J.ES OBSESSIONS
LES OBSESSIONS DU CRIME
Une autre obsédée homicide est celte femme de 3g ans, Mnd..., qui se figure qu elle va tuer son petit neveu. C’est un enfant qu’elle a adopté depuis trois ans et qu’elle aime beaucoup, mais cet enfant n’est pas le sien et en sa qualité de scrupuleuse, elle est gênée dans sa conduite envers lui, elle craint toujours de ne pas faire assez bien, elle craint que l’enfant ne sache qu’elle n’est pas sa vraie mère, etc... Il paraît qu’elle a été émotionnée par un délire survenu dans sa maison et parce qu'on a beaucoup parlé d’une pauvre folle : émotion, abaissement mental, sentiment d’étrangeté et obsession de la folie, telle est la première période de la maladie. Quelques mois après, elle transforme l’obsession de folie en obsession impulsive qui la pousse à faire du mal à cet enfant, elle arrive à l’idée qu’elle va étrangler cet enfant pendant son sommeil : le passage d’une idée à l’autre se comprend bien facilement.
Dans le dernier cas celui de cette femme, Lro..., âgée de 25 ans, l’idée se forme encore d’une manière plus classique, elle sort nettement du sentiment d’automatisme. Père alcoolique, mère tuberculeuse, enfant toujours émotive et inquiète qui se frappe de tout, elle a été très effrayée, il y a deux ans, par une bronchite légère à propos de laquelle le médecin a eu tort de parler trop vite de tuberculose. Elle ressent des picotements, des fourmillements au-dessus du crâne : cc 11 me semble qu’il me tombe h cet endroit des gouttes d’eau chaude une à une sur la cervelle. » Elle a perdu toute certitude du réel : « Il me semble que rien n’est net, que je ne comprends plus mon travail. Puis, j’ai été effrayée en voyant que je disais des choses malgré moi, que malgré moi je fermais la porte cinquante fois de suite. Il m’a semblé que malgré moi je pourrais faire toutes sortes d’horreurs... »
Et nous voici à l’obsession de tuer son petit garçon. Toutes ces observations nous montrent assez bien la genèse des obsessions de l’homicide et leur poiut de départ dans les troubles des sentiments et dans les altérations de la volonté.
Observation ao3. — Obsession de l’homicide. — Accidents hystériques et accidents psychasténiques , stigmates de dégénérescence, sentiments d’étrangeté, sentiments d'automatisme, manie de l’extrême.
Celte pauvre femme, Yod..., nous a intéressés et nous l’avons
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étudiée quelque temps. C’est un beau type de scrupuleuse qui s’améliore facilement par la direction morale. Ce qui avait attiré notre attention, c’est qu’elle racontait son histoire de manière à faire croire qu’elle avait eu pendant longtemps des accidents hystériques. Le problème des relations entre l’hystérie et la psychasthénie est difficile et important et nous avions cherché, si dans ce cas, il n’y avait pas une association: après examen cette supposition nous parait improbable.
Le père est alcoolique comme tou jours ; il faut ajouter que cette personne est née jumelle et qu'elle a des stigmates apparents de dégénérescence: les oreilles n’ont pas de lobule, la voûte palatine est très ogivale; mais ce qu’il y a de plus important c’est que la tête est franchemeut asymétrique : le front est beaucoup plus fort du côté droit, et tout le côté gauche de la face est plus petit que le côté droit, remarquez aussi que l’iris de l’œil droit est bien plus foncé que l’iris de l’œil gauche. Ces stigmates physiques sont à relever : ils sont plus rares qu’on ne croit chez les psychasthéniques. Les troubles ont commencé nettement à l’âge de 12 ans, à propos de la première communion ; depuis ils n’ont jamais ou presque jamais cessé. C’est un type de la maladie du scrupule à forme continue qu’il faut bien connaître et qui s’oppose cliniquement à la maladie procédant par accès qui est plus connue. La peur d’avoir touché l’hostie avec les dents, la peur d’être tentée par le diable et d’aller en enfer ont constitué à cet âge un premier groupe d’obsessions religieuses.
