‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 26 sur 201 · SENTIMENT DE DOUTE ET DE KÈVE DANS UN ÉTAT CRÉPUSCULAIRE · texte numérisé non relu

SENTIMENT DE DOUTE ET DE KÈVE DANS UN ÉTAT CRÉPUSCULAIRE

pas moi qui entendais; je n’étais plus sûre de rien, il me semblait que tous les objets et moi-même nous n’étions plus qu’un rêve. Cet état m’agaçait énormément, je ne sais ce qu’il m’aurait fait faire, s’il avait duré. » La première fois, l’état anormal s’est terminé au bout de trois jours par un accès épileptique. Quelque temps après il a recommencé : cette fois, après s’être prolongé cinq jours, il a disparu incomplètement h la suite d’une émotion. On avait secoué la malade, on l’avait fait rire et elle s’était sentie mieux, mais pas tout à fait bien pendant une journée, puis l’état second avait repris avec le même sentiment de dépersonnalisation, d’étrangeté et de doute. 11 avait encore duré cinq jours, et s’est terminé comme le premier par un accès épileptique.

Dernièrement, cette singulière crise d’état second vient de recommencer. La malade a d’ordinaire ses accès épileptiques dans les journées qui précèdent ou qui suivent ses règles : le mois précédent, elle avait eu cinq accès à cette époque. Deux jours avant le moment des règles, elle ressentit encore cette fois les malaises qui lui annoncent l’arrivée imminente des accès, aggravation des maux de tète, troubles de l’estomac, langue très saburrale, sentiment de courbature. M. J. Voisin, dans ses belles leçons sur l’épilepsie a justement insisté sur ces prodromes de l’accès. Mais ici les accès ne sont pas venus, il n’y a eu que quelques vertiges ou quelques accès avortés. Is... est entrée graduellement dans cet état qui lui fait horreur et qu’elle redoute plus que les accès eux-mêmes. Elle se sent comme dans un rêve perpétuel, elle doute de tout, elle se demande si sa mère est bien sa mère : « Je voudrais bien que cette dame soit ma mère, mais je ne puis pas arriver à le croire. » Elle s’interroge sur la réalité des objets et sur sa propre existence. C’est tout à fait une période psychasthénique qui remplace les accès épileptiques. Des pratiques hypnotiques sur lesquelles nous ne pouvons insister ont réussi cette fois à la faire sortir de cet état second sans accès comitiaux.

De tels états sont peu connus dans l’épilepsie ; un exemple d’un cas semblable a été présenté par M. Haskovec, de Prague au congrès de médecine de 1900. 11 remarquait avec justesse que cet état ressemble tout à fait à celui qui est chronique chez les obsédés. Non seulement nous partageons cette opinion, mais nous avons essayé de ramener tous les innombrables phénomènes des obsédés à cet état fondamental. Sans vouloir exagérer le rappro-

PSVCIIAHTIIKNIK ET El'ILKI’SJK

chôment, ccs quelques faits ne permettent-ils pas <le dire que l’état psychasthénique se rapproche beaucoup de l’épilepsie, s’il n’en est pas simplement une forme très atténuée et très spéciale au point de vue clinique. Il sera intéressant de suivre, dans ce cas, les effets du traitement bromuré, car si le bromure supprime les accès que nous venons de décrire, il sera loin de montrer que la maladie fondamentale est l’épilepsie, et que dans certaines conditions données, cette névrose peut simuler ou préparer l’état psychasthénique.

Observation 29. — Sentiment de dépersonnalisation comme

aura de l’accès épileptique. — Antécédents héréditaires, épilepsie, dédoublement de la personnalité.

Voici une malade que vous connaissez, Pax... ; nous l’avons déjà étudiée à propos des troubles psychiques dans l’épilepsie; mais il n’est pas inutile de vous la présenter de nouveau car le trouble qu’elle présente est assez net et démonstratif. Il vous prouve une fois de plus comment les épileptiques proprement dits peuvent présenter des modifications psychologiques identiques h celles des obsédés psychasthéniques et ce fait ne nous paraît pas sans importance pour comprendre le mécanisme des obsessions.

Le père et la mère sont tous deux des nerveux : nous remarquons que la mère présente de véritables crises d’angoisse. La malade, Pax..., âgée maintenant de 27 ans, fut nerveuse dès son enfance; elle avait des terreurs nocturnes et fut sujette à des attaques de faux croup. A l’âge de huit ans elle éprouva une grande terreur : comme punition absurde, elle avait été enfermée dans un cachot où se trouvaient des rats. A la suite de cette sotte punition, elle devint très peureuse et eut fréquemment des sortes de crises de peur avec suffocations et pleurs. Ces crises, qui d’ailleurs nous sont très mal décrites, ne nous semblent pas avoir été dès cette époque des accès épileptiques ; nous en ferions plutôt de simples crises d’angoisse analogues à celles que la mère continue encore à présenter aujourd’hui. Mais vers l’âge de treize ans, ces crises devinrent plus graves : la malade perdit conscience, elle eut des convulsions dans lesquelles elle perdit les urines et se mordit la langue. Le caractère des accès

SENTIMENT DE DEPEnSONNALISATION

qui n’ont jamais disparu est maintenant incontestable ; vous voyez les cicatrice^ qu’elle a au front et qui témoignent de ses chutes; vous voyez également les cicatrices de la langue, cette femme a encore actuellement de grands accès épileptiques, dont la fréquence est variable, qui s’écartent quelquefois de manière à ne revenir qu’à l’époque des règles et qui se répètent alors trois ou quatre fois de suite.

