II. — ai
LES AGITATIONS MENTALES
contente d’une expiation symbolique, d’un petit mouvement de la tête ou des bras, d’un petit acte absurde. Par exemple, elle devra, après avoir mangé sa soupe, tourner trois fois sa cuiller dans son assiette vide. « Si les convives la trouvent bête, tant mieux ce sera un acte d’humilité. » Si elle a essayé de s’amuser dans la matinée avec une amie, il faudra s’efforcer de s’ennuyer l’après-midi avec ses parents.
Malheureusement, les choses sont loin de se présenter avec cette netteté que nous sommes forcés d’ajouter en expliquant la maladie. Presque toujours la résolution de se soumettre à une expiation est aussi vague que le trouble initial lui-même. Lod..., qui n’était pas du tout convaincue d’avoir donné à boire à son petit chien le vin de l’eucharistie, trouve idiot de se soumettre à une punition pour cela ; dans son esprit elle esquisse un sentiment de protestation. Ce sentiment qui, lui aussi, n’est pas net laisse encore l’impression de mécontentement, paraît gêné, et voici encore la manie du symbole religieux qui recommence. « C’est comme si elle s’était moquée de Dieu. » A la suite, nouveau besoin d’expiation : puis le cycle recommence indéfiniment. Cette hésitation l’agace de plus en plus et prend toujours le caractère d’irréligion. « Voici que je joue à la balle avec l’idée de Dieu, il faut au moins recommencer cette discussion sans y mêler l’idée de Dieu », et elle recommence, en effet, mais de la même manière, bien entendu, et il n’y a pas de raison pour qu’elle termine jamais cette rumination. Il faut qu’on l’en tire de force, alors elle est furieuse, parce qu’on la force de se lever sans avoir conclu. « Faut-il donc que je laisse mes idées en litige ? » Ces ruminations se produisent perpétuellement à tout propos. On lui donne un joli chapeau qui lui plaît, elle ne s’abandonne pas au plaisir « parce qu’il faut d’abord remercier Dieu et compenser la coquetterie par un acte d’humilité. Mais est-il raisonnable de remercier Dieu pour un chapeau, c’est le rabaisser, il faut expier pour avoir mêlé Dieu aux choses matérielles. Le médecin a dit que cela était tout à fait égal au bon Dieu, mais le médecin n’est pas prêtre et, même s’il était le pape, il ne pourrait pas la dispenser de cette expiation parce qu’elle lui a mal expliqué la chose: c’est là qu’est son crime ; elle a mal expliqué au médecin, par égoïsme, pour se faire dispenser par lui d’expiations légitimes, etc., etc. ».
On comprend facilement la conséquence de semblables ruminations, c’est que toute la vie est remplie par ce travail aussi péni-