‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 36 sur 201 · II · texte numérisé non relu

II

LES AGITATIONS ET LES ANGOISSES DIFFUSES

en apparence ne lui ressemble aucunement. Elle reste calme sur sa chaise et n’a aucune angoisse devant vous. Mais voyez son histoire : elle ne connaît pas son père et ne peut rien nous dire sur les antécédents héréditaires; elle était nerveuse, émotive, inquiète dans sa jeunesse. Les accidents sérieux n’ont commencé qu’à l’àge de 20 ans quand elle a dû chercher à gagner sa vie. Intelligente, instruite, elle a cherché à être institutrice, au début le métier la séduisait et elle se montrait très capable. Mais au bout de quelques mois, elle éprouva un violent dégoût de ce métier. Elle ressentait des étouffements, des palpitations, des angoisses, dès qu’il fallait enseigner, l’intelligence se troublait, elle n’avait plus aucune mémoire et ne voyait plus les choses comme elles étaient; des doutes et des scrupules l’assaillaient. Bien plus, la santé physique s’altérait, elle ne pouvait plus dormir, ni digérer, ni même manger. Il fallut changer de situation, elle entra pour enseigner dans un couvent : au début tout est magnifique, au bout d’un temps plus court eucore mêmes symptômes, angoisses, amnésies, doutes, mutisme, insomnie, dyspepsie, etc. Elle renonce à l’instruction et apprend le commerce, même aventure au bout de quelques semaines. Puis elle essaye la machine à écrire, le ménage, la couture, etc., en huit ou neuf ans elle a essayé quinze métiers et est entrée au moins dans trente places. Sa tante qui la dirige finit par reconnaître que son instabilité est maladive et nous l’amène.

Vous voyez maintenant l’analogie avec notre homme, il s'agit dans les deux cas d’une aboulie professionnelle avec angoisses, tics, en un mot avec phénomènes de dérivation. Chez la jeune femme l’aboulie ne se manifeste qu’après quelques semaines de travail et l’angoisse plus vague ne s’assoéie pas avec un objet précis, il y a simplement phobie du métier. Chez le pauvre homme, l’angoisse commence tout de suite, s’associe avec la chaise, instrument du travail et il y a phobie de la chaise. On observera plus souvent la phobie de l’instrument professionnel; nous vous avons montré la phobie du rasoir chez un garçon coiffeur, la phobie des ciseaux chez une ouvrière, la phobie de l’appareil télégraphique chez un employé des postes. Dans des cas curieux la phobie sera tout à fait systématisée, témoin ce jeune docteur que nous avons connu qui avait la phobie des chaises rembourrées et qui ne pouvait s’asseoir que sur des chaises cannées.

Dans d’autres cas 1 aboulie ne donne pas uniquement nais-

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sance à des phénomènes émotionnels, à des angoisses. Nous avons vu bien des employés de bureau présenter dans ces circonstances des impulsions à la marche dont il ne faut pas faire les fugues; d’autres avoir des crampes des écrivains, quand leur métier les forçait à écrire ; d’autres avoir des tics des yeux quand leur métier les forçait à lire, un prédicateur avoir des tics de la bouche parce que son métier était de parler. Tous ces troubles, tics, crampes des écrivains, impulsion à la marche, ruminations mentales, comme les angoisses n’étaient que des phénomènes secondaires en rapport avec l’aboulie professionnelle si fréquente chez les psychasthéniques.

Pouvons-nous faire quelque chose pour ce pauvre homme. En général, le traitement de ces malades n’est pas facile et une éducation lente de leur volonté et de leur attention peut seule, dans les cas favorables, relever leur niveau mental et leur rendre quelque volonté active. Mais ici les choses sont plus simples : ce pauvre homme est débilité par la misère. Il est probable que quelques semaines de repos sans la préoccupation de gagner son pain vont lui rendre au moins momentanément quelque énergie et que l’oubli de son métier lui permettra de se reposer sur une chaise.

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DEUXIÈME SECTION

LES AGITATIONS ÉMOTIONNELLES DIFFUSES

Cetle même agitation diffuse que nous venons de voir sous sa forme motrice se présente plus souvent encore sous une autre forme. L’agitation est alors viscérale et détermine des troubles gastriques, intestinaux, des troubles vaso-moteurs et surtout des troubles cardiaques et respiratoires. Toutes ces modifications viscérales jointes auxsentiments de l’abaissement mental déterminent le sentiment de l’angoisse qui se présente ici sans systématisation, d’une manière diffuse.

Observation 4o. — Angoisse diffuse. — Aboulie, congestion par la chaleur, angoisse respiratoire, caractère inférieur de l'émotion de l’angoisse, panophobie.