De 16 à 20 ans se placent ces accidents qui nous avaient intrigués: elle racontait qu’elle avait eu des sommeils, des crises de nerfs, des raideurs des membres. On aurait dit de l’hystérie ; mais vraiment quand on précise, ces prétendus accidents hystériques, comme il arrive toujours chez les psychasthéniques, perdent de leur netteté.
Elle n’a jamais perdu connaissance dans ces crises, elle en a toujours eu le souvenir complet, elle pouvait défaire elle-même ses raideurs des membres, les hallucinations n’ont jamais été prises pour la réalité. En un mot, ce sont toujours ces agitations motrices, ces angoisses, qui ne ressemblent que de loin à de l’hystérie véritable.
Yod... est devenue plus calme depuis qu’elle s’est mariée, probablement par suite de l’excitation génitale comme elle le reconnaît elle-même. Mais la maladie n’â jamais cessé, des phobies, des obsessions de remords se succédaient régulièrement, et le
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trouble actuel survenu depuis un an n’est pas une maladie nouvelle, il est simplement une aggravation d’un état bien antérieur, aggravation causée par la fatigue du dernier allaitement. Les symptômes d’insuffisance sont décrits par cette malade d'une manière intéressante. Notez ce qu elle dit du sentiment d’ennui épouvantable qui l’envahit depuis ce moment. « Je reste comme une hébétée, une idiote... dire qu’il faut encore vivre une journée, je ne sais plus h quel moment de la journée j’en suis. J’ai des sensations terribles dans la tête, un plomb sur le sommet de la tête, des fourmis qui me mangent le cerveau, une envie de dormir seulement sur le dessus de la tête.» Remarquez ensuite les troubles de la perception. « Tout est devenu si drôle, il me semble que je rêve tout le temps... Est-il drôle que les gens aient deux trous au milieu de la figure, ces deux trous m’agacent et me donnent des envies de me jeter dessus, je ne trouve plus le monde comme il était, je ne reconnais plus personne. » Voici maintenant les sentiments d’automatisme mêlés à la honte de soi. «Ce qui m’agace c’est d’avoir toujours peur d'êtrepunie pour des actions que je ne fais pas moi-même, car, je n’agis plus moi-même. Je n’ai jamais aussi bien senti l’action continue de la puissance de Dieu, ...quelqu’un me fait faire tout ce qu’il veut. » Cette dernière phrase est remarquable, c’est le germe des idées de fatalisme, de damnation qui vont jouer un si grand rôle dans les grands délires. Les aliénistes qui voient des délires confirmés se rendent-ils assez bien compte de leur point de départ dans ces sentiments intellectuels d’automatisme, que nous montrent beaucoup mieux nos névropathes.
Sur ce terrain a germé facilement l’obsession actuelle : il lui semble qu’elle est poussée h tuer sa petite fille d’une manière quelconque : le procédé varie suivant l'action qu’elle fait, elle songe à lui jeter de l’eau bouillante sur la tète quand elle est auprès du fourneau, à la saigner quand elle récure les couteaux, à lui enfoncer des ciseaux dans les yeux quand elle coud, à l’empoisonner quand elle lui donne à manger, etc.
Une dernière question: « Pourquoi donc, Madame, voulez- vous toujours couper le cou à votre petite fille et ne songez-vous pas à en faire autant à votre mari ?
La malade, en riant : — Oh mon mari, je ne l'aime pas assez pour cela.» Vous voyez l’intervention de la manie de l’extrême, l’acte obsédant c’est l’acte qu elle redoute le plus.
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La pauvre femme est très accessible aux exhortations morales, elle a été très frappée de voir qu’on s’intéressait à l’histoire de sa maladie : cela lui a déjà donné confiance. Les obsédés de ce genre aiment toujours beaucoup à être traités en malades, d’abord parce qu’ils aiment à être soignés, ensuite parce que cela les rassure sur le caractère moral de leur conduite : ils aiment mieux être des malades que des criminels. Il faut aussi fortifier cette pauvre femme et la reposer, et il est probable qu’elle sera sinon guérie, au moins ramenée facilement à l’état antérieur et chronique.
