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L’OBSESSION DU PACTE AVEC LE DÉMON

mêmes ruminations mentales et dans une période de grande agitation survenue au début d’une grossesse elle fut présentée h M. Magnan qui la considéra comme une obsédée typique et réussit pendant quelque temps à améliorer son état par l’usage du bromure. Quand nous l’avons étudiée un an après, les interrogations sur le démon étaient devenues continuelles et avaient envahi toute la vie de la malade qui était devenue incapable de se livrer à aucune autre occupation.

Il est intéressant de rechercher quels sont les troubles fondamentaux qui semblent chez cette malade les conditions du délire. Nous sommes frappés du rôle que paraît jouer l’engourdissement physique et moral dans la pathogénie de ces ruminations. La malade présente au plus haut degré les troubles physiques de la neurasthénie: atonie gastro-intestinale typique et grave, colite muco-membraneuse, amaigrissement, fatigues, insomnies, rachialgie, céphalalgie du vertex, la peau devient facilement sèche et pulvérulente, grande disposition à l’exzéma qui réapparaît à tout propos.

L’état mental est caractérisé par une aboulie fondamentale, aggravée bien entendu pour les actes qui ont quelque rapport avec les obsessions prédominantes. L’attention complète est difficile, l’esprit est comme éparpillé, il faut un effort fatigant pour lire, pour écouter. « Dès qu’il y a près de moi plusieurs personnes, je ne comprends plus du tout; j’entends les mots et je ne sais pas ce que l’on dit, rien n’est stable ni fixe devant moi. Les sons ni les idées n’entrent pas avant dans ma tête, c’est comme un manque de vie que j'ai dans la tête. » L'engourdissement se manifeste dans toutes les sensibilités qui sont réduites, surtout du côté droit: il y a par moments une véritable analgésie analogue à ce que l’on observe dans l’hystérie, ce qui est bien rare chez les psychasthéniques. Le même abaissement du niveau mental est surtout curieux dans les émotions, la malade n’a jamais d’émotion vive, il y a toujours une partie d’elle-même qui n’y prend pas de part, aussi est-elle toujours comme gênée, guindée, incapable d’aucun laisser-aller, ni dans les affections ni dans les antipathies. Sans doute les idées qu’elle a en tête constamment jouent un rôle dans cet arrêt des émotions et comme tous les malades de ce genre Lise est disposée à tout mettre sur >3 compte des idées obsédantes. « Je suis, dit-elle, sans cesse poussée à m’observer, à me critiquer; si je me laisse aller à un

LES OBSESSIONS DU .SACRILEGE

sentiment, j’ai envie de me moquer de moi. » Il est vrai que les choses se passent quelquefois ainsi, mais ces idées, ces ruminations ne sont que des phénomènes secondaires, elles sont ellesmêmes une conséquence de l’incomplétude des phénomènes psychologiques, ce sont des phénomènes de dérivation et à notre avis l’arrêt de la volonté, de l’attention, de l’émotion est antérieur. Dès que la malade a été un peu excitée, remontée, les sentiments se développent et les ruminations diminueut ou disparaissent. Sa famille s’étonne alors de la voir plus gaie et plus vivante. On se rend alors mieux compte de l’engourdissement considérable qui d’ordinaire amenait toutes ces insuffisances.

Sur ces engourdissements, qui sont chez elle le phénomène fondamental de beaucoup le plus important, se greffent quelques tics, un très petit nombre d’angoisses, mais surtout des ruminations mentales, des manies des nombres, des manies des efforts, des manies des précautions, des hésitations, des interrogations, des associations d’idées, et surtout au premier rang la manie des promesses, des serments et des pactes. Il semble que ce soient ces promesses et ces pactes qui arrêtent l’action et les sentiments ; nous sommes disposés à croire au contraire que c’est cet arrêt qui donne naissance aux rêveries. Tout effort violent, soit pour parvenir simplement au sommeil hypnotique, qui bien entendu n'est jamais complet chez elle, soit pour sentir une émotion, soit pour faire un acte d’attention, suffit pour faire disparaître la manie des pactes pendant plusieurs jours.

Il est très curieux de noter combien une amélioration de ce genre lui coûte de peine ; elle vit évidemment plus heureuse et plus calme quand son esprit est ainsi plus actif, plus tendu, plus près du réel, mais cette activité plus grande lui coûte un effort inouï et continu. Elle finit par en être épuisée et il faut qu’elle se laisse aller de nouveau à un engourdissement progressif qui va bientôt, elle ne le sait que trop, ramener les ruminations et toutes les obsessions sacrilèges. On dirait qu’elle a besoin d’être malade, et au début de notre observation nous ne pouvions pas comprendre pourquoi elle semblait ainsi rechercher les rechutes tout en les redoutant beaucoup. Ces personnes, pour se maintenir à un niveau mental moyen compatible avec la vie réelle, ont besoin d’un travail, d’un effort analogue à celui que nous donnons momentanément dans une lutte, dans un concours: il est facile de comprendre qu ils ne peuvent pas continuer cet effort indéfini-

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