Si vous vous rappelez les cas précédents, ceux-ci, croyons-nous, vont devenir plus simples à interpréter. Le malade est un homme de 24 ans, Loq...,qui, depuis six mois, a des angoisses continuelles. Il se plaint de mal respirer, de ressentir des étouffements, des palpitations de cœur, des congestions ou des pâleurs à la face et il dit souffrir cruellement. Voyons dans quelles conditions les accidents sont survenus et en quoi ils consistent précisément.

Les antécédents sont tou jours les mêmes, père alcoolique, mère névropathe, enfant sans énergie, sans volonté, sans attention ayant besoin d’être dirigé par tout le monde, très timoré. Cependant il arrivait tant bien que mal h faire un petit métier d’employé. Cet été après un bon déjeuner il est sorti au grand soleil, il a senti le sang lui monter à la tète et il a éprouvé un peu de vertige. D’ailleurs il n’est pas tombé, il est rentré tout seul, très rapidement et il n’a plus ressenti à la suite d’autres malaises; admettons pour lui faire plaisir qu’il ait éprouvé un tout petit début d’insolation. On avait parlé autour de lui de congestions causées par le soleil, il a cru avoir une congestion cérébrale et a été terrifié. On l’a soigné plutôt trop bien et il était évident le

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soir même qu’il n’avait rien, il n’en est pas moins vrai que depuis ce moment sa vie a été bouleversée. C’est depuis ce jour qu’il éprouve à chaque instant ces phénomènes d’angoisse.

En quoi consistent ces phénomènes ? En troubles respiratoires, cardiaques et vaso-moteurs ; ce sont, dit-on, les phénomènes essentiels de l’émotion. On en conclut que l’angoisse est le maximum de l’émotion et que c’est une maladie causée par l’émotivité excessive. Sans doute, ce sont des émotions ou du moins des phénomèmes qui font partie de l’émotion. Mais est-ce le maximum de l’émotion ? Faut-il avoir une émotivité très délicate pour en arriver-là ? Ce n’est pas notre avis. L’émotion est puissante quand elle est en accord avec la situation où l'on se trouve placé. Elle est d’autant plus remarquable que cet accord est plus délicat. C’est ainsi qu’il y a des émotions justes causées par les sentiments artistiques, religieux, par les affections de toutes espèces, par les dangers réels. Mais quand une émotion ne renferme que des phénomènes très simples et très grossiers, qu elle reste invariablement toujours la même, qu’elle n’a aucune relation avec les circonstances environnantes, nous disons que c’est une émotion très grossière et très élémentaire. C’est absolument le cas ici: une respiration saccadée, de la constriction à la gorge, quelques battements de cœur ne rendent pas une émotion précise; or, c’est ce qui se passe chez lui toute la journée quels que soient les événements. L’angoisse est donc une forme très basse d’émotion causée par une excitation vague des principauxviscères.

A quel propos se produit ces angoisses ? Il nous dit qu’elles se produisent quand il sort] au soleil, ce qui semble rappeler l’incident primitif, quand il doit marcher sur des places non abritées. Mais elle se produit aussi quand il veut se moucher, parce qu’il a peur que son nez ne soit bouché, quand il doit manger, parce qu’il a peur d’avaler de travers, etc. En réalité, ce ne sont pas des phobies spéciales, systématisées. C’est une sorte d’angoisse vague, diffuse, que M. Freud, et plus tard MM. Pitres et Régis ont bien décrite sous le nom de maladie de l’angoisse.

La cause principale, ce sont tous les efforts qu’il a à faire, quels qu’ils soient : sortir, travailler, parler, voilà ce qui amène des angoisses qu’il interprète ensuite à sa façon. En même temps que l’angoisse, il y a un second phénomène dont on ne parle pas suffisamment ; c’est la suppression à peu près complète de tous les

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actes. Cet homme est complètement aboulique depuis son émotion. Et toutes les fois qu’il essaye de surmonter sa paresse, il a une crise d’angoisse. C’est pourquoi nous vous proposons de considérer ces angoisses diffuses de la même manière que l’agitation motrice du malade précédent. La dérivation ne se fait pas tout à fait de la même manière, elle est viscérale plutôt que musculaire, mais c’est encore un phénomène de dérivation en relation étroite avec l’abaissement de la tension nerveuse déterminée par la première émotion.

Observation 4i. — Angoisse diffuse. — Emotivité , émotion après

V accouchement, abaissement du niveau mental, angoisse perpétuelle,

agitation, indifférence réelle, panophobie, action du bromure.

Cette malade, Cs..., âgée de 38 ans, est un type remarquable de la névrose d’angoisse sous forme diffuse. La maladie que nous avons déjà suivie depuis longtemps nous a causé bien des embarras. C’est un genre de malades à bien connaître, car il nous semble constituer un intermédiaire intéressant entre les abouliques et les obsédés.