Observation ao3 bis. — Obsession de l’homicide. — Accès angoissants, (roubles respiratoires , rôle de la colère dans celle obsession.
Nous vous présentons rapidement cette pauvre femme, âgée de 3o ans,Sy..., pour vous montrer dans quel état pitoyable peuvent tomber les malades au moment d’une obsession. Les obsessions, en effet, peuvent se présenter d’une manière pour ainsi dire chronique, tourmentant continuellement les malades, déterminant des paroles, des mouvements perpétuels mais avec peu d’intensité ou bien elles peuvent se présenter par accès, accès qui peuvent être d’ailleurs fort longs pendant lesquels les malades sont dans une angoisse extrême, pleurant, criant, ne s’habillant plus, sans cesse occupés à lutter contre l’impulsion. C’est le cas de cette pauvre femme, en proie à l’une des impulsions les plus cruelles, l’impulsion à frapper, à tuer. Remarquez les troubles considérables de la respiration qui sont bien mis en évidence par les graphiques des figures 20 et 21 ; vous voyez ici la respiration caractéristique de l’angoisse. Cette impulsion est, en elFet, l’une des plus cruelles, l’une de celles qui provoquent les plus grandes angoisses, parce qu’elle se complique de la peur terrible qu’ont les malades d’y céder. Quand ils sont poussés à boire ou à compter, ou à blasphémer, ils ne résistent en somme que mollement et se disent: «Après tout je boirai. » Ceux-ci, au contraire, sont révoltés à l’idée de frapper, songez qu’ici la pauvre femme songe à frapper sa fille : l’idée obsédante fixe se complique de la représentation des malheurs que son exécution entraînerait. C’est ce qui met cette malade au désespoir, c’est ce qui la fait demander avec instance tous les traitements possibles. Elle a
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même essayé de se faire enfermer à Sainte-Anne et elle y est restée trois mois sans retrouver le calme.
N’insistons pas sur le symptôme lui-même, impulsion survenant avec une force nouvelle dès qu’elle voit des couteaux, dès qu'elle
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lit clans les journaux un assassinat, diminution de tous les phénomènes psychologiques en dehors de l’impulsion, perte de la volonté, de l'attention, de la mémoire des choses récentes. Deux mots seulement sur l'origine vraisemblable de l’obsession actuelle quoiqu’il n’y ait guère de nerveux dans la famille; c’était une personne très nerveuse ayant déjà souvent la sensation de la boule, s’évanouissant facilement. Pour son malheur, elle avait un
Fig. 2 1 . — Respiration de Sy... pendant l’angoisse, irrégularité complète de la respiration
abdominale.
mari ivrogne qui malgré ses supplications buvait de plus en plus. Elle se fâcha contre lui, le prit en haine et fut préoccupée par la pensée de l’arrêter, de le punir, de le frapper. Peu à peu elle devint plus nerveuse : l'idée de frapper sedéveloppa et elle devint une obsession puis une impulsion. On pourrait dire ici que cet état impulsif n’est encore qu’une émotion particulière devenue permanente, seulement ce n’est plus la peur ou l’amour comme nous l’avons vu si souvent, c’est la colère.
Observation 20/1 . — Obsession de l’homicide. — Evolution chronique, associations envahissantes, terminaison par la suppression des actes et l’immobilité.
Cette femme, Xa..., est tourmentée par des obsessions homicides exactementcomme lesprécédentes, leur genèse nous semble être à peu prèssemblable, cependantcette malade présente à nos yeux un grand intérêt à cause de son âge. En effet, elle a 61 ans et cet âge
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est déjà pour tous ceux qui ont suivi ces leçons assez curieux ; sauf un brave homme qui était tourmenté par la manie de rechercher des mots, et qui avait 76 ans, nous ne vous avons guère présenté de sujets atteignant 60 ans. Vous vous rappelez qu’ils ont tous de vingt à quarante ans; si bien que ces troubles vous ont paru une maladie de jeunes. Cet exemple nous prouve qu’il y en a des cas chez des sujets ayant dépassé la première moitié de la vie. En outre, ce cas nous montre d’une manière extrêmement nette les terminaisons, c’est-à-dire l’état final vers lequel tend la maladie, auquel la maladie réduit les sujets quand' elle évolue jusqu'au bout. Nous résumerons rapidement la vie de Xa... et nous nous arrêterons sur cet état final qui est maintenant pour nous le plus intéressant.
