LES OBSESSIONS DES CRIMES RELIGIEUX
pratique religieuse, mais elle ne peut pas s’y décider : à chaque instant, elle cherche à prier, à préparer une confession pour vérifier si l’impulsion au sacrilège existe toujours, et bien entendu les mêmes tourments recommencent. Sa vie est ainsi épouvantable depuis des années.
Nous allons tâcher au moins au début du traitement de supprimer les pratiques religieuses qui sont dangereuses pour elle. Mais, à notre avis, il faudra parvenir à les rétablir peu à peu. En effet, ce n’est pas guérir un psychasthénique que de se borner à supprimer les actions qui s’accomplissent d’une manière imparfaite et à propos desquelles ont lieu les dérivations pénibles. Se borner à cette suppression, c’est plutôt favoriser la maladie, la développer: l’essentiel de la maladie c’est, en effet, cette suppression des actes, c’est à cela qu’elle aboutit naturellement dans son évolution. Les scrupules religieux aboutissent tout seuls et spontanément à l’impossibilité complète de tout acte religieux, il ne faut pas trop favoriser cette tendance en conseillant au malade la suppression complète des actes religieux ou sociaux qui provoquent les angoisses. Supprimons-les d’abord pour rendre le calme au sujet, exerçons-le au début à des actions plus simples pour lui; puis, dès que la volonté et l'attention auront fait des progrès, exhortons-le à recommencer avec calme et confiance les exercices religieux en rapport avec son éducation et ses croyances. En un mot, un scrupuleux religieux n’est pas guéri quand il ne fait plus de confessions, mais quand il arrive à les faire sans angoisses et sans ruminations.
Cette femme de 5i ans, Xy..., présente exactement la même maladie avec cette seule différence qu’elle est plus âgée et que les troubles plus anciens semblent plus graves. Elle est dans une agitation continuelle, rouge, essoufflée, elle bavarde incessamment et on l’entend qui répète : « Va-t’en, Satan, laisse-moi, je veux être sauvée. » Les idées de sacrilège ne se présentent pas uniquement à propos des actes religieux, mais à propos des actes quelconques. Elle se croit deshonorée et damnée quand on veut lui faire mettre sa chemise ou la faire manger sa soupe. En un mot l’obsession, comme nous l’avons déjà vu dans des cas anciens, s’est généralisée et trouble toutes les actions.
Chez cet homme de 36 ans, Ki..., les obsessions sacrilèges ont
LES OBSESSIONS DU SACRILÈGE
pris une forme un peu spéciale. Sa femme a présenté quelques troubles à la suite de son dernier accouchement et le médecin lui a conseillé d’éviter une nouvelle grossesse au moins pendant quelque temps. Le mari, déjà scrupuleux depuis longtemps bien entendu, a été épouvanté : il s’est posé le problème religieux bien connu : « Est-il permis d’avoir avec sa femme des rapports qui n’ont pas la conception comme but? » Voici dix mois qu’il médite sur ce problème sans arriver à une solution. Mais à ce propos, il se demande s’il n’a pas accompli, sans y prendre garde, une foule de sacrilèges. Il recherche tous les actes de sa vie et surtout les actes sexuels pour les examiner au point de vue religieux, et y découvrir une foule de sacrilèges.
Le malade : « Je vis éternellement avec cette idée de péché, de crime contre nature, de mort, d’enfer; je sais bien que je suis à peu près un honnête homme, et cependant je pense toujours que je suis damné, que j’ai mérité mille fois un enfer épouvantable, un enfer spécial pour moi tout seul, plus cruel que pour les autres. Cette discussion est épouvantable, elle m’enlève toutes les forces pour me bien conduire et je ne pourrai plus résister aux tentations sacrilèges qui m’obsèdent continuellement... C’est un peu fort, je ne crois pas à l’enfer, et je suis tourmenté par la peur de l’enfer bien plus que les gens qui y croient. Je voudrais bien savoir une bonne fois si je suis religieux ou si je ne le suis pas... »
Vous remarquez ici le développement de la manie de l'interrogation et en général le développement des manies mentales, aussi il est intéressant d’observer que l’obsession du sacrilège se présente plutôt sous la forme de remords que sous la forme d’impulsions proprement dites ; c’est une règle assez générale que nous avons souvent constatée.
De ces trois malades, il y en a deux dont nous pouvons vous donner de bonnes nouvelles. L’homme aux ruminations métaphysiques s’est amélioré facilement, il a été très frappé des explications que nous avons données devant lui; en général, ce genre de malades tire profit des explications que l’on donne sur leur mal. Ils comprennent mieux ce qu’il y a de pathologique dans leurs idées, dans quel sens doivent être dirigés leurs efforts. Il a fait très vite des progrès.
La jeune fille de 35 ans, Leb..., après trois mois de soins, va
L’OBSESSION DE L’ENVOUTEMENT
réellement beaucoup mieux, à la condition de supprimer encore à peu près complètement tous les exercices religieux, ce qui n’est évidemment qu’une guérison toute relative.
Quant à la troisième malade, Xy..., son agitation a augmenté et elle a dû être envoyée dans un établissement spécial.
Observation 220. — Obsession de l’envoûtement. — Dysesthésies, interprétations délirantes , folie communiquée.
Deux mots seulement sur cette brave femme, victime d’un malheur autrefois très commun et aujourd’hui heureusement devenu beaucoup plus rare. On pourrait dire qu elle nous présente le type d’une ancienne souffrance que l’on croyait disparue : à ce titre elle mérite quelque intérêt.
Cette femme, Tbl..., âgée de t\o ans, est la victime d’une tentative d’ envoûtement : vous allez voir que ce n’est pas une situation agréable. Depuis plus d’un an elle éprouve des tourments variés, des tremblements et des secousses dans les membres, des frissons sur la peau, mais surtout des impressions plus désagréables encore. Elle sent qu’on tire sa robe, que l’on cherche à mettre la main dans ses poches, que l’on secoue ses clefs dans sa poche. On fait remuer son lit la nuit : « Ça craquille autour de moi très fort et d’une manière très énervante ». On la pousse par l’épaule, on lui souffle sur le visage, on chuchote près d’elle, et elle n’a jamais pu voir ni soupçonner ceux qui se livraient à ces mauvaises plaisanteries.
Vous direz que c’est tout simplement un cas de délire de persécution au début, quand les différentes illusions et hallucinations sont encore vagues et peu systématisées. C’est possible, et cette femme peut en effet aboutir au délire de persécution, mais pour le moment, le cas est moins net et il ne s’agit pas du délire classique de Lasègue avec conviction, avec évolution lente et développement systématique d’un trouble du caractère.
Voici l’histoire. Cette brave femme, un peu faible d’esprit bien entendu, a été il y a dix ans dans une baraque de foire se faire tirer les cartes. On lui a dit la bonne aventure, on lui a fait voir un esprit sous la forme du buste d’un enfant et, en définitive, on lui a extorqué cent francs en la menaçant de grands malheurs si elle révélait sa sotte expédition. Remarquez, cependant, qu’elle