‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 37 sur 201 · II · texte numérisé non relu

II

LES AGITATIONS ET LES ANGOISSES DIFFUSES

un tremblement perpétuel du diaphragme et nous regrettons bien de n’avoir pu prendre le graphique respiratoire de cette malade. A côté de ces spasmes respiratoires, l’épigastre, l’abdomen, l’estomac et probablement aussi l’intestin ont des secousses, des spasmes que l’on sent à travers de la peau. Tous ces spasmes troublent complètement la digestion ; tantôt ils amènent des vomissements, tantôt des crises de diarrhées, et la malade a sans cesse des nausées qui n’aboutissent pas toujours à un vomissement réel ; la langue est saburrale, l’alimentation difficile, et la malade maigrit plus que pendant les périodes précédentes.

Le cœur semble être peu troublé, il bat à ^5 par minute et a une tension qui nous a paru être dans plusieurs mesures 1 4 , 1 5 , i5,i6, en moyenne i5. L’angoisse est surtout ici respiratoire et intestinale. Naturellement ces phénomènes viscéraux s’accompagnent d’un sentiment énorme d’angoisse : « J’ai une angoisse terrible et je n’ai rien qui puisse me l’expliquer, c'est comme si on me ramenait mon mari mort, je suis toujours comme sous l’influence d’un grand malheur. » Ces angoisses surviennent très fréquemment dix ou quinze fois dans une journée, par crises plus ou moins longues, à propos de tous les incidents possibles. On peut dire que la malade a peur de tout, des chapeaux, des costumes d’hommes parce qu’ils font penser au personnage du début, des infirmières parce qu elles font penser aux cancanages des voisines, du mari parce qu’elle a peur de n être plus aimée par lui, etc., etc. A l’en croire, c’est toujours la faute des personnes environnantes qui détermine une émotion. On pourrait appliquer ici les théories émotionnelles et dire que les crises d’angoisse se produisent parce qu’elle est émotionnée, mais nous venons de voir deux périodes différentes dans lesquelles il n’y avait pas d’angoisse et dans lesquelles les crises se produisaient tout de même. Nous avons admis que les crises étaient alors des dérivations de l’activité nerveuse qui se produisaient au moment d’accomplir un acte, de comprendre quelque chose ou de ressentir une émotion avec plus de précision. Il doit en être de même pour les troisièmes sortes de crises, la dérivation est simplement viscérale au lieu d’être musculaire comme dans la seconde période, ou mentale comme la première.

Nous avons insisté longuement sur cette observation très instructive qui nous montre réunies chez le même sujet les trois formes de dérivation et d’agitation diffuses. Il est aussi curieux de

L'ANGOISSE DIFFUSE

remarquer que la maladie a commencé par être mentale avant d’arriver h l’angoisse; il est vrai qu’il ne s’agissait que d’agitation mentale, caries idées obsédantes proprement dites suivent, comme nous le verrons, l’angoisse et ne la précèdent pas. Il faut aussi remarquer le caractère antérieur de la malade, son aboulie, son besoin de sympathie universelle, qui sont, bien plus que de l’émotivité, le point de départ de la maladie.

Nous avons dû isoler cette malade, ce que nous ne faisons que rarement pour les psychasthéniques, car elle n’était plus tolérable dans sa famille : l’hydrothérapie, le bromure, des injections de sérum suivant la formule de Chéron et un traitement de l’attention ont eu quelques heureux effets. Mais nous devons avouer que le résultat, après cinq mois de traitement, est loin d’être complet, elle reste encore une émotive et une agitée; il est bien probable qu’au premier incident, elle va nous revenir avec une phobie plus ou moins systématisée. On pourra dire alors, avec juste raison, que cette phobie prend naissance sur un caractère émotif, mais nous qui avons assisté aux premiers débuts, nous savons que ce caractère émotif et angoissé n’est pas primitif et nous avons vu comment il est sorti de l’aboulie primitive.

Observation 43. — Angoisses diffuses. — Fatigues, choc émotionnel, angoisses, spasmes de l’estomac, sueurs, sentiment de mort.