Comme il arrive dans ces grands états chroniques, Xa... est une héréditaire ; un oncle paternel est mort à l’asile en l’état de mélancolie anxieuse, le père était déjà un bizarre quand il est mort très jeune à 26 ans. Xa... fut atteinte dès sa jeunesse, jamais de plaisir complet dans son enfance, des inquiétudes déjà à l àge de huit ans, puis après la puberté des peurs inexpliquables et toujours des craintes de mal faire, des peurs de dire des gros mots, de mettre le feu à la maison, de se jeter sous les roues des voitures, etc. C’était d’abord des crises passagères de quelques jours ou de quelques mois, un abaissement passager du niveau mental qui se relevait ensuite.
A partir de vingt-deux ans, à la suite d’une couche, l’état morbide devint chronique et n’a presque plus jamais cessé depuis quarante ans. Il a toujours évolué dans le même sens : sentiment d’incomplétude et de mécontentement, sentiment d’automatisme, dérivation sous forme d’agitation et d’angoisse, puis obsessions, criminelles. « 11 me semble, dit-elle, que je vais tuer quelqu'un, que je vais faire du mal à des enfants. » Pendant les premières années, le travail assez grand qu’elle avait à faire, les soucis de la vie réelle ont arrêté le développement de la maladie. Vers l’âge de 4o ans, elle eut le malheur de se retirer des affaires sous prétexte qu’elle ne pouvait plus résister à la fatigue et le trouble mental prit un bien plus grand développement.
Il faut dire aussi pour l’excuser et pour expliquer l’évolution ultérieure qu elle commençait à être atteinte d’un grand rhumatisme déformant qui lui rend aujourd’hui la marche très difficile et qui a tordu ses doigts. Ce rhumatisme est intéressant par son
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association avec la maladie du scrupule. Il a aussi contribué à l’augmenter, en rendant l’occupation et le travail plus difficile. N’oubliez pas que le travail physique et moral est une grande sauvegarde pour ces malades. Ils sont perdus quand une circonstance quelconque favorise leur tendance h l’inertie. Celle-ci depuis l’âge de quarante ans va de mal en pis, et nous voudrions vous faire remarquer l’évolution qui s’est produite.
Le caractère essentiel de la maladie dans la dernière période, c’est la généralisation des troubles : les obsessions qui ne se produisaient fortement qu’à la suite de circonstances particulières se produisent maintenant à propos de tout. C’est ce que la malade explique par de prétendues associations d’idées : ainsi l’obsession criminelle, l’impulsion à l’homicide, se produisait autrefois à propos des couteaux comme il est de rigueur. Voyez ce qui arrive maintenant; Xa... ne peut voir des enfants, ni les entendre, parce qu’elle pourrait les tuer; elle ne peut voir des fleurs, parce que certaines sont rouges et font penser à du sang, ni des journaux, parce qu’ils parlent de crimes, ni des arbres parce qu’ils ont des branches et que les jardiniers les coupent. Elle ne peut plus voir son fils parce qu’il a eu le malheur de mettre une fois une cravate où il y avait du rouge. Mieux encore, nous lui avons donné une garde et le malheur a voulu qu’elle s’appelât Antoinette ; aussitôt le nom de Marie-Antoinette fit penser à l’échafaud, au meurtre, etc., et depuis ce moment, il n’y a plus ni garde ni de domestique qu’elle puisse tolérer. Poussez les choses à l’absurde, vous n’arriverez pas encore au bout : la susdite Antoinette a déposé un ouvrage sur un des fauteuils de la maison, d’où la. contamination du fauteuil, mais le fils imprudent qui s’était assis sur ce fauteuil est allé ensuite s’asseoir sur les autres sièges, il a transmis la contamination à tous les meubles de l’appartement. Il n’y a plus un siège qui n’éveille la pensée de l’échafaud, de l’homicide, etc... Ces belles histoires se répètent toute la journée; la pauvre malade pousse des hurlements plaintifs à cause de ces hasards malheureux. « Ces choses n’arrivent qu’à moi, dit-elle, car enfin, si mon fils avait pris la précaution de changer de pantalon après s’être assis sur le premier fauteuil, j’aurais conservé des sièges disponibles. Tout vient de ces malheureux hasards arrivés dans cette maison... Il faut que je change d’appartement et tout ira bien. » Non, ce n’est pas vrai, tout ira aussi mal, car les circonstances n’y sont pour