Nous ne pouvons parler des antécédents héréditaires qui sont mal connus, remarquons seulement que Cs... est israélite, et vous savez notre opinion sur la prédisposition de cette race. Dans sa jeunesse, elle; était déjà facilement impressionnable, c’est-àdire que souvent, des phénomènes d’émotion simple venaient la gêner dans l’accomplissement d’une action. Elle fut, par exemple, très timide. Au moment d’accomplir les actes sociaux qui sont, comme nous le savons, les plus difficiles, elle avait des étouffements, des battements de cœur et ne parvenait pas à dire ou à faire ce qu’elle voulait. Cependant, ces troubles étaient considérés comme peu graves, et elle resta simplement impressionnable jusqu’à l’âge de 3o ans. A 3i ans, elle venait d’avoir son troisième enfant ; elle se remettait d’un accouchement pénible qui avait eu lieu deux jours auparavant, quand la garde commit une sottise invraisemblable. Elle se mit à pousser des cris en regardant l’enfant et à dire tout haut : « Mais, madame, il me semble qu’il ne respire pas, est-ce qu’il n’est pas mort?» Inutile de dire que l’enfant dormait tranquillement, et qu'il se mit à hurler quand la mère le saisit violemment. C’est celle-ci qui fut bouleversée, elle

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sentit un changement clans tout son être qu’elle ne peut pas expliquer.

Tous ces malades disent à ce propos qu’ils ont senti un coup dans la tète, surtout à la région postérieure. Rappelez-vous que nous retrouvons la même phrase exactement, chez des malades qui ont commencé des fugues hystériques ou qui entrent en état second. Il y a certainement là un grand bouleversement cérébral à propos duquel il est vraiment étonnant de constater notre profonde ignorance. Il est probable cjue la sensation est en rapport avec une modification de la pression du liquide céphalo-rachidien, car tous les maux de tête en dépendent probablement. Mais celte modification est secondaire, probablement à un trouble circulatoire. Celui-ci lui-mème ne survient pas sans raison et dépend d’une excitation nerveuse. Nous en revenons donc à la fin, à une modification subite de la dynamique cellulaire sur laquelle nous avouons notre ignorance complète. Le seul fait que nous sachions aujourd’hui, c’est le résultat psychologique que nous traduisons par ces mots maintenant compris de vous : H y a un subit abaissement de la tension psychologique, un abaissement du niveau mental. Dans certains cas que nous reverrons, l’abaissement se manifeste par la désagrégation mentale, l’amnésie rétrograde et continue, etc. Chez les psychasthéniques l’abaissement sc manifeste par ce gros fait, c’est que les phénomènes supérieurs de l’esprit, les fonctions du réel disparaissent et que subsistent seuls des phénomènes plus élémentaires qui sont ici les phénomènes simples, les angoisses.

Cette femme resta pendant des mois dans un état épouvantable sans cesse angoissée, gémissante et incapable de s’occuper d’autre chose. Elle guérit cependant peu à peu, surtout par le rétablissement de la santé quelques mois après l’accouchement. Un an après, pour quelques douleurs qu’elle ressent, elle va consulter son médecin, et celui-ci lui demande innocemment de faire analyser son urine. « Pourquoi donc, demande-t-elle, déjà effrayée. — • Je voudrais savoir s’il n’y a pas un peu d’albumine. » Ce mot qui lui rappelait vaguement la maladie d’une voisine produisit le même e fie t néfaste que la phrase de la bonne : douleurs de tète, trouble général, angoisses. Elle put à peine rentrer chez elle, et depuis voici toute la maladie qui a recommencé.

Voyons l’état dans lequel elle se trouve. La maladie semble procéder par petits accès. Elle n’est pas continue, la malade est souvent

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fort calme, elle ne dort pas trop mal la nuit, quoiqu’elle vous dise le contraire, elle mange suffisamment, et quoiqu’elle ait les troubles digestifs des neurasthéniques, elle digère à peu près. De temps en temps, vous la trouverez faisant avec sa garde une petite partie de dames ou de dominos avec l’aspect le plus innocent du monde. Mais par intervalles, la scène change: unedizaine de fois par jour, à des occasions sur lesquelles nous reviendrons, vous voyez cette femme très agitée, elle ne peut plus rester en place, elle gesticule et frappe les meubles. En même temps, elle a la figure rouge et semble respirer avec peine, elle est haletante, le cœur bat violemment. Mais surtout à ces symptômes physiques s’ajoutent des souffrances internes. La malade gémit constamment : « Ah ! que j’ai mal h la tête, en arrière, aux tempes, que j’ai mal à mon cou, à la gorge, à mon estomac, à mon cœur, à mon ventre. Je suis perdue, je ne guérirai jamais, je vais mourir, venez à mon secours, etc. » Ces jérémiades et ces hurlements ne sont calmés par rien au monde. Ils sont aigus à ameuter une maison, et ils se prolongent très bien deux ou trois heures. Puis la malade se calme graduellement, ne se préoccupe pas de ce qui s’est passé, ni de la fatigue des assistants. Elle reste bien tranquille quoiqu’elle se souvienne de tout et dans une demiheure elle va recommencer. Voici la vie qu’elle mène et qu elle fait mener aux siens depuis plusieurs années.