Ce qui nous paraît intéressant c’est que, depuis le début, les accès ont conservé ce caractère d’angoisse morale qu’ils avaient pris à l’âge de huit ans. Il y a toujours au début de ces grands accès épileptiques une aura qui est exclusivement psychique. La nature de cette aura a varié : au début, il y avait des frayeurs, des terreurs des rats, plus tard, vers ig ans, des inquiétudes plus vagues et d’ordre intellectuel que nous allons revoir chez d’autres malades : elle se tracassait, elle cherchait à deviner ce qui allait arriver. A i(\ ans, après la mort de sa mère, elle avait dans cette même période des idées de mort, elle croyait mourir ou bien elle avait des impulsions au suicide. Il n’est pas sans intérêt de voir l’aura psychique d’un accès épileptique se modifier, avec les événements impressionnants, comme le délire d’une crise d’hystérie : peut-être ne faut-il pas croire à l’existence d’un fossé infranchissable entre les diverses névroses.

Actuellement les accès sont, restés les mêmes, tout à fait classiques, mais les auras psychiques qui existent toujours, ont pris une forme spéciale. La malade commence par ressentir un peu d’angoisse, puis il lui semble que tout est changé en elle, « elle n'est plus la même, elle ne se reconnaît plus, elle a perdu sa propre personne », elle se plaint de tout cela en gémissant, dans un langage qui reste à peu près correct. Puis elle se plaint de parler malgré elle, comme si ce n’était pas elle qui parlait, d’être étonnée du son de sa voix qui cependant pour les témoins n’a guère changé. Elle ne tarde pas à se plaindre d’une singulière illusion; il lui semble que sa personne, qui n’est plus en elle, est h côté, en dehors d’elle-même, car elle se sent comme double. Ce double, elle l’incarne dans une personne présente, en général dans une personne un peu éloignée, et elle gémit en disant qu’il va arriver un accident à celte personne qu’elle croit elle-même. C’est en général à ce moment qu’elle perd conscience. Voici le dernier accès typique : elle regardait par la fenêtre quand le trouble a commencé et elle se mit à se plaindre

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PSYCHASTHENIE ET EPILEPSIE

que sa personne était sortie d’elle-mème. Elle croyait être un individu qu’elle désignait et qui montait sur 1 impériale d’un omnibus, il lui semblait que c’était elle qui montait et elle avait peur de tomber en se penchant du haut de l’omnibus. C’est à ce moment qu elle est tombée en réalité en accès épileptique.

Il y a beaucoup de faits remarquables dans cette aura : d’abord l’illusion de dédoublement qui se présente si fréquemment chez tous les psychasthéniques qui ont l’écho de la pensée, de la parole, etc., puis la confusion qui fait que la malade attribue ses propres douleurs à autrui, fait que nous avons déjà décrit chez des épileptiques et chez des typhiques, enfin surtout le sentiment de dépersonnalisation dont vous savez l’importance. Ce qui caractérise ce cas, c’est que ce sentiment ne dure que quelques minutes puisque l’accès survient en général au bout d’un quart d’heure, tandis que chez les autres malades il se prolongeait plusieurs jours comme une aura qui n’aboutirait pas.

Dans l’intervalle des accès, la malade se porte bien, ne présente aucune trace d’anesthésie, n’a aucun sentiment illusoire et a seulement une mémoire vague de ce qui vient de se passer. Vous voyez que, chez l’épileptique, l’abaissement du niveau mental est brusque, profond, de peu de durée, au lieu de se prolonger très longtemps avec une intensité moindre ainsi que les choses semblent se passer chez le psychasthénique.

Il est bon de vous rappeler que le traitement bromuré et quelques précautions d’hygiène ont supprimé ou du moins espacé considérablement les accès de cette malade : les illusions de la personnalité ont disparu en même temps que les accès.

Observation 3o. — Tics de déglutition dans des vertiges épileptiques. — Accès cl vertiges épileptiques, tics.

Les remarques que nous avons faites sur les rapports de l'épilepsie avec la psychasthénie nous conduisent à rechercher, sur les malades épileptiques qui se présentent, les symptômes qui rappellent ceux que nous trouvons chez les obsédés. Voici d’abord quelques cas où on note des phénomènes semblables aux tics.

