DÉLIRE RÉTROSPECTIF, OBSESSION DE REMORDS
Ce qui modifie l’obsession, ce sont évidemment les circonstances qui agissent contre l’engourdissement général, caractéristique de cette crise : tout changement, toute émotion et particulièrement l’excitation génitale chez Kl..., relèvent plus ou moins définitivement le niveau mental et « dès qu’on se sent plus fort, remarque la malade elle-même, les idées s’en vont ». Comme il arrive quelquefois, les règles la guérissent momentanément par la petite excitation qu elles déterminent, mais il y a rechute grave le lendemain de la fin des règles, c’est toujours l’état général de la tension nerveuse qui est capital.
Dans le traitement de cette malade nous voulons vous signaler un phénomène bizarre que nous n’avons nettement observé que deux ou trois fois. Kl... arrive assez facilement à devenir suggestible et hypnotisable ; on utilise cette disposition pour remonter son niveau mental et détruire l’obsession et l’on réussit ainsi beaucoup plus facilement que chez d’autres malades non hypnotisables. Mais à mesure que l’obsession et l’état psychasthénique disparaissent, elle présente des symptômes inattendus : la voici qui devient nettement anesthésique du côté droit et qui a des phénomènes de contracture. Elle prétend qu’elle a été ainsi autrefois, ce serait en somme un état mental hystérique qui alterne avec le précédent, qui remplace l’état mental psychasthénique1. Ce rapprochement de la maladie de Kl..., des formes ordinaires de l'hystérie montre en tout cas qu’il s’agit de troubles mentaux beaucoup plus faciles à modifier et d’un état plus facilement curable. En effet, un premier traitement a déterminé la guérison pour plus de six mois et quoiqu’il y ait maintenant une rechute, dous espérons parvenir rapidement à la débarrasser de son obsession.
Observation 212. — Délire rétrospectif, obsession de remords.
Antécédents héréditaires, obsessions amoureuses, début de systématisation.
L’histoire de ce malade, New..., âgé de 3o ans, serait assez
1. L’un de nous a déjà signalé un fait analogue dans l’observation d’une malade aboulique et obsédée traitée par la suggestion hypnotique, Marcelle ( Névroses cl idées fixes), 1898, I, p. 58. C’est un phénomène assez rare dont l’étude est intéressante pour expliquer les rapports entre l’état mental psychasthénique et l’état mental hystérique.
LES OBSESSIONS DU GRIME
banale si elle ne retenait l’attention par un petit détail. Ce jeune homme obsédé présente du délire rétrospectif. Vous savez ce que signifie ce mot : certains malades ne se bornent pas à transformer par leurs rêves les perceptions présentes et à comprendre les choses actuelles autrement qu elles ne sont. Ils cherchent également à interpréter leurs souvenirs. Ils les arrangent et les transforment suivant leurs conceptions actuelles. Ce qui fait qu ils présentent de leur vie passée un tableau tout à fait arbitraire, le délire se reporte en arrière : il est rétrospectif. Ce caractère est surtout bien connu dans le délire de persécution : des malades qui n’ont jamais pensé aux persécutions avant l’âge de quarante ans vous soutiennent maintenant qu’ils ont été persécutés dès l’âge de dix ans et interprètent dans ce sens tout ce qui s’est passé dans leur enfance. Ce fait n’est pas propre au délire de Lasègue. Il appartient h tous les délires systématisés quand les malades coordonnent leurs pensées délirantes autour d un centre: il peut exister dans toutes les idées fixes, à la condition qu il y ait une tendance à la systématisation, ce qui indique toujours un pronostic plus grave.
Ce garçon, d’un famille très suspecte (père alcoolique, oncle suicidé, mère obsessions mélancoliques), le seul survivant de huit garçons, les autres étant morts très jeunes) a toujours été un déséquilibré, méticuleux, scrupuleux, obsédé pour un rien. Il a eu surtout deux périodes de passion amoureuse à forme de véritable obsession, ce qui ne l’a pas empêché d’être un ouvrier sculpteur très intelligent et de réussir fort bien. Depuis l’année dernière, il s’est mis en tête une idée absurde qui s’est développée à propos de quelque racontar d’atelier. Il croit qu’on l’accuse d’avoir des mœurs inavouables et qu’on lui jette à la tète toutes sortes de mots grossiers. C’est à ce propos qu’il examine sa vie, qu’il évoque de vieux souvenirs de son séjour à l ceole chez les Frères. Toutes les complaisances qu’on a eues pour lui, toutes les affections que ses maîtres ont pu lui témoigner, il les traduit à sa manière en s’imaginant qu’on a abusé de lui.
Il y a là évidemment une certaine systématisation dans un délire qui se rapproche de la persécution. 11 ne s'agit d’ailleurs pas de délire complet, car le malade doute encore de la réalité de cette persécution dirigée contre lui. La systématisation, ce qui est assez curieux, se surajoute ici à une simple obsession. Espérons, vu son caractère antérieur, qu’il changera cette obses