SENTIMENT D'INQUIÉTUDE
Chez cette malade, la crise de fatigue énorme dure deuxou trois jours, puis Brk... se relève, reprend quelque activité, mais aussi elle retrouve son énervement et son inquiétude. « Je n’ai plus le même sentiment de bonheur, l’inquiétude revient. »
Ce qui détermine cette inquiétude, c’est un ensemble de sentiments relatifs à son activité qu’elle apprécie d’une manière singulière. D'abord elle se sent bizarre, drôle, il lui semble qu’elle n’est pas « elle-même d’une façon naturelle ». Ce sentiment n’est pas complet, il n’est que passager, mais il détermine souvent une gène considérable. C’est le début du sentiment de dépersonnalisation. Elle trouve aussi que « le monde est drôlement fait..., qu’il est singulier, qu’il est dégoûtant...», c’est le même sentiment encore faible appliqué à la perception extérieure. Ce qui la frappe surtout c’est un sentiment d’automatisme : elle ne sent pas qu’elle fasse ses mouvements et ses actes elle-même : « J’ai perdu la liberté, je ne fais pas ce que je veux, mes mains agissent toutes seules... puisqu’elles agissent sans moi, songez donc à ce qui pourrait arriver si le Diable les faisait agir à ma place, il me ferait faire des crimes horribles contre les petits enfants. » Elle nous dit cela en riant comme une supposition bizarre, mais, si vous songez à d’autres malades qui sont venus nous le dire sérieusement, vous comprenez comment des délires vont prendre leur origine dans ces sentiments d’automatisme si importants et si peu étudiés.
Elle se plaint aussi qu’elle a cessé d’être affectueuse, qu’elle était capable d’aimer autrefois et que maintenant elle n’aime plus personne. C’est un sentiment d’insuffisance, d’incomplétude comme nous disions. Il lui semble qu’elle n’agit pas bien, ne fait rien jusqu’au bout, ne termine aucune action; cela la mécontente, la tourmente et contribue encore à former cet état d’inquiétude générale qui n’est qu’une somme de sentiments d’incomplétude. Il en résulte que, malgré elle, l’inquiétude lui inspire des peurs pour l’avenir ; elle vit dans une « attente perpétuelle, comme s’il allait toujours lui arriver quelque chose de remarquable... » Cette inquiétude la pousse aussi à examiner sa conduite pour chercher ce qui la justifie. « Je n’ai pourtant rien a me reprocher, je sais trop bien que je ne pourrais pas supporter le moindre remords et je me surveille assez pour ne pas en faire naître et il me semble toujours que je dois faire quelque chose.» Vous voyez que cette maladie est tout près de se compliquer. 11 faudrait