Ces crises que nous connaissons déjà sont appelées des crises d’angoisse; nous avons déjà vu leur nature; notez qu’ici l’excitation viscérale se combine avec l’excitation musculaire et que ce sont des crises d’agitation autant que d’angoisse. Nous vous faisons remarquer qu’il y a aussi, au moins en germe, de l'agitation intellectuelle. Elle parle incessamment, radote toujours les mêmes idées, imagine une foule de choses terribles. Elle voit son enterrement et ses enfants en deuil, etc.

A quel propos se produisent ces crises ? Si on en croit le malade, c’est parce que les assistants n’ont pas assez égard à son tempérament émotif, et lui disent des mots qui la révolutionnent. Il ne faut pas qu’on parle devant elle de maladie. Le mot « neurasthénique » amènerait une crise terrible ; bien entendu, il ne faut pas qu’on parle d’urine, ni d’analyse quelconque. Dernièrement elle prétend avoir été malade parce qu’en se promenant elle a vu une dame tirer de sa poche une bouteille de pharmacie. Il semble donc que les crises soient déterminées par association

L’ANGOISSE DIFFUSE

d’idées et en particulier par association d’idées avec la pensée des maladies. Elle semble être surtout nosophobe.

Mais, à notre avis, ce n’est pas absolument juste. C’est elle qui explique les choses comme cela et qui attribue ces crises à des paroles prononcées devant elle. En réalité, elle a souvent ses crises d’angoisse sans qu’on ait rien dit, parce que sa garde lui déplaît ou pour n’importe quel prétexte. Ce qui nous frappe le plus, c’est que c’est elle-même qui, au commencement de ses crises, va provoquer ces conversations soi-disant émotionnantes. Nous avons défendu qu’on lui parlât de maladies : quand elle va avoir une crise et qu’elle commence à s’agiter, ce qu’on remarque très bien, c’est elle qui va interroger les personnes, leur demande des nouvelles de leur santé et les force à parler de neurasthénie. En un mot, ces conversations ne sont qu’une interprétation que la malade donne de la crise et celle-ci qui existe déjà quand les conversations ont lieu.

Quelles sont donc les conditions réelles d’apparition de ces crises d’angoisses ?

i° Tous les efforts volontaires. Demandez-lui de prendre une petite décision, demandez-lui surtout de faire une chose qui lui soit un peu désagréable, et vous provoquerez certainement une crise qu 'elle interprétera en disant que vous avez eu tort de lui parler de maladies. On a remarqué dans sa famille que sous prétexte d’éviter les crises elle ne fait absolument plus rien depuis qu’elle est malade, tandis qu elle était auparavant très active.

2° Tous les efforts d’attention. Elle a des crises si elle veut écrire une lettre ou en lire une, si elle fait un effort pour vous écouter, pour vous comprendre, surtout si elle fait un effort pour croire ce que vous lui dites.

3° A l’occasion de toutes les petites émotions, mêmes très étrangères à la peur des maladies. Ainsi elle rencontre dans la rue une personne de ses amies, cette petite émotion plutôt agréable amène une crise d’angoisse. Elle a peur d’une voiture, cela amène également une crise d’angoisse. Dernièrement elle a eu une crise violente et très longue parce que à la suite d’une lellre envoyée parle mari se trouvait une page de « bâtons » faite par son dernier enfant qui a quatre ans. Elle a encore accusé la garde de lui avoir parlé de neurasthénie, mais il est bien évident que la cause véritable a été le début de l’émotion déterminée par la vue de cette écriture enfantine.

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En un mot, la crise d’angoisse se produit à l'occasion des actes, des attentions et des émotions présentes. Non seulement elle se produit à cette occasion, mais elle remplace les phénomènes qui devraient normalement se développer à ce moment. L’angoisse remplace l’acte qui n’est pas fait : la malade est devenue indignement paresseuse. Eille remplace l’attention, Cs... ne comprend plus rien, mais ce qui est plus curieux, elle remplace l’émotion elle-même.

