‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 121 sur 201 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

LES IDÉES HYPOCONDRIAQUES

La maladie mentale que nous décrivons se présente d’une manière plus complète et plus grave quand les malades sont tourmentés par des idées proprement dites qui constituent les obsessions. Ils ne se bornent plus aux troubles simples, aux faiblesses, aux insuffisances physiologiques et psychologiques que nous avons examinées dans nos premières leçons, ni aux sentiments d’incomplétude qui en résultaient. Ils dépassent également ces agitations plus ou moins diffuses ou plus ou moins systématiques qui constituaient les angoisses, les tics ou les manies mentales. Ils ont à propos de tous ces troubles des idées générales plus ou moins claires qui envahissent l’esprit à tout propos sans rapport avec les circonstances extérieures et en dépit de la volonté du sujet. Ces idées obsédantes, qui semblent avoir des objets très variés nous semblent cependant se rattacher presque toujours aux pensées de la maladie, de la honte, du crime, du sacrilège. Les plus simples sont les obsessions hypocondriaques relatives à la maladie.

Observation 147. — Idée obsédante des maladies de poitrine, des maladies de cœur, des maladies des organes génitaux.

— Sentiment d’incomplêtude génitale, excitation génitale, manie des efforts dans la masturbation, angoisses, idées de persécution.

L’observation de cette malade, Len..., âgée de 35 ans, doit être rapprochée de celle d’une autre malade, Loa...,que nous venons d’étudier dans une leçon précédente (Obs. i38). Il s’agit aussi d’un trouble psychasthénique assez grave qui a pris naissance à la suite d’une modification dans les sensations génitales. Déjà, dans l’ob-

LES IDÉES HYPOCONDRIAQUES

servation précédente, nous vous avions fait remarquer qu’il y a là, surtout chez les femmes, la source d’un très grand nombre de troubles névropathiques. Cette remarque est faite aujourd’hui de divers côtés. Elle a donné naissance à la théorie de Freud qui rattache les névroses d’angoisse à des insuffisances génitales. Quoique la thèse nous semble très exagérée, nous devons reconnaître ce qu’elle a de juste dans certains cas et en particulier dans l’observation présente.

Cette femme toujours névropathe, réglée tard, à i5 ans, est depuis réglée avec quelque irrégularité, s’est mariée a 20 ans et a eu un enfant tout de suite. Comme il arrive souvent, elle est restée très froide et très insensible dans ses rapports avec son mari et au début elle ne s’en est pas autrement préoccupée. Plus tard à la suite de fatigues et d’un état gastro-intestinal qui ressemble peut-être à une fièvre muqueuse bénigne, elle est devenue inquiète et a senti plus fortement ces impressions d incomplétude que nous retrouvons chez tous les psychasthéniques : « Il lui semblait qu’elle ne travaillait plus bien, qu’elle ne comprenait plus les choses, que rien chez elle n’était terminé, que toutes les émotions, même la joie ou la peur n’arrivaient plus jusqu’au bout. » Ce sentiment à tort ou à raison se spécialisa d'une manière toute particulière sur les sensations génitales, il lui semblait qu’elle « n’avait rien compris à l’existence, que son mari ne lui avait pas appris ce que c’est que vivre, qu’elle devait éprouver quelque chose là comme les autres femmes et que cela la guérirait. »

N’arrivant à rien avec son mari, elle a fait une expérience psychologique en prenant un amant, mais le malheur a été qu'elle n’a rien éprouvé de plus avec celui-ci. Il y avait bien un début d’excitation, mais la sensation voluptueuse au lieu de se développer semblait se transformer en émotions vagues, en peurs, en souffrances. C’est la dérivation sous forme d’angoisse que nous connaissons bien. Elle survient chez les psychasthéniques, non seulement à la place des émotions, mais également, comme nous vous l’avons montré, à la place des actions réelles ou des attentions à la réalité.

Après cette déception, notre malade essaya d’un autre système et nous voyons se développer chez elle une véritable manie de la masturbation. Faites attention à la manière dont cette femme cherche l’émotion génitale, car ce n’est pas du tout chez elle le

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