Les détails donnés dans l’observation précédente nous permettent d’être plus brefs dans celle-ci, puisqu’il s’agit de phénomènes du même genre. Cette femme de 3o ans, Jo..., sans antécédents héréditaires bien nets, a été épuisée par cinq grossesses successives presque sans intervalles ; un choc émotionnel est venu compléter la dépression nerveuse. Un petit garçon qu’on lui avait confié est parti avec d’autres pour aller aux bains froids; pendant son absence, Jo... a cru entendre dire dans la cour que l’un de ces enfants s’était noyé, elle est restée pendant deux heures à l’attendre avec la plus grande terreur. Le retour de l’enfant bien tranquille n’a pas réussi à la calmer : au lieu de se préoccuper de la mort de l’enfant elle s’est à mise à se préoccuper de sa propre mort, car elle se trouve, dit-elle, dans un état anormal qui justifie toutes les appréhensions.

Les agitations et les angoisses diffuses

Elle prétend éprouver à chaque instant un grand saisissement « qui lui tient tout le corp's et surtout serre sa poitrine comme dans un étau. 11 y a quelque chose dans son estomac qui lui fait peur ; c’est comme s’il y avait quelque chose qui remue dans l’estomac, une pelote de vers qui serait placée à gauche sous les fausses côtes. Ces spasmes sont accompagnés de grandes sueurs aux mains et aux pieds, qui se prolongent pendant plusieurs heures. En même temps elle éprouve des sentiments vagues comme si elle avait oublié quelque chose, elle ne sait pas quoi, ou bien une appréhension de quelque chose, ce qui l’amène à croire qu’elle a le pressentiment de sa mort. De tels saisissements recommencent dix fois par jour à propos de la moindre occasion ; pour éviter de les provoquer, dit-elle, elle ne veut plus rien faire, elle reste comme elle le dit elle-même « à rêver sans dormir ».

Dans tous ces cas, il est intéressant de rappeler que l’examen objectif ne nous apprend pas grand’chose : quelquefois, mais rarement on constate de visu les spasmes abdominaux comme chez Ku..., mais le plus souvent on ne les voit pas. On ne trouve pas de traces de contractures; on n’observe pas d’anesthésie; les pratiques hypnotiques et la suggestion ne donnent pas de résultats intéressants.

Observations 44 et 45. — Angoisse hystérique et angoisse psychasthénique. — Antécédents, émotion, troubles respiratoires, anesthésies, timidités, peur de la rougeur, peur des convulsions de la figure, angoisses diffuses.

Nous voudrions vous présenter simultanément ces deux malades, afin de comparer chez eux les modifications d’un même symptôme, dont l’étude est aujourd’hui tout à fait à l’ordre du jour.

Ce pauvre homme, âgé de 23 ans, Bt..., se plaint d’éprouver constamment un sentiment de resserrement à la poitrine et à l’estomac, avec gène de la respiration et du cœur avec un sentiment d’émotion pénible analogue à la peur. C’est ce qu’on appelle de l’angoisse. Chez lui l’angoisse est à peu près continuelle à un degré faible ; elle s’aggrave après le repas et aussi à l’occasion de la plus petite émotion. Si on adopte les expressions proposées par

L’ANGOISSE DIFFUSE

Freud, expressions qui se bornent| d’ailleurs à émettre au premier rang le symptôme, c’est un cas de la névrose d’angoisse. (Angstneurose).

Cette dame, âgée de 33 ans, Ul..., se plaint d’avoir des vertiges, surtout quand elle entre devant nous. « Quelque chose, ditelle, la serre à la gorge, elle est sur le point de crier, elle a un gros poids sur la poitrine, elle étouffe, elle a la poitrine serrée, et elle sent une émotion de peur très forte, c’est comme si elle craignait d’avoir un accès d’épilepsie, de devenir folle, d’avoir des convulsions dans la figure si elle lève les yeux, etc. » Avec d’autres expressions et plus de bavardages, c’est le même tableau : gène de la respiration, palpitation, émotion, c’est encore l’angoisse, et si l’on veut, c’est encore la névrose d’angoisse.

Eh bien, est-ce la même angoisse chez les deux malades, est-ce une seule et unique maladie? Ce diagnostic clinique n’est pas sans intérêt pour la discussion de cette nouvelle maladie la névrose d’angoisse.