Ici, Messieurs, nous vous prions de nous accorder quelque attention, car il y a, à notre avis, un malentendu quand on parle de ces malades. Cs... est pour tout le monde le type d’une personne horriblement émotionnable. Cette appréciation générale et superficielle est-elle psychologiquement et cliniquement juste ? En rencontrant son amie dans la rue, une personne sensible et émotive aurait une émotion spéciale faite de surprise et de joie: en voyant la première écriture de son enfant, une mère a un sentiment d’attendrissement, d’amour et de fierté. Cs... remarque elle-même que dans ces deux cas elle n’a pas pu avoir ni surprise, ni joie, ni amour, puisqu’elle a eu à la place de tout cela son angoisse ordinaire, c’est-à-dire son émotion vulgaire et banale faite d’agitation, d’étouffements et de cris sur sa mort prochaine. Détail intime : cette femme était autrefois génitalement très excitable, elle a revu son mari récemment qui a essayé d’avoir des rapports avec elle. Ceux-ci n’ont pu être normaux, car ils ont été interrompus par une crise d’angoisse. Cs... nous avoue à ce propos qu’il en est toujours ainsi depuis qu’elle est malade et que l’émotion spéciale ne se produit plus jamais chez elle, car l’autre s’y substitue. Il en résulte donc une chose bizarre: c’est que nous avons aussi bien le droit de dire qu’elle est apathique, inémotionnable, au lieu de la considérer comme une émotive, puisqu'elle n’arrive plus à aucune des émotions normales.

La conciliation se trouve dans cette idée que les émotions des rapports sexuels, du plaisir de la rencontre, de l’amour maternel, etc., sont des émotions précises, en rapport avec la réalité présente, et qu’elles se rapprochent des phénomènes supérieurs d’attention, de croyance et de volonté. Ces phénomènes supérieurs sont disparus et à leur place se développent ces phénomènes inférieurs que nous pouvons appeler des dérivations et qui prennent ici la forme d’angoisse.

Une remarque assez importante à propos du traitement, c’est

L’ANGOJSE DIFFUSE

que le bromure semble avoir chez elle une action très nette. Il diminue considérablement ces phénomènes de dérivation, mais à la condition d’être pris à haute dose, 6, 7 et 8 grammes, comme dans l'épilepsie. Nous avions constaté que l’agitation augmentait énormément quand nous réduisions le bromure à 2 grammes par exemple. Nous nous sommes demandé s’il n’y avait pas là un phénomène d’autosuggestion, car la malade parait tenir au médicament. Dans des potions dissimulées, avec du sirop d’écorce d’orange amère, nous avons fait varier à son insu la dose de bromure et nous avons constaté une différence très nette suivant que la dose était élevée ou insuffisante.

Cette malade curieuse est restée longtemps, dix-huit mois, dans le service. Nous avions réussi à améliorer son état, d’un côté avec le bromure, qui diminuait les réactions angoissantes, de l’autre avec les toniques, les injections de sérum de Chéron, qui, nous l’espérions, pouvaient remonter sa tension nerveuse. Nous nous sommes bien trouvés de la forcer graduellement à de petits exercices d’attention qu’elle devait faire en reculant la crise le plus possible. La malade nous a quittés non sans peine, car elle ne tolérait pas de changement de situation et s’angoissait à la pensée de rentrer chez elle. Nous avons continué à avoir de ses nouvelles : l’amélioration a été graduelle, mais cinq ans après le début elle n’est pas encore complètement guérie. C’est encore une aboulique qui n’a point repris son métier ni ses occupations antérieures. Elle a encore très souvent ses crises de gémissements à propos de n’importe quelle petite émotion. C’est là, comme vous le voyez, une forme très grave et très curieuse des états psychasthéniques.

Observation l\i. — Angoisse diffuse. — Mère autoritaire, timidité, besoin de direction, besoin d’être aimé, émotion, aboulie, agitation mentale, agitation motrice, comparaison avec les crises cl’ hystérie, agitation émotionnelle.

Cette femme, Ku..., âgée de 37 ans, présente un état tout à fait comparable à celui de la précédente, aussi suffit-il de les rapprocher et nous n’insisterons que sur quelques détails particuliers et instructifs. Nous avons peu de renseignements sur les antécédents héréditaires : les parents semblent de braves paysans peu

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instruits, le père ne buvait pas, la mère prétend avoir été autrefois pendant sept mois dans un état analogue à celui où est sa fille en ce moment. En outre la mère avait un caractère singulier, très exigeant et très autoritaire. Nous sommes arrivés à une opinion qui va vous paraître bizarre, mais qui se justifiera, nous l’espérons, par d’autres observations, c’est que le caractère autoritaire n’est qu’une forme du caractère aboulique. Les autoritaires ne tolèrent pas le changement autour d’eux, ils ont besoin que tout le monde autour d’eux adopte leurs idées, leurs manies, et ils sont malheureux de la moindre diversité parce qu’ils n’ont pas la force d’agir, ni de croire, au milieu de la diversité. C’est ainsi que nous expliquons un fait qui au début ne laissait pas de nous embarrasser l’alternance dans les mêmes familles de personnes autoritaires et de vrais abouliques : le trouble psychologique est le même dans les deux cas.

