ABOULIE ET SENTIMENTS D'AUTOMATISME
symptômes imaginaires inventés selon les besoins de la cause. En somme, nous ne trouvons pas de troubles organiques suffisants, pour expliquer à eux seuls de tels sentiments.
Il faut faire une place aux phénomènes cérébraux : Les réactions musculaires respiratoires, vaso-motrices de l’émotion, sont les conséquences des modifications cérébrales, et puisque les modifications cérébrales sont en rapport avec les phénomènes psychiques, pourquoi ces phénomènes psychiques ne seraient-ils pas tout d’abord influencés par les modifications cérébrales avant de ressentir le contre-coup des modifications organiques ?
Un point très important, c’est que ces modifications cérébrales qui déterminent de pareils sentiments, ne semblent pas être du même genre que celles qui déterminent les anesthésies chez les hystériques. L’engourdissement cérébral est très loin de se traduire toujours par l'anesthésie. En effet, ici on n’en trouve pas trace, et c’est même une surprise clinique que de ne pas trouver d’anesthésie dans des cas semblables. Les malades nous répètent qu’ils ne se sentent pas eux-mêmes, qu’ils ne sentent plus le contact des objets, qu’ils voient en travers d’un voile, on est tout surpris de ne trouver cependant chez eux que des diminutions légères souvent insignifiantes des diverses sensibilités, diminutions dues évidemment à leur peu d’attention. Ici,1 l’æsthésiomètre nous donne 32 au poignet droit, 33 au poignet gauche, 47 à la face externe de la cuisse droite, sur un point de la peau que la malade disait engourdi, au même 'endroit de la cuisse gauche 43, ce sont des chiffres* à peu près normaux. L’acuité visuelle est normale, le champ visuel très large. Si l’audition est diminuée à droite, c’est à la suite d’une ancienne otite, elle est normale à gauche. On ne saurait assez répéter que le trouble mental des psychasthéniques n’est pas le même que celui des hystériques, et qu’il ne se traduit pas par des anesthésies psychiques du même genre.
L’engourdissement du cerveau, "qui est ici général, n’amène pas le rétrécissement du champ de la conscience, mais bien une réduction générale dans la perfection des phénomènes psychologiques. Les observations précédentes, ajoutées à celles-ci, nous montrent que ce qui disparaît en premier lieu c’est la volonté, l’attention, les sentiments liés au présent; nous vous proposons d’appeler ces facultés les fonctions du réel', nous vous proposons aussi d’appeler tension psychologique le degré de perfection qu’atteignent les
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LES SENTIMENTS D’INCOMI'I.ETLDE
opérations psychologiques quand elles s’approchent ou s’éloignent de ces fonctions du réel. On peut donc dire que ces états maladifs sont caractérisés par un abaissement de la tension psychologique avec perte des fonctions du réel. C’est cette perte des fonctions du réel qui se traduit ici par un sentiment de perte de la vie, ou du moins de perle de la vie réelle.
Cette malade n’a pas tout à fait justifié nos prévisions, elle n’est pas tombée dans le délire du doute et dans les obsessions comme nous le craignions. En somme, le traitement n’a pas été fort difficile et a amené, en six mois, une guérison complète. Nous vous faisons remarquer l'effet singulier des purgatifs ; après chaque purge Dd... retrouvait momentanément le sentiment de son activité et de sa vie. Cela montre bien l’influence de la constipation, en pareils cas, et de l’auto-intoxication qui en résulte sur ces états analogues par bien des points à la confusion mentale. La reprise de son travail que nous avons exigée, les efforts d’attention que nous dirigions ont peu à peu déterminé une ascension du niveau mental. Comme nous l’avons observé souvent, la guérison n’a pas été progressive ; mais elle s’est faite par des oscillations. Le malade retrouvait par moment le plaisir de la vie, et tremblait que ce plaisir ne lui échappât, puis elle s’engourdissait de nouveau. Elle semble maintenant parvenue à un état stable où elle a oublié ses tourments précédents. Espérons que la prochaine crise déterminée par quelque fatigue ou quelque émotion pourra être longtemps retardée.
Observation 20. — Sentiment de dèpersonnalisation. — Ilcrc-
dilè alcoolique, mère obsédée, accouchement, sentiment d’èlrangetc, de perte de la personne, de rêve, d’irréel.
Il y a quelques années déjà nous avons insisté sur un sentiment bizarre qu’ont certains malades d’avoir perdu leur personnalité. Nous vous prions de revoir les deux observations de Bci... et de Ver... dans le second volume des Névroses et idées fixes1. A ce moment nous considérions ce symptôme isolément, nous voudrions aujourd’hui, puisque l’occasion se présente de nouveau de