Voyons d’abord ce garçon : c’est le fils d’une femme très nerveuse ; il a lui-même toujours été très nerveux, il a eu des cauchemars étant jeune, puis de véritables accès de somnambulisme la nuit, mais pas d’idées fixes à forme de scrupule. Il y a un an, il lui est arrivé une singulière aventure, plutôt désagréable. Il a eu la corvée de dépendre un pendu : un de ses voisins s’était suicidé, il a du détacher le cadavre. Ce n’était pas gai, et il a eu une forte émotion. Cependant il s’est assez bien calmé. Six mois après, retour curieux de l’émotion. En rentrant dans un jardin, le soir, il vit un tablier pendu aux branches d’un arbre et cette vue éveilla l’image du pendu, sa silhouette. Il ressentit aussitôt, et plus fort que la première fois, une constriction à la poitrine, une gêne à l’estomac et au ventre, et depuis, ce sentiment a persisté.

Actuellement, la gêne est surtout physique; il sent une douleur à l’épigastre, le moral est peu atteint, il se rend compte que s’il fallait dépendre encore un désespéré cela lui serait infiniment plus désagréable que la première fois, mais il ne rêve pas consciemment au pendu, il n’a pas du tout l’idée de se pendre et en dehors de cette souffrance localisée il n’a pas de troubles mentaux.

L’examen actuel du malade est intéressant. On constate non pas l’anesthésie complète mais une véritable analgésie sur tout le

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côté gauche. La région de l’estomac surtout est plus complètement anesthésique et ne sent pas plus le contact que la douleur ; enfin, ce qui est plus net encore, il y a de la contracture permanente des muscles droits de l’abdomen, des muscles intercostaux inférieurs et probablement un peu du diaphragme, comme nous l’avons vu si souvent dans ces cas. Il y a donc des troubles objectifs et la pathogénie de l’accident se comprend assez bien. Cet individu névropathe qui a déjà eu des somnambulismes a été frappé par une première émotion quand il a décroché son pendu; il a eu de l’affaiblissement mental, de la disposition à la désagrégation ou si vous préférez à la séparation des centres corticaux. Une nouvelle émotion survenant par là-dessus a donné naissance à des troubles permanents. L’émotion persistant incomplète d'une manière subconsciente entretient la contracture, et c’est cette gêne matérielle de la respiration qui cause l’angoisse. Ici, l’angoisse a son point de départ dans une gêne réelle de la respiration causée par des accidents hystériques ou par un état subconscient en dehors de l’esprit du malade. C’est la forme hystérique de l’angoisse.

Voyez maintenant cette femme de 33 ans ; il est probable que le père buvait, une sœur est très émotive. Elle a commencé à être troublée depuis l’âge de douze ans et en a 33 maintenant. La maladie dure depuis 20 ans et non pas depuis six mois comme chez le jeune homme. Elle a commencé par des timidités, des rougeurs, des peurs de rougir. Elle a eu des désespoirs en entrant dans une place par la peur de ne pas réussir.

Ces soi-disant vertiges 11e la prennent que dans des circonstances particulières : quand elle entre dans un omnibus, quand elle est en présence de personnes qui la regardent, quand elle pense à sa propre figure, il faut que ces circonstances amènent dans son esprit des réflexions. Est-ce qu’elle a la figure d’une folle? Est-ce qu’elle a des convulsions dans la figure ? Est-ce que les gens qui la regardent comprennent sa màladie. Il suffit qu’elle se dise que les personnes présentes sont des médecins pour se calmer. En un mot il y a de la rumination.

Si on fait un examen physique comme chez le jeune homme, on ne constate pas d’anesthésie, pas de troubles épigastriques et surtout pas de contractures, à moins bien entendu qu elle ne soit juste en train de s’émotionner. Dans ce cas, il faut commencer par la calmer. En un mot ici il n’y a pas de troubles organiques permanents, les troubles organiques viennent à la suite d’un travail

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mental, cérébral, et même d’un travail qui est conscient. C’est la rumination du scrupuleux qui amène l’angoisse. Nous croyons même que le premier trouble est cérébral : c’est parce que le malade n’est plus maître de sa tête, de ses idées, qu’il s’émotionne et s’affole. C’est la forme psychasthénique de l’angoise, c’est Y angoisse des scrupuleux .

