LES IDÉES OBSÉDANTES DES MALADIES
vice habituel : il y a là un état maladif tout spécial qu’il faut bien savoir reconnaître pour ne pas être embarrassé en présence de cas de ce genre'. Len... ne se touche pas pendant quelques instants pour s’arrêter à la jouissance, comme dans les cas ordinaires : quand elle a commencé elle continue indéfiniment sans aucun plaisir, elle éprouve même des souffrances locales (elle s’écorche jusqu’au sang), elle se sent angoissée, elle est épuisée de fatigue. « Mais il faut qu’elle continue, il faut qu’elle ait le courage de pousser ses efforts jusqu’au bout, car si elle réussissait, elle serait soulagée, tandis qu’elle ne peut pas rester comme cela. » L’excitation devient de plus en plus pénible : la malade a des pleurs de rage, elle suffoque et elle veut cependant continuer toujours. Cela dure ainsi jusqu’à ce qu’elle soit complètement épuisée et qu’elle s’endorme. Comparez cette crise à celle que nous avons décrite à propos des efforts de vomissements chez ce malade qui avait besoin d’expulser une dernière gorgée de bile et qui se tordait toute la nuit en efforts pour la faire partir. C’est au fond exactement la même chose avec une localisation un peu différente. C’est une excitation motrice et émotionnelle sous forme d’efforts se présentant par crise à propos d’un sentiment d’incomplétude et d’une insuffisance fondamentale, soit de la digestion, soit des fonctions génitales.
Chez cette femme les choses n’ont pas tardé à aller plus loin, car un véritable délire est venu résumer et interpréter les troubles qu’elle éprouvait. Les idées obsédantes sont de deux sortes, d’abord les plus simples, des idées hypocondriaques : elle se croit malade tantôt à la poitrine, tantôt au cœur, plus souvent au ventre, elle réclame des soins et veut se faire opérer. Cette idée revient sans cesse à son esprit, quoiqu’elle en sente encore sinon la fausseté, du moins l’exagération. Remarquez la conduite de ces hypocondriaques qui par leur seule allure vous montrent bien la forme de leurs obsessions et le doute qu’ils conservent toujours. En se présentant à notre consultation elle demande à être auscultée, car elle craint, dit-elle, une maladie de cœur. Si cette malade croyait réellement avoir une maladie de cœur est-ce qu elle serait venue se faire ausculter à la Salpêtrière ? Elle sait bien « que sa maladie de cœur a quelque chose de spécial... que c’est tout de même une maladie de cœur, mais que c’est en même temps une
maladie nerveuse ». Elle est la première à sourire pendant
qu’on l’ausculte, et elle serait bien étonnée si nous lui disions que
33 i LES IDÉES HYPOCONDRIAQUES
son cœur a quelque chose. A côté de ces obsessions hypocondriaques se développent d’autres obsessions qui sont plus graves. Len... a pris en haine son mari, elle se figure qu’il est la cause de tout, toujours « parce qu’il ne lui pas fait connaître la vie, parce qu’il est impuissant, parce qu'il n’est pas un homme comme les autres».
Vous ne serez pas étonnés si nous vous disons qu’elle rendait la maison un véritable enfer. Son mari, pour s’en débarrasser, l’a déjà envoyée dans un asile ; elle n’y est pas restée, car le délire n’était pas assez complet. Ces malades ont en effet une situation délicate sur les frontières de la raison et de la folie, plus souvent qu’on ne le croit ils versent dans le délire de persécution.
Observations i48, 149, i5o. — Obsession des vers intestinaux.
Il y a des obsessions que vous retrouverez plus fréquentes dans certains milieux ; comme ces idées obsédantes sont au fond le résultat d’une interprétation faite par le malade, il est tout naturel que ces interprétations soient en rapport avec les idées courantes du milieu où il se trouve.
Dans un milieu un peu élevé vous entendrez assez rarement parler de maladies causées par les vers, tandis que le peuple de Paris continue à s’y intéresser beaucoup. Cela vous explique que nous puissions ici réunir trois malades ayant la même obsession, ayant l’idée qu’ils sont rongés par des parasites. Cette femme de 42 ans, Bé..., porte une robe qui a une grande tache de malpropreté et d’usure sur le côté gauche du ventre, c’est qu'elle ne peut pas s’empêcher de frotter continuellement cet endroit. La raison en est qu’elle croit avoir un ver dans le ventre, c’est un ver tout spécial qu’elle appelle le ver araignée, « parce qu’il a des pattes velues comme une araignée. Ce ver remue avec des glissements
froids, il se pelotonne à l’estomac, il étend ses pattes dans le ventre. » Ici elle rit en vous racontant tout cela, mais elle ne peut y penser sans trembler quand elle est chez elle. Elle passe des journées à s’interroger sur la présence du ver, et elle a à ce moment de grandes suffocations d’angoisse. C’est une pauvre femme mal élevée par des parents alcooliques, battue dans son enfance, nourrie d’une façon absurde, qui a perpétuellement souffert de l’estomac et de l’intestin. Elle a toujours alterné entre des diarrhées et des