‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 136 sur 201 · OS · texte numérisé non relu

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LES OBSESSIONS DE LA MONTE

Observations 18G et 187. — Obsession amoureuse. — Besoin d'excitation, besoin de direction.

La plupart des cas d’obsession amoureuse rentrent dans l'une ou dans l’autre des interprétations précédentes. Cette femme de 3g ans, Tkm..., est une type de besoin d’excitation. Elle a eu pendant cinq ans pour amant, un littérateur assez intéressant qui l’a associée à ses travaux. « Il avait, dit-elle, une vie si riche et il était si tyrannique, je ne pouvais m’occuper que de lui et je ne pouvais penser h autre chose. » Depuis qu’elle s’est trouvée délaissée, elle n’a plus d’intérêt dans la vie et se laisse aller à une dépression énorme qui amène les angoissses et les scrupules.

Inversement voyez l’observation de cet homme de 3i ans, Bs..., affolé, présentant la plusgrande agitation motrice avec des angoisses, essayant le suicide, parce qu’il est renvoyé par sa maîtresse. Il cherchait bien auprès d’elle un peu d’excitation, c’est un scrupuleux génital qui n’a pu pratiquer à peu près l’acte génital qu’avec cette femme. Mais il le pratiquait fort rarement, et ce n’est pas là ce qui lui manque le plus. Cette femme l’a forcé à travailler, lui a fait apprendre un métier, lui a fait faire des œuvres intéressantes: elle l’a retiré de la nullité où le maintenait son aboulie. Il retombe dans l’inertie, dès qu’il se trouve abandonné à lui-même.

Vous voyez que les deux besoins se confondent dans certaines observations, c’est que la direction de la volonté et l’excitation de l’activité mentale sont deux choses très voisines qui se présentent souvent ensemble.

Observation 188. — Obsession d’être une enfant. —

Agitations motrices, angoisses, besoin d'être aimée.

Voici une bien singulière obsession qui parait amusante, ce n’est pas cependant une simple curiosité, elle nous montre bien comment se forment ces idées obsédantes, comment elles prennent pourpoint de départ certains sentiments anormaux qui caractérisent l’état mental des scrupuleux.

LES OBSESSIONS DE L’AMOUR

Cette femme de 32 ans, Qi..., aune attitude tout à fait caractéristique : elle est extrêmement gênée et ne sait comment se tenir, elle parle à peine et pour nous parler, elle tient les yeux fermés. De temps en temps elle éclate de rire, c’est probablement tout ce que vous pourrez voir de son état, car nous n’espérons pas qu’elle se décide à expliquer devant vous ce qui la préoccupe le plus. Il nous a fallu beaucoup de peine et de patience pour le lui faire avouer quand nous étions seuls avec elle.

Elle a toutes sortes de troubles nerveux, des crises d’angoisse, où elle perd la respiration, des rires, des pleurs, des agitations qui la poussent à marcher indéfiniment ou à courir. Certaines de ces agitations sont singulières et ne ressemblent pas tout h fait aux mouvements incoordonnés qui existent d’ordinaire dans l’angoisse.

Elle saute, elle danse, elle rit aux éclats, elle aime à se dépeigner et à faire flotter ses cheveux sur ses épaules, elle coupe ses cheveux pour les rendre plus courts. En un mot, elle joue absolument comme une enfant. C’est là la grosse histoire: cette femme de 32 ans est obsédée par l’idée qu’elle est une petite fille de dix à douze ans. Elle sait bien que cette idée n’est pas juste, elle la trouve ridicule ; aussi se cache-t-elle la figure dans les mains pendant que nous en parlons, aussi fait-elle tous ses efforts pour la dissimuler devant certaines personnes. Quand elle se trouve en particulier avec ses beaux-parents, elle se tient raide et guindée, elle serre les lèvres pour ne pas rire. Mais quand elle peut un peu se laisser aller seule, devant son mari ou surtout avec son petit garçon, elle veut sauter à la corde, jouer à cache-cache, faire des niches, et cela la rend si contente, si agitée. D’ordinaire, son attitude est une sorte de moyenne entre les deux tendances, elle exprime cette lutte entre les deux sentiments ou mieux entre les deux âges. De là ces rires, ces yeux fermés, ces grimaces, cette gêne de tous les mouvements que nous avions tant de peine à comprendre, de là aussi cette souffrance qui vous est bien connue et qui résulte toujours de la lutte contre une idée obsédante.

