LES U IJ SESSION S
LES OBSESSIONS DU ClUME
plus la personne d’autrefois, on ne peut plus refaire ce qui n’est plus. La vie que je vis ne produira pas de résultat réel ; moralement je ne suis plus là. Il y a quelque chose de brisé d’une manière irréparable. » Ce sont là des troubles bien connus de la dépersonnalisation avec perte du sens du réel ; le sentiment morbide porte principalement ici sur les faits psychologiques.
Tous ces symptômes ont-ils un rapport quelconque avec la blanchisseuse ? Dans l’esprit de la malade, oui. Elle explique tout cela en disant qu’elle s’est mal conduite et qu’elle n’a plus le droit de vivre comme les autres. Mais pour nous qui avons vu les mêmes symptômes une centaine de fois, sans qu’il fût aucunement question ni de blanchisseuse ni de mauvaise conduite, nous pouvons ne pas partager son opinion.
Pour nous, tous ces symptômes se sont développés graduellement sur un terrain prédisposé : de grandes tristesses dans la jeunesse, trois accouchements, le dernier allaitement, des difficultés du ménage ont abaissé fort au-dessous du niveau normal un esprit déjà très peu résistant. D’ailleurs, la famille convient qu’elle était malade avant l’accident de la blanchisseuse ; peut-être même cette aventure, qui témoigne d’une oscillation de la volonté, était-elle déjà un symptôme. Il se peut que cette petite histoire avec les ennuis qu’elle a occasionnés ait ajouté une émotion nouvelle et ait eu également une inlluence dépressive ; mais c'est simplement la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Si on voulait résumer par une idée cette maladie de dépersonnalisation, on pourrait prendre n’importe quel souvenir de sa vie : la malade a choisi presque au hasard le dernier incident qui l’a impressionnée. Elle trouve qu’il correspond bien à son état, parce qu’elle a des sentiments pathologiques qui sont d’accord avec cette idée. Elle se sent changée, gênée dans ses actes, d’où l’idée d'obligation ; elle se sent inquiète, d’où l’idée de châtiment, deculpabilité; elle se sent incapable de liquider une situation, d’où l’idée de lien perpétuel, etc. Le remords de la blanchisseuse n’est qu’une expression qui se représente perpétuellement à son esprit, tant qu’elle éprouve les mêmes sentiments fondamentaux.
Observation aïo. — Obsession de remords, crimes génitaux, l’armi les remords les plus fréquents se placent naturellement