LES IMPULSIONS AUX FUGUES ET AU VOL
bien complètement, l’exécution est lente, par conséquent susceptible d’ètre suivie dans ses détails. 11 n’y a pas d’ordinaire de grosses émotions de délires qui mettent du désordre dans l’expression des idées et des sentiments. Ce sont donc des cas tout à fait spéciaux pour l’étude et nous ne manquons pas une occasion de vous signaler leurs diverses variétés. Il s’agit encore de fugues chez ce jeune garçon, mais elles ne sont pas tout à fait semblables à celles que nous vous avons déjà décrites et méritent de nous arrêter un peu.
Voici un petit bonhomme de quinze ans, Go..., qui a l’air un peu débile, mais qui, au fond, n’a pasl’air absolumentd’un mauvais garnement. Depuis deux ans, il s’est sauvé de chez lui plus d’une douzaine de fois. Il a fait différents voyages d'une durée variable. D’abord, de quelques journées seulement, puis de plusieurs semaines. Ce qui est plus grave encore, c’est qu’il a emporté dans ses expéditions de l’argent qu’il avait volé avant de partir, d’abord, les petites sommes contenues dans le porte-monnaie de sa sœur, puis le montant des factures qu’on l’avait envoyé toucher, une fois 68 francs, l’autre fois 3o4 francs. Voilà la fugue qui se complique et le premier sentiment c’est de dire que le cas relève de la police correctionnelle plus que de la clinique. Cela a été aussi au début de notre opinion et nous partagions l’avis des parents qui voulaient placer ce jeune voleur quelque temps dans une sorte de pénitencier. Cependant en étudiant un peu plus les détails de ses fugues, nous ne pouvons nous empêcher d’être frappé de leur bizarrerie, de leur absurdité et, sans être tout à fait convaincus, nous avons un peu pitié de ce pauvre diable.
Comment examiner les fugues? Dans beaucoup de cas, nous avons éprouvé une grande difficulté, c’est que le malade présentait l’oubli complet de son expédition. Cela même constituait un caractère essentiel des fugues hystériques. Ici, nous ne trouvons pas ce premier caractère : notre jeune homme, quand il rentre, la tète basse, raconte à peu près son expédition, il paraît en avoir conservé un souvenir très suffisant, les souvenirs d’ailleurs ont été contrôlés avec grand soin par sa famille qui a cherché à se rendre compte de l’emploi du temps et de l’emploi de l’argent, et ses récits ont toujours été trouvés exacts. C’est donc, d’après ses récits et ces vérifications, que nous pouvons voir comment les choses se passent.
Au début, à l’âge de i3 ans, il habitait à Chantilly, Sans rime
LES ObSKSSlONS Dtl CUIME
ni raison, il partait seul, sans argent, parfois en chaussons et nutête, il restait sans manger un ou (leux jours et marchait indéfiniment sur la route de Paris. Enfin, à bout de ressources il venait demander asile à une parente à la Garenne-Colombes ou bien rentrait aux environs de sa maison, se blottir dans quelque coin. De ces premières fugues, il n’avait du reste qu’un souvenir très vague: «J’ai marché droit devant moi sur la route de Paris, je suis rentré parce que j’avais trop faim. » Il ne retrouvait qu’avec peine quelques détails. D’ailleurs, il ne demandait qu’à ne pas s’en préoccuper. Il a bien fait cela une quinzaine de fois ; plus tard, un an après, il prenait avant de partir le porte-monnaie de sa sœur, ou même l’argent de la caisse. Mais que faisait-il de cet argent, puisqu’il a eu quelquefois en volant ses patrons des sommes assez considérables, une fois 3oo francs? Il est étrange de voir qu’il ne se procure avec cet argent aucun plaisir, il ne dépense rien pour son agrément, c’est à peine s’il se nourrit. Dans une journée voici ses dépenses pour la nourriture : pain o fr. 20, chocolat o fr. 20, bière o fr. 3o et il vit un jour avec cela.
Une autre journée il se paie un repas de 2 fr. 10, le troisième il n’a que du pain et du chocolat pour o fr. 20 et pour o fr. i5 de la bière. Ce n’est pas une vie luxueuse et d’ailleurs le pauvre diable rentre toujours exténué et mourant de faim. Il n’achète rien d’autre. Mais alors que fait-il de son argent? Il s’en sert pour payer la diligence et le chemin de fer, car il est constamment en route. Dans une fugue, il va de Chantilly à Creil, il descend un instant seulement pour reprendre un billet de Creil à Amiens, puis d’Amiens à Arras, d’Arras à Lille, de Lille à Douai, à Armentières et il finit par échouer chez des amis près de Douai. Quand on le rencontre au milieu de sa route et qu’on veut le faire rentrer il s’échappe et continue à voyager tant qu’il lui reste quelques sous. Ces personnes de Douai ont voulu le faire rentrer et l’ont mis dans le train à Orchies. Il descend en route et reprend un train en sens inverse pour Calais. Une fois à bout de ressources, il rentre chez lui la nuit, vole le porte-monnaie de son père et reprend un chemin de fer jusqu’à Douai ou une autre fois jusqu'à Belfort. En un mot, ces fuites ne paraissent lui rapporter aucune satisfaction, tout son argent passe en circulation indéfinie; c’est déjà bien bizarre.
En outre, ce garçon semble extrêmement malheureux de ses mésaventures. On surprend de lui, à la fin d’une de ses fugues, la