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rien du tout. Avant Antoinette, il y avait autre chose, et il y aura toujours quelque chose de semblable. Elle invente les explications après coup ; en réalité, c’est la rumination, l’angoisse, qui se produisent perpétuellement à propos de n’importe quel fait psychologique et qu’elle explique par ces associations d’idées.
Les conséquences de cette généralisation sont des jdus remarquables : chaque obsession, nous le savons, gêne ou supprime une action et à notre avis c’est même la gêne de l’action qui commence. Au début déjà, il y avait impuissance à se servir de ciseaux ou de couteaux ; mais avec le développement de la maladie, les actes supprimés sont de plus en plus nombreux.
Il y a quelque temps encore, Xa... se promenait au bois de Boulogne, quand l’histoire des arbres et de la hache du jardinier est survenue. Elle allait encore par les rues sans arbres, mais sa voiture a roulé sur un papier rouge, donc suppression des sorties. Elle voyait encore son fils, la cravate rouge l’a fait renvoyer ; elle ne peut plus voir d’amis, de peur qu’ils ne lancent des phrases malencontreuses. Elle ne peut plus tolérer de domestiques depuis.Antoinette, et la voici qui ne peut même plus s’asseoir. Nous avons trouvé cette pauvre vieille rhumatisante, tremblante de fatigue, debout au milieu de la chambre.
Mais direz-vous, c’est de la folie complète ? Non, et voici à notre avis ce qui fait l’horreur de la situation, c’est que cette femme conserve un esprit parfaitement lucide. Elle a une intelligence qui est plutôt remarquable, et quand on peut distraire son attention, elle cause même très bien. Elle a pour ses propres folies plus de mépris et plus de rires que nous ne pouvons en avoir ; mais c’est là de l’ironie purement abstraite qui n’aboutit à rien de réel. Si ridicule qu’elle se trouve, elle ne peut cependant ni sortir, ni se laisser couper les ongles, ni s’asseoir. Il semble qu’il y ait divorce entre l’intelligence abstraite et la volonté pratique. Xa... en est arrivée à vivre tout à fait en dehors du réel, elle est parvenue à la suppression presque complète de toute action.
C’est là cette conclusion que nous voulions vous faire remarquer : le terme de la maladie, ce n’est pas la démence ordinaire, le naufrage de l’intelligence, c’est uniquement la perturbation et la destruction des actes. Tous ces malades aboutissent peu à peu à la réduction de la vie : la sociabilité disparait la première, ils se cloîtrent volontairement, puis dans leur retraite, la vie se réduit encore, ils en arrivent à une immobilité presque absolue. Il y
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avait, il y a quelques années, clans le service d’un de nos maîtres, M. J. Falret, une vieille femme de ce genre qui restait toute la journée assise et immobile dans sa cellule et qui ne manifestait sa vitalité que par les hurlements de colère qu’elle poussait dès que quelqu’un faisait mine d’approcher.
Cette terminaison de la maladie du scrupule par l’isolement de plus en plus complet et par la suppression de tous les actes nous montre quelle importance ont les troubles de la volonté dans tout son développement.
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