LES IMPULSIONS AÜX FUGUES ET AU VOL
lettre suivante écrite à une parente : « Je suis encore parti; vous dire pourquoi, je ne le sais pas, c’est quelque chose de supérieur à ma volonté qui me guide», et il demande humblement conseil. « Faut-il rentrer chez ses parents qui vont le mettre dans un pénitencier ou faut-il s’engager directement comme mousse ? »
Enfin une dernière remarque qui ne repose il est vrai que sur ses paroles, c’est l’état subjectif dans lequel il se trouve pendant ses voyages. Il ne s’amuse de rien, il ne regarde même pas le paysage par les portières. Il est mal à son aise, il éprouve un sentiment de froid et cherche tout le temps à se réchauffer.
Ces laits, quoique évidemment peu précis ont frappé tous ceux qui l’ont connu et les directeurs des maisons pénitencières auxquels on l’a adressé sont les premiers à nous le renvoyer en disant qu’ils ne peuvent croire à la responsabilité entière de ce jeune malheureux. Nous sommes de leur avis. Etant donné ce que nous savons déjà des fugues, nous en retrouvons ici les caractères, il est vrai, incomplets : impulsion absurbe, sans rapport avec le reste de la vie, s’exécutant en elle-même assez correctement, dans un état d’esprit assez confus, sans que le malade puisse penser à autre chose qu’à la fugue qu’il exécute, souvenir persistant il est vrai mais probablement très incomplet. Ce n’est pas la fugue hystérique typique, c’est l’impulsion réduite chez ces malades obsédés que nous avons appelés des psychasthéniques.
Peut-on remonter à l’origine ? Celle-ci semble bien banale. C’est tout simplement la haine de l’étude ; ce pauvre diable ne pouvait rien apprendre à l’école. Il est même probable que les efforts d’attention lui étaient particulièrement pénibles, comme ils le sont encore aujourd’hui. Au début, ses fugues consistaient à se sauver de l’école tout simplement. Plus tard, il a continué quoiqu’il ne sache plus pourquoi il se sauve. On l’a retiré de l’école, il fait le métier qu’il a choisi, mais l’ancienne habitude reprend sous forme d’impulsion irrésistible. C’est que c’est évidemment un faible, un débile quoique nous ne trouvions pas d’antécédents héréditaires. C’est un enfant qui n’est intelligent qu’en apparence. Il ne peut suivre une idée, il passe sans cesse d’un sujet à l’autre; il est totalement dénué d’attention. Ces esprits ne résistent à aucune impulsion, à aucune habitude. Il faudrait trouver pour lui une maison d’éducation qui ne fût pas précisément un pénitencier, où on le soumît à quelque occupation réglée. En même temps on empêcherait toute fuite pendant quelques an-
LES OBSESSIONS Uü CRIME