‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 185 sur 201 · II · texte numérisé non relu

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pas bien sûrs que Charcot l’ait bien compris, car à cette époque il parlait h peine français. On l’a probablement rapproché de ces névropathes voyageurs, juifs pour la plupart, qui cherchent de ville en ville un soulagement à leurs maux et à propos desquels M. Meige a fait sa jolie thèse qui a pour litre a le Juif errant ».

Ce n’était qu’une partie de la vérité : aujourd’hui ce pauvre homme explique mieux son obsession qui est toujours la même et qui a plus de seize ans de durée : tâchons de comprendre cette idée singulière.

Lrm... pense constamment à un de ses amis M. X... qu'il a laissé en Russie et qui était autrefois son associé dans un petit commerce. Mais en pensant à ce personnage, il se figure être en concurrence, ou mieux en lutte avec lui. Il a l'idée « que X... lui fait du tort, lui passe, comme on dit, sur le corps, qu il s enrichit, qu’il avance plus que lui. » Ensuite ou presque en même temps, car tout cela est fort confus, il se figure qu’il fait à X... de justes remontrances, que X... les prend mal, qu’il résiste, qu il lutte, qu’il veut le battre. Notre malade tout en se sentant faible contre X... se croit forcé de résister, de se défendre, il a très peur, mais il faut bien essayer quelque chose. Alors, il invective X..., il cherche à se protéger contre ses coups et même à les lui rendre, c’est dans son imagination une bataille terrible contre ce pauvre X... La bataille ne reste pas ""uniquement dans la pensée : Lrm... prend des attitudes de combat, envoie en l’air des coups de poing, il court en avant, en arrière, il mord ses propres poings h la place de ceux de son adversaire, et tout couvert de sueur il court se sauver. Cette bataille imaginaire occupe plusieurs heures chaque jour, elle épuise le pauvre homme, qui est toujours fatigué, craintif et qui garde le sentiment perpétuel qu’il est vaincu dans ce combat.

Ajoutez les caractères habituels des obsessions, languisse surtout, ce trouble respiratoire qui accompagne souvent le développement de l’obsession, la conscience à peu près complète, car le malade sait bien que ce combat est absurde, qu'il est seul dans sa chambre et que X. .. est au fond son meilleur ami: ajoutez les doutes, les interrogations, les hésitations à propos de cette hostilité de X... Ce sont là des caractères généraux communs à tous les obsédés, tandis que le contenu spécial de l’obsession, 1 idée de lutte contre un ancien ami et de défaite, est tout h fait spéciale et doit nous intéresser.

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