La malade a toujours eu depuis son enfance un caractère spécial sur lequel nous voulons appeler votre attention, d’abord parce qu’il est une forme curieuse de l’aboulie fondamentale, ensuite parce qu’il permet de comprendre le développement de la maladie actuelle.

Ku... a toujours eu ce que l’on pourrait appeler la manie de la sympathie. Expliquons-nous, elle a toujours eu un besoin exagéré de sentir la sympathie autour d’elle, il lui fallait se sentir aimée par toutes les personnes qui l’approchaient. Au moindre soupçon qu’une personne pouvait ne pas avoir une grande affection pour elle, elle était au désespoir et ne retrouvait le calme qu’au moment où à force d’excuses ou d’amabilités elle avait ramené cette personne à de meilleurs sentiments à son égard. Il fallait que tous ses parents, tous ses voisins, aient toujours en la voyant un visage souriant, des manières affables et lui témoignent une grande affection. Au milieu de ces témoignages d’affection qu’elle exigeait par tous les moyens, elle s épanouissait, elle était heureuse, elle pouvait parler et agir. Un visage mécontent ou simplement froid et indifférent déterminait un véritable supplice, lui enlevait toutes ses forces, toute sa décision; elle restait comme sidérée devant cette marque d'indiffére nce et ne pouvait plus ni parler ni agir. Pour obtenir cette sympathie universelle, il n’était pas de sacrifices qu elle ne fit ell e-mème : toujours aimable et caressante, elle avait la terreur de blesser quelqu’un, elle poussait l’honnêteté jusqu’à la folie et elle

L’ANGOISSE DIFFUSE

sacrifiait son intérêt plutôt que de s’exposer à s’aliéner quelqu’un.

Certaines catégories de personnes avec lesquelles il est difficile d’entretenir toujours des relations parfaites, les domestiques et les concierges, avaient le privilège de la tourmenter beaucoup. Ku... se résignait difficilement à garder une domestique chez elle et aurait préféré s’en passer. Quand elle en avait une, elle la comblait de prévenance et n’osait rien lui commander de peur de la froisser. Le mari devait se charger de faire à la bonne les réclamations ou les reproches; « elle n’aurait pas pu continuer à vivre dans l’appartement avec la bonne si elle lui avait fait elle-même un reproche, cette bonne n’aurait qu’à lui en vouloir ». Elle faisait une cour assidue à son concierge, « car, disait-elle, j’aurais préféré déménager tout de suite, quoi qu’il dût m’en coûter, plutôt que de sentir que mon concierge pouvait m’en vouloir ». Elle se préoccupait de ses voisins : « je n’aurais plus pu me mettre à la fenêtre si un de mes voisins eût été fâché contre moi ». Un jour elle reçut quelques reproches du gardien d’un petit square près de son habitation, parce que son petit chien avait marché sur les plates-bandes : elle en fut au désespoir et força son mari à déménager pour ne plus habiter le même quartier et ne plus être exposée à rencontrer ce gardien. Ne soyez pas surpris de nous entendre insister ainsi sur ce caractère, il joue dans la vie un plus grand rôle qu’on ne croit et les aliénistes devraient bien le connaître, car il est la source de bien des maladies mentales, de bien des phobies, sans compter peut-être le délire de persécution.

Ce caractère se rapproche du besoin de direction que nous vous avons souvent décrit, mais il n’est pas tout à fait identique. Ce besoin de sympathie se rattache à la crainte de la lutte qui préoccupe constamment ces individus faibles de décision. Ces individus au niveau psychologique bas, peu en rapport avec le réel, ont de la peine, disions-nous souvent, à s’adapter aux circonstances extérieures. Mais, parmi ces circonstances du milieu extérieur, celles qu’ils redoutent le plus ce sont celles qui dépendent des hommes. S’adapter au milieu social, c’est l’œuvre la plus difficile et pour eux la plus fatigante. Aussi ce que souhaitent nos abouliques c’est un milieu social où il n’y ait jamais « d’affaires », un milieu social invariable où tous les hommes, toutes les pensées, tous les sentiments gravitent autour d’eux, s’accordent avec eux, favorisent leur propre développement si difficile et ne leur présentent jamais d’obstacles. Tantôt ils cherchent à obtenir ce milieu en se mon-

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liant autoritaires et méchants, en supprimant de leurs relations tout ce qui pourrait résister, tantôt ils cherchent à obtenir ce même milieu par la douceur, l’honnêteté extrême, l’humilité.

