‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 166 sur 201 · L’OBSESSION SACRILÈGE CHEZ UN SCRUPULEUX · texte numérisé non relu

L’OBSESSION SACRILÈGE CHEZ UN SCRUPULEUX

à vous signaler les détails intéressants à propos de chacun des cas qui se présentaient. C’est ce que nous avons encore à faire aujourd’hui à propos de ce brave garçon: en un mot, c’est un obsédé, mais son obsession soulève de très curieux problèmes de clinique et de psychologie qui sont loin d’être résolus ; quoique la question soit très délicate, nous allons tâcher de vous la faire comprendre.

En général, le contenu de l’obsession, c’est-à-dire la pensée particulière qui obsède l’esprit, n’a pas une très grande importance au point de vue du diagnostic. Que l’on soit obsédé en pensant à un incendie, ou en pensant constamment à un cadavre qu’on a vu, on est toujours purement et simplement un obsédé. L’intérêt ne consiste ordinairement que dans les circonstances qui accompagnent l’obsession. Y a-t-il oui ou non des hallucinations, du langage intérieur automatique, des impulsions au mouvement ? L’idée se présente-t-elle sous forme de crise? Est-elle oubliée après la crise ? Y a-t-il amnésie, conscience, subconscience ? Voilà d’ordinaire les caractères intéressants et ces caractères, notez-le bien, peuvent exister tous avec n’importe quelle idée : une idée érotique, ou une idée de peur de l’incendie, ou l’obsession du choléra, peuvent aussi bien l’une ou l’autre se présenter avec ou sans hallucinations, avec ou sans amnésie, etc. Dans ces cas en général, le contenu même de l’idée ne dépend que des circonstances dans lesquelles l’individu s’est trouvé au moment où il était suggestible. Telle jeune fille que nous vous avons présentée était obsédée par la pensée d’un monsieur qu’elle a vu jouer du cornet à piston dans un bal de village et telle autre par la pensée d’un voleur qu elle a rencontré dans la cave. Le fait de penser au cornet à piston ou au voleur transforme si peu la maladie que nous pourrions supposer un échange entre ces deux malades sans aucun inconvénient. En un mot, dans ces cas, l’existence de l’idée obsédante nous indiquait d’une manière générale la suggestibilité du sujet, mais le contenu de l’idée fixe, la représentation de tel ou tel objet ne nous apprenait pas grand’chose de plus.

Eh bien, en est-il toujours ainsi ? Non, déjà depuis longtemps des observateurs comme Lasègue, Falret, avaient montré que dans certains cas le contenu même de l’idée fixe est un symptôme de l’état d’esprit du sujet. Avoir toujours des idées de persécution ce n’est pas entièrement le résultat du hasard, comme le fait de rêver au choléra ou de rêver à un amoureux. Cela indique une

LES OISSESSIONS DU SACRILÈGE

tendance particulière de l’esprit et cela peut mettre sur la voie d’une prédisposition mentale plus grave que la suggestibilité pure et simple.

11 nous semble qu’il en est de même pour certaines idées très bizarres qui, au premier abord, paraissent dues au simple hasard, mais qui se répètent toujours les mêmes chez certains malades tout à fait spéciaux. Elles nous révèlent, par leur simple contenu, des antécédents particuliers et nous amènent à un diagnostic spécial. Ces idées, pour les distinguer des autres, pourraient être désignées, faute de mieux, nous ne tenons pas au mot par un nom que proposait l’un de nous qui depuis quelque temps a eu beaucoup l’occasion de s’en occuper, nous les appellerons des obsessions sacrilèges.

Voici ce que nous entendons par ce mot : ce genre d'idées bien spécial consiste dans le rapprochement, l’association de deux termes, l’un infiniment respectable et profondément vénéré par le sujet, l’autre extrêmement sale, obscène et surtout particulièrement répugnant pour le sujet même. C’est, en un mot, l’accolement de ce qu’il y a de plus vénérable et de ce qu’il y a de plus honteux. Vous allez d’ailleurs tout de suite comprendre la nature de ces idées par l’exemple que vous avez sous les yeux.

Cet homme de 34 ans, On..., a, surtout depuis deux ans, une obsession qu’il trouve épouvantable, qui lui fait commettre mille absurdités et qui empoisonne sa vie, mais il n’a jamais osé en parler à personne tellement il en est honteux, tellement il trouve l’idée à la fois ridicule et monstrueuse. Dernièrement, il a vu, paraît-il, un livre que nous venions de publier sur les névroses ; il l’a feuilleté et a appris avec stupéfaction que des médecins s’intéressaient à des cas semblables et en parlaient sérieusement. Delà, la bonne pensée qu’il a eue de venir se confesser: nous pouvons lui garantir une chose certaine, c’est qu’il a vu juste en comprenant qu’on ne se moquera pas de lui, qu’au contraire on le plaindra et qu’on l’aidera à se guérir.

Eh bien ! voici cette idée : Il a perdu son père et son oncle qu’il aimait extrêmement et depuis deux ans, il est obsédé par la pensée de l’âme de son père, ou de l’âme de son oncle, pensée pour lui infiniment vénérable et il l’associe constamment avec l’idée d’une chose très répugnante, les excréments des hommes. Il ne peut s’empêcher de penser à chaque instant que l’âme de son père est dans ce tas d’excréments, que l’âme de son oncle sort du derrière

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