LES CONFUSIONS MENTALES
en accord avec les paroles et sont accomplis réellement : elle essaie de se jeter par la fenêtre et cherche à se crever les yeux, il faut la surveiller tout autrement qu’une obsédée qui parle de ses impulsions au suicide. C’est qu’il y a un véritable délire, grossièrement systématisé, il est vrai, et non une obsession avec doute et critique. D’autre part, la malade entend et comprend à peu près nos questions ; mais elle ne répond que quelques syllabes sensées, puis elle demande où elle est, qui nous sommes et ne paraît plus rien comprendre. C’est tout à fait l’aspect d’une confuse à la première période d’excitation avec délire et hallucinations. Dans ce cas non plus nous ne trouvons pas de fièvre, 36,6 le matin, 37,3 le soir, pas de troubles physiques bien nets, c’est à peine si la langue est saburrale. D’ailleurs il n’y a aucune maladie antérieure, cet état s’est développé rapidement sans accidents physiques à la suite de causes émotionnelles assez légères.
Sa famille prétend qu’elle a eu l’esprit frappé par un roman qu’elle lisait dernièrement où il était question d’une jeune fille violée par un prêtre. Il est possible que cela ait inspiré quelquesunes des idées du délire. Mais la véritable raison doit être recherchée plus loin, voici des années que cette jeune 611e se tourmente pour des péchés imaginaires, qu’elle s’examine et s’interroge. Elle a eu des tics, des crises de rumination mentale à propos des confessions et plusieurs fois déjà des crises d’obsession fort graves. Celle-ci ne diffère des précédentes qu’en un point, c’est que la malade semble avoir complètement perdu la conscience de son état, ce qui n’arrivait pas dans les crises antérieures d’obsession. En ce moment, on le voit d’ailleurs à sa physionomie, elle délire, elle croit les idées qu’elle exprime, elle n’a plus cette lutte, cette interrogation qui déterminait précédemment son angoisse. Une sorte de confusion avec excitation et délire peut donc remplacer la crise ordinaire d’obsession.
Cette jeune fille a guéri très facilement de son état aigu : les purgatifs, le régime lacté, en réduisant les auto-intoxications ont semblé avoir une action favorable. La malade a repris conscience au bout de quinze jours avec un souvenir fort vague de ce qui s’était passé : il lui semblait, disait-elle, qu’elle était complètement tombée dans 1 enfer, et qu elle ne voyait partout que des
LÈS ACCIDENTS VÊSANIQUfeS
bon
diables. C’est à force de s’inquiéter sur sa culpabilité imaginaire que, dans une période de fatigue et d’émotion, elle avait complètement perdu le pouvoir de résister à ses idées obsédantes. De tels cas seront à examiner plus tard avec soin pour comprendre la nature et la genèse des états paranoïaques. Ce qui distingue en effet ces délires de la psychasthénie proprement dite, c’est la systématisation de ces délires, la conviction plus ou moins complète d’ailleurs avec laquelle le sujet semble les accueillir, par opposition au développement toujours incomplet des obsessions, au doute qui persiste dans l’esprit du malade. Il y a des observations curieuses comme celle-ci qui peuvent servir d intermédiaire entre ces deux troubles de l’esprit.
Observations 226 et 227. — Accès de mélancolie anxieuse chez des abouliques timorés et scrupuleux.
Nous n’osons plus appeler état psychasthénique le trouble mental que présente cet homme de 38 ans, Ll... Il a un aspect déprimé et triste, il gémit constamment, il accuse tous les svmptômes ordinaires, le vide dans la tète, la douleur occipitale, la fatigue des membres, mais il présente un aspect désespéré qui n’existe pas même chez les hypocondriaques. Il a un sentiment non pas d’incomplétude, mais d’impuissance complète, il croit que sa vie est perdue, qu’il 11e guérira jamais, qu’il ne peut faire aucun travail. Quelque soit le sujet dont nous lui parlions il trouve toujours que tout est désespéré : il est ruiné, son enfant va mourir abandonné, etc. Il est impossible de surprendre la moindre hésitation, le moindre doute à propos de ces absurdités, c'est bien plutôt un délire mélancolique qu’une obsession h vpocondriaque.
Cependant son état antérieur a été depuis très longtemps celui d’un scrupuleux, d’un obsédé : toujours inquiet pour son travail, toujours préoccupé par des ruminations mentales, il a déjà eu une série d’obsessions et de manies dont une était singulièrement malpropre. Pour arriver à faire son travail, il sentait comme les psychasthéniques le besoin d’une excitation. Au début, il se contentait de fumer beaucoup ; puis il a remarqué l'effet puissant sur les individus de son espèce de l'excitation génitale, et il 11e pouvait plus travailler qu’en se masturbant incomplètement, de manière a conserver une érection permanente.