Grâce à toutes ces précautions, Ku... vivait à peu près tranquille quand survint il y a dix-huit mois l’incident qui a bouleversé sa vie et dont vous n’auriez pas pu comprendre la singulière importance sans nos remarques précédentes sur le caractère de la malade. Un jeune homme, un étudiant qui habitait de l’autre côté de la rue étroite, fut arrêté sous inculpation d’outrages à la pudeur parce qu’il aurait fait de ses fenêtres une pantomime peu convenable. Ce garçon se défendit de son mieux et appela ses voisins en témoignage de l’innocence de ses gestes. Il fit surtout appel à Ku..., « une brave dame, disait-il, toujours à sa fenêtre en face de lui, et qui aurait vu mieux que personne s’il y avait dans son attitude quelque chose d’inconvenant ». Le commissaire de

police envoya un agent interroger Ku Par malheur, le mari

était absent quand l’agent entra et la pauvre femme fut suffoquée de cette interpellation. Elle balbutia une réponse quelconque, elle dit qu’elle n’avait rien remarqué de répréhensible, ce qui d’ailleurs était vrai ; on se contenta de sa réponse et cette minuscule affaire n’alla pas plus loin.

Ku..., émotionnée, tremblante, pendant cette visite d’un agent de police chez elle, se sentit toute changée et ne put pas reprendre son équilibre après son départ: «quelque chose, dit-elle, s’était dérangé dans sa tète » ; elle entra tout de suite dans ce que nous appellerons une première période de sa maladie et qui va durer trois mois. Voici son état pendant cette première période: elle se sent relativement calme, trop calme même, car elle ne s’intéresse plus à rien, « elle n’aime plus son enfant, ni son mari » et, détail que nous vous faisons remarquer chemin faisant, elle n’a plus de désirs génitaux comme auparavant, elle est devenue étonnamment froide. Elle reste complètement immobile sur sa chaise, ne travaille plus, « n’a plus le courage de s’occuper du ménage..., elle ne peut plus non plus se décider à manger .ou à boire ; d’abord parce qu’elle n’a plus ni faim, ni soif, ensuite parce que c’est toute une affaire de se mettre à manger ». Bien mieux, et nous insistons sur ce détail qui va devenir important dans d’autres cas, elle est aussi incapable de dormir, « elle ne peut plus se décider à se coucher et dans son lit elle ne sait pas si elle veut dormir, elle ne sait plus s’y prendre pour dormir ». En un mot la voici dans

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l’inertie la plus complète, tout à fait en dehors du réel, son aboulie a considérablement augmenté et on peut dire dans notre langage convenu qu’il y a eu chez elle un abaissement énorme du niveau mental.

En même temps se présente chez cette malade un phénomène très remarquable, qui contraste d’une façon curieuse avec cette inertie, c’est une énorme agitation mentale ; « ma tête travaillait comme jamais elle n’avait fait auparavant, les pensées roulaient les unes sur les autres sans jamais s’arrêter, on dirait que quelque chose bouillait dans ma tète ». Ces pensées n’étaient pas toujours du même ordre et il n’y avait pas encore chez elle, comme nous le verrons si souvent chez d’autres sujets, des ruminations à formebien systématisée, mais cependant les méditations roulaient sur quelques sujets de préférence. C’était d’abord une interrogation sur c"e grave problème : « faut-il oui ou non révéler au mari la visite de l’agent et la part qu elle a prise bien malgré elle dans le procès? Si le mari sait qu’elle a défendu ce jeune homme, ne va-t-il pas croire qu’elle est alliée avec lui, qu’elle est sa complice et ne cessera-t-il pas de l’aimer ? Si elle ne le lui dit pas, est-ce qu elle ne trahit pas sa confiance? Il ne voudra plus s’occuper d’elle , il ne voudra plus la diriger ; d’ailleurs est-ce qu’il ne commence pas déjà à l’abandonner ? 11 reste trop longtemps au bureau, il reste trop peu de temps aux repas, ce n’est pas comme cela qu’on est avec une femme aimée. Ce jeune homme était un viveur sans doute, mais au moins il donnait plus de temps à ses maîtresses, il valait peutêtre mieux que son mari. Est-ce qu’elle aimait réellement ce jeune homme? L’émotion que lui causait dans la rue la vue d’un chapeau rond et d’un pardessus marron ressemblant à son costume était-elle de la crainte ou de l’amour? » A côté de ces interroffa-

tions, elle développait dans son imagination le procès probable et ses conséquences: « Elle serait appelée comme témoin, il lui faudrait défendre en public son voisin, son complice ou son amant : lequel était-il en réalité ? Elle finissait par ne plus le savoir. Elle imaginait les conséquences de ce procès dans le quartier. Que diraient les commères quand elles sauraient la part que Ku... avait prise à cette triste affaire? Pourrait-elle rester dans le quartier au milieu de l’hostilité générale, il faudrait encore déménager, et où aller ? Le mari qui ne voulait pas s’éloigner de son bureau, comment le décider à partir loin, très loin,

LES AGITATIONS ET LES ANGOISSES DIFFUSES

en Amérique par exemple, voilà qui serait bien difficile, etc... » On voit que ces ruminations ne sont que vaguement systématisées, elles passent d’un sujet à l’autre avec facilité, il n'y a encore qu’une énorme agitation mentale. Cette agitation mentale ne porte pas sur des résolutions réelles, mais sur des constructions parfaitement imaginaires, c’est-à-dire sur des phénomènes psychologiquement inférieurs, elle se développe parallèlement à l’inertie et à la perte des fonctions du réel, c’est pourquoi nous l’appelons un phénomène de dérivation.