Celte jeune femme de 2&ans, Gae..., vient se plaindre de crises de hoquet. Ce sont des hoquets qui la prennent par période à

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TICS DE DÉGLUTITION DANS DES VEllTlGES ÉPILEPTIQUES

peu près deux fois le jour et deux fois la nuit. En l’entendant parler ainsi, nous avons cru d’abord à du hoquet hystérique dont vous avez déjà vu ici bien des exemples, mais en insistant, nous sommes amenés à croire à toute autre chose. Ces hoquets sont peu nombreux, deux ou trois, une dizaine au maximum ; immédiatement après et même pendant les derniers, la malade perd connaissance et s’évanouit,. Cet évanouissement dure très peu, elle reste les yeux fermés, presque sans bouger pendant une ou deux minutes à peine, puis elle se réveille très ahurie sans savoir ce qui s’est passé. Ces petits évanouissements précédés de hoquets la prennent brusquement le jour ou la nuit. Vraiment ces pertes de conscience brusques, d’une minute à peine, avec ce réveil ahuri nous paraissent se rapporter au mal comitial, et nous devons noter cette aura consistant en quelques convulsions diaphragmatiques et déterminant ce hoquet.

Au début, nous pouvons peut-être placer ici l’influence d’une maladie infectieuse, quoique les souvenirs de la malade soient peu précis. Vers l’âge de i/| ans, elle a eu une fièvre typhoïde, grave et elle prétend que, tout au début de la fièvre typhoïde, pendant le premier jour de maladie, elle a eu un accès épileptique franc. Toujours est-il que la maladie fut grave et produisit même, ce qui est assez rare aujourd’hui, des escarres sur les fesses et dans la région sacrée, où il y a encore une cicatrice. L’épilepsie fut interrompue, et ce n’est qu’un an et demi ou deux ans après que sont venus les hoquets et les vertiges dont nous vous parlons. Sous l’influence du traitement bromuré, il n’y a plus déjà qu’une crise par jour au lieu de quatre.

Observation 3i. — Tic de déglutition dans un vertige

épileptique.

Dernièrement, nous vous signalions une malade qui a des hoquets au début du vertige. Ici, il s’agit chez ce garçon, Jol..., âgé de 19 ans, d’un petit mouvement spasmodique, qui a rapport an pharynx. Notez que ces malades ne peuvent pas, comme les hystériques purs vous expliquer exactement les symptômes ; ils en conservent beaucoup) moins le souvenir. Il faut nous servir davantage des récits de leur entourage et de ce que nous observons nous-mêmes.

PSYCHASTHÉNIE ET ÉPILEPSIE

Ce garçon de 19 ans présente depuis «ne dizaine d'années des vertiges assez fréquents. II dit quelques paroles incompréhensibles, il fixe les gens avec des yeux vagues, il se penche en avant comme pour tomber, puis à ce moment, il a plusieurs fois de suite un mouvement de déglutition. « 11 avale quelque chose, dit la mère, » il se redresse ensuite et reprend connaissance sans aucun souvenir. Le fait convulsif principal de son vertige, c’est une déglutition répétée. Nous rapprochons ce spasme du hoquet précédemment étudié.

Observation 3a. — Tics et angoisses dans des vertiges épileptiques. — Accès épileptiques, crise d’excitation génitale, tics, crises d’angoisse.

Cette femme, Ciq..., âgée de 3i ans, est épileptique depuis l’âge de 1 4 ans. Elle a eu à peu près toutes les formes de l'accès, depuis les vertiges jusqu’aux crises de grand mal. Actuellement, elle a peu de grands accès, ainsi il n’y a eu qu’un seul cette année. Mais elle a, h la place, un certain nombre de crises variées qui semblent bien toutes avoir le cachet épileptique, mais qui sont cependant assez singulières. Quelques-unes ressemblent à des tics et même à des tics obsédants. Souvent elle est saisie pendant qu’elle parle : elle a subitement un peu de vertige, elle cligne des yeux et tord un peu sa bouche. Elle ne peut plus continuer à parler, mais elle répète indéfiniment, quelquefois pendant dix minutes, la dernière syllabe qu’elle vient de prononcer. Elle n a pas tout à fait perdu la conscience ; elle sent qu’elle répète cette syllabe. Cela l’agace au plus haut point, mais c’est en vain qu’elle cherche à arrêter cette syllabe obsédante.

Une autre crise fréquente chez elle, depuis un certain temps, est à la fois sensitive et motrice ; la malade sent malgré elle une excitation vaginale et des spasmes comme si elle avait des rapports avec quelqu’un. En même temps elle se frotte le ventre de la main droite; ces excitations et ces mouvements sont tout à fait involontaires et irrésistibles. Cette crise la prend au milieu de la rue sans qu’elle puisse l’arrêter. Quelquefois elle perd tout à fait conscience; d’autres fois elle assiste à ces mouvements avec étonnement, comme dans un rêve.

Notons aussi chez celte femme de véritables crises d’angoisse:

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