est évident que cette maladie est due à une disposition particulière de l’esprit dans cette famille. Il n’y a pas chez les parents de maladie mentale particulière, mais il y a une disposition au développement de l’intelligence au détriment des facultés actives. Le père est un délicat, un impressionnable, la mère est plus nerveuse, plus faible encore de volonté, elle devient malade pour un changement d’appartement et présente très peu de faculté d’adaptation. Ce qui montre mieux encore cette prédisposition de la race, c’est que la malade a un frère qui présente exactement les mêmes troubles à un degré plus grave, puisque chez lui se sont développées de véritables obsessions religieuses.
Cette malade a été extrêmement améliorée par l’influence qu’a pris sur elle une de ses amies, c’est ce qui arrive fréquemment chez les psychasthéniques ayant avant tout besoin d’une direction.
Observation i45. — Manies du présage et du serment. —
Aboulie, indécision, manies mentales.
Cette jeune fille, âgée de 3o ans, M\v..., nous présente un bel exemple d’une autre forme de manie mentale très curieuse et très fréquente, mais qui, d’ordinaire, est associée avec les grandes obsessions religieuses Chez cette malade, cette manie mentale est encore assez isolée et nous pouvons l’étudier sous sa forme typique.
Cette jeune fille présente d’ailleurs une particularité assez remarquable, c’est qu’elle n’est pas encore réglée. A l’âge de i5 ans, elle ressentit quelques douleurs dans le ventre et dans les reins, elle eut des maux de tète. A la suite de ces troubles légers, elle eut des saignements du nez, se reproduisant plusieurs fois pendant deux ou trois jours. Le mois suivant, les mêmes troubles se reproduisirent et amenèrent encore quelques saignements de nez. Les choses se passèrent de la même manière pendant deux ans ; puis ces saignements du nez disparurent, et il ne resta qu’une courbature périodique devenue de moins en moins carac-
LES AGITATIONS MENTALES
téristique. Le fait le plus curieux, c’est que cette malade a deux sœurs à peu près du même âge et que ni l’une, ni l’autre ne sont réglées. Les organes génitaux de cette malade semblent cependant normaux, quoique de peu de développement. Les seins sont restés tout à fait infantiles, le mamelon a la grosseur d’une tête d’épingle comme chez une petite fille de sept à huit ans. Cet arrêt de développement chez les trois sœurs est remarquable. 11 n’y a pas cependant dans la famille de grandes tares, la mère est seulement névropathe avec une disposition aux obsessions.
Notre malade en même temps que cet arrêt de développement génital présente une grande faiblesse cérébrale, cette faiblesse comme nous l’avons déjà remarqué bien des fois, n affecte pas l’intelligence proprement dite, mais supprime presque complètement la volonté et l’attention, ces facultés supérieures si on se place au point de vue de la vie et de la santé morale. Hésitante, timide, elle trouve toute action difficile. « Il faut toujours, ditelle, que je prenne ma volonté à deux mains pour qu'elle fasse quelque chose, c’est très pénible, je pense toujours trois ou quatre choses à la fois, c’est ce qui m’empêche de faire ce que je voudrais ; il me semble que je devrais sans cesse être dirigée par quelqu’un, comme un petit enfant. »
Dans ces conditions, se sont développées surtout depuis 1 âge de vingt ans, une foule de manies mentales, dont quelques-unes nous sont déjà bien connues : elle a la manie de la répétition et du retour en arrière, il faut qu’elle relise cinquante fois de suite le même passage, parce qu’il lui paraît lu d’une manière insuffisante, il faut que dans la rue elle revienne sur ses pas, repasse avec précision au même endroit, qu’elle touche un certain nombre de fois le même pavé, etc. Elle a des manies curieuses de précision et de calcul : par un exercice continuel, elle est parvenue à reconnaître immédiatement avec combien de doigts elle touche un objet. Or, il y a certains nombres de doigts qu elle redoute ; il faut éviter surtout de toucher avec sept doigts à la fois. Pour éviter ce malheur, elle refuse de toucher un objet avec les deux mains à la fois. Mais cette précaution devient insuffisante : elle a touché un objet avec une seule main, en appuyant fortement trois doigts et légèrement le quatrième. 11 en résulte qu’elle a touché avec trois doigt et demi d’une main ; ce qui ferait pour les deux mains, si elle les avait employées, sept doigts et l'impression est tout aussi pénible que si elle avait employé en réalité les