On pourrait se demander : est-ce l’agitation mentale qui produit l’aboulie, ou est-ce l’aboulie qui produit l’agitation mentale ? Quoique la première réponse nous paraisse plus juste, nous dirons qu’il est inutile d’insister ici sur ce problème, car les deux phénomènes dépendent tous les deux l’un de l’autre, ils sont tous deux des manifestations de l’abaissement de la tension mentale qui amène à la fois la disparition des phénomènes supérieurs et l’exagération des inférieurs.

Quoi qu’il en soit, après trois mois de ces ruminations silencieuses, la scène change et nous entrons dans la deuxième période. Ku... ne peut plus retenir son esprit agité, et elle éprouve le besoin de dire tout haut ce qui la tourmente. La voici qui raconte l’histoire à son mari, à sa concierge, à ses voisines, à tout le monde. Elle se laisse aller à crier qu’elle est très malheureuse ; elle pleure, elle hurle et se roule sur son lit en d interminables contorsions : c’est la période de l’agitation motrice. Cette agitation n’est pas continuelle, mais se présente par crises durant plusieurs heures ou même durant des nuits entières. Les grandes contorsions étaient parfois remplacées par des tremblements et des claquements de dents ou par des cris et des bavardages plus ou moins incohérents : elle répétait surtout qu elle fatiguait tout le monde, qu’on l’abandonnait, qu’elle ne guérirait jamais, etc. Deux médecins qui l'examinèrent à ce moment diagnostiquèrent des crises d’hystérie. Nous devons nous arrêter un peu sur ce diagnostic ; il est important parce qu'il est très souvent répété à propos d’agitations de ce genre. On attribue presque toujours ces crises à l’hystérie, et il en résulte que l’on considère bien les psychasthéniques comme susceptibles de présenter des crises d’angoisse, mais que l’on ne décrit pas chez eux ces crises purement motrices indépendantes des émotions proprement dites et de l’angoisse. Nous pensons que ces crises de Ku... ne sont pas

L’ANGOISSE DIFFUSE

des crises d’hystérie : jamais elle n’a eu de perte de conscience on de perte de mémoire, c’est-à-dire qu’il n’y a jamais en la division, l’alternance de conscience, qui caractérise les attaques comme les somnambulismes hystériques, jamais le délire n’a été complet, jamais il n’y a eu de véritables hallucinations. Ces agitations à moitié volontaires, à moitié involontaires, avec sentiment de ne pouvoir s’arrêter rentrent dans la catégorie des phénomènes dits irrésistibles des obsédés. Elles remplacent très nettement ici les agitations mentales qui s’étaient prolongées silencieusement pendant trois mois. A notre avis, elles doivent avoir la même interprétation et doivent être considérées comme des phénomènes de dérivation en rapport avec l’aboulie ou mieux avec le défaut de tension psychologique qui supprimait les phénomènes d’attention et de volonté.

Ces crises furent soignées de bien des manières ; elles diminuèrent sous l’influence des piqûres de morphine, c’est là un fait sur lequel nous reviendrons. Elles furent diminuées également par l’influence d’un ami qui essaya d’hypnotiser la malade. Il ne réussit en aucune manière à déterminer le sommeil hypnotique (ce qui confirme notre opinion sur l’absence d’hystérie dans ce cas), mais il calma la malade en s’occupant d’elle, en la consolant et ces sujets ont surtout besoin de direction. Quand cet ami se fatigua de ces séances incomplètes et sans sommeil, les crises recommencèrent de plus belle. Ces crises furent aussi diminuées par un séjour de quelque temps à la campagne avec des parents qui s’efforcèrent de distraire la malade, le changement et la distraction faisant remonter le niveau mental. Mais, à son retour chez elle, les crises grandirent de nouveau, et cette fois avec une forme un peu différente qui constitue ce que nous pouvons appeler la troisième période de la maladie.

Les crises sont bien plus douloureuses, dit la malade, parce qu’elles sont devenues internes : cela signifie dans son langage qu’il y a beaucoup moins de mouvements convulsifs des membres, beaucoup moins de cris et de gesticulations, mais que ces mouvements extérieurs sont remplacés par des phénomènes viscéraux. La malade a des spasmes dans l’estomac et dans le ventre, qui sont particulièrement curieux parce qu’ils sont visibles. On observe en effet, une très singulière trémulation du ventre; la respiration ne semble pas se faire par un seul mouvement net du diaphragme, mais par une série de petites secousses; c’est comme

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