LES OBSESSIONS DU PACTE AVEC LE DÉMON
ment. Nous avons amené Lise à remonter ainsi très souvent et pendant de longues périodes, mais elle retombe par moment, parce que la nouveauté du traitement, les procédés d’encouragement s’épuisent et qu’elle se fatigue de se bien porter.
Quand elle est trop faible pour se tendre davantage, il faut se borner à calmer les phénomènes d’excitation secondaire par le bromure et attendre une circonstance favorable pour la faire remonter de nouveau. Aucun sujet ne nous a mieux fait comprendre cette impuissance fondamentale, héréditaire, tout à fait constitutionnelle, qui se retrouve chez le plus grand nombre de ces malades, impuissance de l’activité cérébrale pour s’adapter à la réalité. Cette insuffisance cérébrale ne supprime que les phénomènes de haute tension, les fonctions du réel, elle laisse subsister les phénomènes de basse tension, c’est-à-dire les représentations imaginaires et les pensées abstraites, elle est même compatible avec un brillant développement intellectuel. C’est une impuissance que le traitement peut diminuer, qu’il peut pallier, mais que jusqu’à présent nous sommes incapables de faire disparaître.
Il est juste de remarquer cependant qu’aujourd’hui à l’àge de 32 ans la situation de la malade est extrêmement modifiée. Les obsessions proprement dites, les ruminations sur le culte du démon et sur les pactes faits avec lui n’existent plus à proprement parler. La malade prétend y penser encore de temps en temps quand elle sent son esprit fatigué, mais elle a remplacé les idées précises par des chiffres, par des symboles qui les résument, et ce sont simplement ces chiffres, ces mots rapides qui reviennent à sa pensée. On ne peut plus dire qu’il y ait là une récrimination analogue à celle qui existait autrefois. Aussi Lise ne se préoccupe-t-elle plus de ces idées et peut-elle, dans une mesure à notre avis encore incomplète, se livrer à ses occupations. Elle vient encore nous voir, mais d’une manière bien plus irrégulière et à des intervalles souvent assez longs. Dans des cas de ce genre, il semble bien, comme le disait M. Jules Falret, que l’idée obsédante ne disparaît jamais complètement. Le traitement se prolonge, il ressemble plus à une éducation et à une direction qu’à un traitement proprement médical, mais il a évidemment des résultats importants.