I.F.S AGITATIONS ET LES ANGOISSES DIFFUSES
lait différents et séparer cette akathisie de celle que l’on peut observer chez les hystériques ainsi que de l astasie-abasie.
i° Le malade sait parfaitement s’asseoir et rester assis; au début l’acte est tout à fait correct, l’altération ne survient qu’au bout d’un certain temps ; 2° même quand l’acte est altéré il subit de parler au malade, de l'interroger vivement pour qu il cesse ses grimaces et reste bien assis ; 3° il ne tombe pas de sa chaise, il est assis très correctement, seulement il fait des efforts pour se lever, il se soulève sur ses bras. Ce n’est pas un oubli de la station assise comme dans l’astasie c’est un désir, une impulsion à se lever ou à remuer d’une manière quelconque, il y a là beaucoup plus d’impulsions que de paralysie systématique; 4° ce qui détermine cette impulsion à se lever ce n’est pas une incapacité de rester assis, c’est une souffrance, une angoisse qui se développe quand il est assis.
Aux caractères précédents, qui séparent cette akathisie d’une simple paralysie systématique, il faut ajouter d’autres faits qui rendent la maladie de Rul... beaucoup plus complexe et qui vont peut-être nous mettre sur la voie d’une interprétation. Les troubles que nous venons d’observer sont énormément exagérés dans la station assise, mais ils iie sont pas tout à fait absents dans d’autres attitudes.
Le trouble se manifeste également dans la station debout : si nous le prions de rester immobile debout, il va au bout de quelques instants présenter les mêmes symptômes, il n’est donc calme que dans la marche. Bien mieux, la marche elle-même n’est pas toujours indemne d’angoisse. En effet, s'il est chargé d’une commission, s’il doit se rendre à uu endroit déterminé, la marche devient immédiatement pénible, il a des contorsions, de la sueur, il lui semble qu’il n’arrivera jamais; il ne peut pas plus continuer sa route qu’il ne pouvait rester assis. Ce qu i! lui faut, en somme, c’est la marche indéterminée, vague, en errant çà et là, sans but et surtout sans travail déterminé. ^ ous voyez que les choses sont bien plus complexes.
Reprenons l’histoire du malade. Le père et la mère étaient tous les deux de grands alcooliques ; ils ont réussi à faire une fille épileptique Tnorte à la Salpêtrière dans un accès, un garçon sourd de 'naissance mais qui n’est pas complètement muet, probablement parce que la surdité n’a pas été complète dans le premier Age, et enfin le pauvre diable que voici.
L’AKATHISIE
Celui-ci a eu des convulsions infantiles, à la suite desquelles il a conservé des contractures dans le pied gauche. Ce pied bot l’a toujours horriblement gêné et a fait naître de telles souffrances dans la marche qu’à l’âge de 33 ans il a fallu l’amputer (amputation de Chopart). En outre de ces misères, il a toujours été un détraqué d’un genre que nous connaissons bien ; il voulait travailler, il avait en théorie la meilleure volonté du monde, mais il était gêné, énervé par des scrupules et des inquiétudes; il voulait toujours que ce soit très bien fait, trop bien fait. Il voulait que ce soit fini tout de suite, et en même temps il avait peur de n’avoir plus d’ouvrage après celui-là. Plus il s’efforcait de faire attention, plus il s’impatientait, plus il avait des scrupules et des angoisses, plus il devenait incapable de tout travail réel. Il gâchait ainsi des pièces, il perdait ses places. Il en résultait que l’inquiétude morale allait toujours en grandissant : il n’était content nulle part, « s’embêtait partout », il ne pouvait plus arriver à avoir aucune émotion juste, à faire aucune action à propos, il y avait comme un déséquilibre entre son activité et la réalité présente, et, à la place de l’activité réelle se développait de plus en plus une agitation incohérente qui constituait une sorte de phénomène de dérivation. Dès qu’il voulait faire un acte volontaire, dès qu’il voulait faire attention, il avait des agitations de tous côtés et surtout dans le côté gauche : le côté de son pied malade et douloureux.
La misère survint, un séjour de neuf mois dans un asile de malheureux, l’opération faite à son pied, tout cela ne contribua pas peu à supprimer le peu de volonté active qui lui restait. Ce dont il est particulièrement incapable, c’est de faire son métier : l’aboulie professionnelle est toujours la caractéristique de ces abaissements du niveau mental. Or, son métier de bijoutier le tient assis devant une petite table, c’est cette situation d’être assis qui est devenue l’emblème, le symbole du métier et qui comme lui est devenu particulièrement pénible. Quand il veut rester assis c’est comme s’il voulait travailler, la volonté n’arrive pas à son terme, elle diffuse, elle dérive en angoisse respiratoire, en agitation motrice vagues, et en tics comme celui de se raidir du côté gauche.
Pour vous faire comprendre dans quel groupe de phénomènes nous sommes disposés à ranger cette akathisie bizarre, nous rapprocherons de ce malade cette jeune femme de 3o ans, Ev..., qui