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CHAPITRE IY

LES OBSESSIONS DU SACRILÈGE

La manie de l’extrême est l’une des plus fréquentes que présentent les psychasthéniques, c’est une forme que prend tout naturellement leur agitation mentale sous l’influence des sentiments d’incomplétude. Quand cette manie s’applique aux obsessions criminelles, elle les transforme en les exagérant : d’un côté le crime qu’ils se représentent s’applique aux choses les plus vénérables, de l’autre il est conçu sous la forme la plus odieuse possible. C’est là le caractère général des obsessions sacrilèges qui sont toujours constituées dans la pensée du sujet par l’association ou la juxtaposition d’une idée infiniment respectable et d’une action méprisable et odieuse.

Observations 217, 218, 219. — Obsessions des crimes religieux.

— Angoisses et marnes à propos des exercices religieux, impossibilité des actes religieux, agitation motrice et agitation mentale.

Il est trop évident que les idées et les sentiments religieux doivent jouer un rôle considérable dans les préoccupations des scrupuleux. Nous les avons déjà rencontrés à bien des reprises, dans les manies de la perfection et de la répétition des prières, dans les angoisses causées par des confessions et des communions, dans toutes les obsessions de remords. Quand les sujets ont été pendant longtemps tourmentés par des phénomènes de ce genre, ils peuvent arriver très facilement à une interprétation religieuse de leurs troubles, interprétation qui va devenir obsédante et accompagner dorénavant les troubles les plus légers. Voici trois cas encore assez simples de ces obsessions religieuses.

Le premier, celui de cette demoiselle de 35 ans, Leb..., est le plus banal. Vous pouvez le considérer comme le type d’un très

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grand nombre d’obsessions pour lesquelles vous serez consultés. Elle est malade depuis l’âge de 16 ans à peu près sans interruption ; c’était une enfant délicate d’une famille qui compte plus de tuberculeux que de névropathes. Sa mère, que vous voyez près d’elle, est une petite femme trop douce, trop timide, qui n’o6e pas lever les yeux. Elle n’a jamais été troublée par des obsessions véritables, mais il est clair qu’elle a légué à sa fille le même caractère aboulique et qu’il y a là encore un cas d évolution de la maladie à travers plusieurs générations. Les règles vinrent à i4 ans, et les sentiments d'abaissement commencèrent peu de temps après; à 16 ans, la maladie était constituée. Elle consiste, au début, en angoisses et en manies relatives aux confessions. A la pensée de se confesser, la jeune fille devient anxieuse au moins quinze jours d’avance, elle veut s’y préparer, et pour cela faire deux choses, sentir fortement ses sentiments de foi et retrouver ses péchés. Or, l’attention ne peut arriver ni à l’une ni à l’autre opération, il lui semble qu’elle n’est pas croyante (sentiment d'incomplétude), et elle ne sent jamais qu’elle a retrouvé tous ses péchés.

En réalité, elle fait très peu d’actions religieuses à ce moment : dès qu’elle veut les faire, son esprit s’égare, l’effort religieux amène des angoisses, ou bien des recherches interminables suides choses qui n’ont rien de religieux, comme les noms de toutes les personnes avec lesquelles elle s’est promenée. Vous voyez les dérivations viscérales et mentales. Une de ces dérivations prend une importance particulière, ce sont des excitations sexuelles suivies de masturbations auxquelles elle se sent invinciblement poussée quand elle prépare une confession. On comprend que cela ne diminue pas les remords et les scrupules; les mêmes troubles plutôt plus graves se reproduisent à propos des communions.

Il en est ainsi pendant plusieurs années, jusqu’à une seconde période qui semble s’être développée insidieusement depuis une dizaine d’années. La jeune fille ne peut pas comprendre qu’elle soit malgré elle aussi peu religieuse, et elle cherche une explication de ces fautes qu’elle se reproche tant. Il lui semble qu’elle n’est pas comme les autres femmes, que le diable l inspire et la pousse à se conduire le plus mal au moment où elle veut être le plus religieuse. Au moment de se confesser, elle sent des impulsions à se toucher, à faire des malpropretés, à blasphémer de toutes manières. Elle en a conclu qu’il lui faut renoncer à toute

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