‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 25 sur 201 · SENTIMENT DE CÉCITÉ DANS UN ÉTAT CRÉPUSCULAIRE · texte numérisé non relu

SENTIMENT DE CÉCITÉ DANS UN ÉTAT CRÉPUSCULAIRE

mètres du tableau, nous la prions de lire les lettres, elle obéit très tranquillement et elle lit jusqu’au bas du tableau aussi bien avec l’œil gauche qu’avec l’œil droit. L’acuité visuelle est donc de l’unité pour chaque œil; ce qui n’empêche pas cette fillette, en revenant à sa chaise, de répéter avec un petit ton dolent: « Est-ce que je pourrai encore voir clair? Est-ce que je ne resterai pas aveugle? » Nous comprenons que le médecin de la campagne qui nous l’a envoyée se déclare embarrassé.

Nous croyons que la difficulté vient ici, comme cela arrive perpétuellement dans les névroses, dû langage des malades. N’oublions pas qu’il s’agit d’une enfant qui ne sait pas établir des nuances psychologiques. Qu’est-ce qu’elle appelle ne pas voir clair? En réalité elle voit très bien. Quand on essaye de le lui montrer, quand on insiste pour lui faire comprendre qu’une aveugle ne lirait pas le tableau comme elle vient de le faire, elle arrive h employer les expressions habituelles des autres malades: « Je dis que je ne vois pas clair, parce que ce n’est pas comme autrefois, que ce n’est plus la même chose, que tout est changé, que tout est devenu drôle. Je vois drôlement, pas comme autrefois, je sais bien que moi aussi je suis drôle, pas comme avant. » Maintenant nous nous y reconnaissons mieux, c’est le trouble de la perception que nous avons déjà vu bien des fois, qui fait paraître les objets nouveaux, étranges, qui fait croire que la personnalité est disparue. 11 nous a semblé consister non dans la suppression des sensations, mais dans une diminution de la synthèse mentale, dans la suppression du sentiment du réel, du sentiment de la croyance, qui accompagne la diminution de l’activité volontaire. En effet, cette enfant en même temps qu’elle a le sentiment de l’étrange, est en plein état d’aboulie. Sa façon de se dire aveugle n’est qu’une expression particulière de ce trouble.

Nous avons vu, il y a quelque temps, une dame qui se disait sourde et qui a fait le désespoir de tous les auristes parce qu’ils ne pouvaient constater aucun trouble de l’audition. Elle avait le même sentiment d’étrangeté, d’obscurité à propos des sons. En un mot, nous sommes en présence de notre grand symptôme psych asthénique fondamental, la perte du réel, l’abaissement du niveau mental.

Mais dans quelles conditions cette crise bizarre survient-elle chez cette enfant? «Cela lui prend ainsi, nous dit la mère, de temps

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en temps, tous les deux ou trois mois. Cela dure deux ou trois jours, quelquefois plus et pendant qu’elle est ainsi à ne plus voir clair et à ne plus bouger, elle n’a plus du tout de crise. » Cette enfant a donc des crises ? Comment se présentent-elles? Depuis l’âge de huit ou neuf ans, elle faisait de temps en temps une petite grimace. Elle se frottait l’estomac avec les deux poings comme ' si elle souffrait; elle faisait brusquement deux ou trois fois le mouvement de déglutition, elle roulait un peu ses yeux et puis c’était fini et elle retournait à ses jeux. Depuis, ces petites crises ont augmenté; elle pâlit et perd conscience; quand elle revient à elle, elle ne sait pas ce qui s’est passé. 11 y a des moments, surtout depuis l’apparition de la puberté, où ces petites crises sont incessantes, et se répètent toute la journée, toutes les trois ou cinq minutes. Enfin à deux reprises seulement elle est tombée pendant ces petits vertiges, elle a un peu tremblé et elle a mouillé ses jupons. Il n’y a pas à hésiter c’est une petite épileptique.

Ce qui nous intéresse, c’est le remplacement des crises et des vertiges épileptiques par cet état singulier qui dure deux ou trois jours. Nous tenions à vous faire constater ce singulier trouble de la perception qui n’est ici qu’un équivalent des accès épileptiques et qui demande le même traitement.

Observation 38. . — Sentiment de doute et de rêve dans un état crépusculaire d’origine épileptique. — Accès épileptiques , état dit second, doute et dèpersonnalisalion.

11 faut tout de suite rapprocher cette nouvelle malade de la précédente. C’est une jeune fille de a5 ans Is . . . , qui, depuis l’âge de dix ans a des accès épileptiques aussi nets que possible. 11 y a le cri initial, les secousses, l’émission d’urine, les morsures de la langue, etc. Ces accès ont été tantôt fréquents, tantôt rares ; ils ont quelquefois été remplacés par des migraines intolérables (c’est une remarque que Trousseau avait déjà faite autrefois), mais voici que cette année elle a eu à deux reprises un accident tout à fait différent. Elle le qualifie elle-même d’état second parce qu’elle entrait graduellement dans un état bizarre et des plus désagréables différent de l’état normal. « 11 me semblait, dit-elle, que je n’existais plus du tout, que je voyais, mais que ce n’était pas moi qui voyais, que j’entendais, mais que ce n’était

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