SENTIMENT DE DÉPERSONNALISATION
l’étudier, le rattacher au groupe des autres phénomènes psychasthéniques.
Ici, chez cette femme PI..., âgée de 28 ans, nous avons à signaler des antécédents héréditaires bien nets. Le père était un grand alcoolique et la mère déjà une obsédée. Il y a donc une prédisposition héréditaire incontestable. La cause occasionnelle a été l’année dernière à 27 ans, une grossesse et un accouchement. Remarquons en passant combien cette cause se retrouve fréquemment au point de départ de ces chutes de la tension psychologique.
Cette femme a un épuisement nerveux qui trouble comme toujours toutes les fonctions, en particulier la digestion et le sommeil. L’énergie mentale a tout à fait disparu et PI... est tout à fait aboulique et apathique, ce sont-là des faits que vous connaissez bien, il est inutile de revenir sur leur description. N’insistons que sur les sentiments que le sujet éprouve à ce propos.
« Elle trouve de plus en plus que tout dans sa vie est devenu drôle et si elle ne veut plus rien faire c’est que ses actions lui font l'effet d’être drôles, de ne pas venir d’elle. Au début elle ne se sentait pas naturelle, elle se surveillait et faisait des efforts pour se retrouver, elle se regardait dans la glace pour se reconnaître. Malgré ces efforts, elle a senti qu’elle devenait une autre personne, ou mieux, qu’elle perdait sa personne, qu’elle n’était plus rien. Il lui semble que ce n’est pas elle qui voit, que ce n’est pas elle qui entend, que ce n’est pas elle qui mange. Il lui semble que ses bras et ses jambes marchent tout seuls, sans elle, qu’elle se borne à les suivre. Au fond c’est comme si elle était morte, c’est tout au plus si ses jambes vivent encore; mais elle, elle est disparue, en tous les cas elle est absente. C’est très drôle, n’est-ce pas, d’ètre quelque part et de ne pas y être, de sentir sa souffrance et de ne pas exister. »
Vous reconnaissez tout à fait le langage des deux malades que nous vous avons présenté il y a deux ans. Ces cas sont, en effet, assez fréquents. M. Bail en décrivait autrefois un exemple remarquable1 2, et Krishaber avait imaginé pour ces malades une névrose spéciale, la névropathie cérébro-cardiaque \ Récemment encore M. Bernard Leroy en présentait un beau cas au dernier