Quelle singulière idée, direz-vous, comment cette femme lourde, et en somme d’un âge déjà sérieux, une mère de famille, arrive-t-elle à se tourmenter de ce désir fou d’être un enfant de dix ans ? Au premier abord vous avez envie de dire que c’est là un hasard quelconque, une circonstance agissant comme une suggestion qui lui a mis entête cette idée baroque. Comme nous étudions

depuis longtemps un grand nombre de psychasthéniques obsédés, nous faisons une autre remarque: cette idée est rare en tant qu’obsession, c’est la première fois que nous la voyons devenir franchement maladive et gênante mais elle est très fréquente, sous forme de sentiment vague, dans l’esprit de beaucoup de nos scrupuleux. Ils nous disent bien souvent qu’ils ne se sentent pas vieillir ou qu’ils ne veulent pas vieillir, qu’ils seraient heureux de rester petits enfants, qu’il faut les considérer comme tels, qu’ils sont encore enfants par bien des côtés. Nous avons vu que tous les sentiments des scrupuleux, sentiment d’automatisme, de fatalité, de devoir, de gène, d’amour de l’indépendance, de remords, etc., peuvent chez tel ou tel sujet s’exagérer et devenir une obsession. C’est ce qui est arrivé chez cette femme pour ce sentiment banal d’enfantillage.

Mais il faut remonter plus haut ; pourquoi ont-ils tous ce sentiment ridicule ? Elle nous le dit très bien. « Je voudrais qu’on me trouve gentille, j’ai peur d’être laide comme un pou, je voudrais qu’on me câline, qu’on me caresse, je voudrais tant qu’on m’aime. On ne m’aime pas bien, voilà mon malheur, je ne suis jamais sûre qu’on m’aime bien. Il faudrait non seulement m’aimer bien, mais surtout bien me le dire, me le dire tout le temps et bien me faire sentir que c’est vrai. » Nous voilà ramenés à un sentiment que nous connaissons depuis plus longtemps, le besoin d'être aimé qui produit, vous le savez, les grandes obsessions amoureuses. Il a eu ici une conséquence plus drôle, il a produit l’obsession d’être petit enfant pour être aimé et câliné comme un petit enfant.

Il est facile de remonter plus haut, mais ici nous n’insistons pas car c’est une analyse que nous avons faite vingt fois. Le besoin d’être aimé se rattache chez les scrupuleux à trois origines : i° à la peur de la lutte, ils désirent ne pas avoir d’ennemis contre lesquels il faudrait faire effort, ils veulent être dans un milieu sympathique : vous rappelez-vous cette pauvre femme qui préférait mourir plutôt que d’être mal avec son concierge. 2° Ce sentiment se rattache au besoin d’être dirigé : ils veulent qu'on s’occupe d’eux perpétuellement, qu'on leur indique tout ce qu il faut faire. Cette brave dame souffre horriblement de la solitude ; quand elle marche toute seule, elle titube, elle en oublie son chemin : « je marche dans le vague, il me semble que je n'ai plus d’idées, je sens que tout devient drôle, » sentiment, vous le devinez, qui peut être souvent le point de départ d’agoraphobie. 3° Ce

LES OBSESSIONS DE L’AMOUR

besoin d’être aimé a aussi comme point de départ le besoin d’être excité. Ces gens qui ont une dépression perpétuelle, en souffrent et ils ont besoin d’être perpétuellement excités au delà de leur tension habituelle. De là, des manies de l’alcool, des manies de l’excitation génitale, etc., et quand certaines personnes leur procurent cette excitation physique ou morale ils s’y attachent désespérément. Chez cette malade, ce sont les deux dernières causes qui ont agi le plus, elle trouve que son mari est trop sérieux, qu’il est toujours absent. « Il lit son journal le soir, il ne la fait pas jouer, il ne l'amuse pas», autrement dit, il ne l’excite pas, il ne la remonte pas. De là ce besoin d’être plus dirigée, plus excitée, d’être aimée par quelqu’un.

Au delà que trouverons-nous? l’inquiétude, qui a commencé dès l’enfance, quand elle s’effrayait de la sainte vierge et du diable. Le défaut de croyance ferme, elle ne sait pas si elle croit ou non à la religion, elle hésite ; la timidité qui la rendait malade dès qu’il fallait parler à quelqu’un ; le défaut de volonté, d’attention, la rêverie sur le passé, etc...

Nous ne pouvons avoir aucun renseignement net sur les antécédents héréditaires, mais comme nous voyons qu’il n’y a aucune maladie capable d’expliquer cet état psychasthénique, comme cet état a débuté dès l’enfance, il est probable qu'il est héréditaire. C’est un trouble du caractère qui en évoluant dans certaines périodes de dépression arrive à déterminer l’obsession. Ce que l’on peut faire de mieux pour elle, c’est de la rassurer et de lui donner, pour un moment au moins, une illusion de la sympathie.

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