Vous voyez donc que ces deux malades ne sont pas semblables et j’en profite pour vous dire qu’il ne faut pas trop vite ériger un symptôme en maladie. On aurait tort de leur attribuer la même maladie parce qu’ils ont tous deux de l’angoisse. Le pronostic d’abord est différent. Le jeune homme guérira plus vite que la femme ou, s’il reste malade, il aura de tout autres accidents.

Le traitement aussi est différent. Le massage de l’abdomen, la gymnastique respiratoire qui guérira le premier n’aura aucune influence sur la seconde qui a besoin d’une éducation spéciale. Vous voyez que ce diagnostic de l’angoisse présente un assez grand intérêt clinique.

Observation 46. — Angoisses diffuses. — Troubles respiratoires, agitation, peur de V isolement, effet de la distraction.

Vous savez que l’on est disposé à inventer toujours des formes nouvelles de névroses, qui ne sonj. souvent que des variétés accidentelles des grandes espèces pathologiques.

Il y a cependant une variété morbide sur laquelle différents auteurs attirent l’attention depuis quelque temps et qu’il est intéressant de distinguer, bien que l’on puisse la rapprocher de formes connues : c’est la maladie qui n’est constituée que par des crises d’émotion excessives, c’est Y état d’anxiété dont parlait autrefois Morel, les décharges émotives de Weir-Mitchell , les états d’angoisse de Mac Farlane, les panophohies de Beard et plus récemment la névrose d’angoisse de Freud. « L'attente anxieuse, dit ce dernier auteur, est le symptôme essentiel de la névrose d’angoisse. On peut dire qu’il y a, dans cet état, une certaine quantité d’angoisse flottant à l’état libre, qui est toujours prête à se manifester, la forme sous laquelle elle se manifeste pouvant d’ailleurs varier, étant sous la dépendance de circonstances diverses ». Ces crises d’émotions vagues sont intéressantes à connaître ; elles pourront être, comme l’ont fait observer MM. Pitres et Régis dans leur

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mémoire sur la Séméiologie des idées fixes, le point de départ des émotions systématisées et des idées fixes.

Les descriptions de ces auteurs sur la névrose d’angoisse et l’attente anxieuse nous sont revenues à l’esprit en lisant les confidences que cette malade, Gy...; femme de 34 ans, nous a écrites sur son mal. « Je n’ai pas d’autres souffrances que cette angoisse intolérable, ce que j’éprouve, c’est la menace d’un mal. Parfois la crise n’arrive pas, mais je souffre de la menace : l’angoisse, la crainte, revient à mesure que l’époque de la crise s’approche. » Cette angoisse qu’elle décrit avec complaisance consiste en une sensation de resserrement à la poitrine, d’une ceinture de fer autour des reins et du cœur, dans la sensation des battements précipités du cœur, de la suffocation. La poitrine lui fait l’effet d’une bouteille que l’on secoue, des nausées, elle aune salivation excessive, des sensations de vertige, des bourdonnements dans les oreilles, etc., etc.

Tous ces phénomènes sont en rapport avec une attente anxieuse, elle prétend attendre ainsi une crise dont elle aurait très peur. Cette crise qui arrive, en effet, ne semble pas être en elle-même fort grave : quelques mouvements convulsifs, des cris rauques, en un mot une petite crise d’agitation, sans perte de conscience, qui en elle-même n’est pas très importante. L’angoisse qui la précède, qui peut se prolonger des jours et des nuits sans que la crise arrive, est beaucoup plus grave.

On peut donc dire que le phénomène essentiel de cette malade, ce sont des états d’angoisse, des états d’émotion intense avec sentiment de peur et attente anxieuse de quelque chose qu elle précise plus ou moins bien en disant qu elle attend la crise de nerfs.

Voici dans quelles conditions cet état s’est développé. Les parents semblent avoir été assez bien portants, quoique le père soit nerveux et qu’un frère du père soit mort fou. Déjà dans l’enfance Gy... aurait eu une première crise analogue à celle-ci avec perte de connaissance, salivation excessive parce que des ouvriers sur un toit de la pension lui auraient fait peur. A trois ou quatre reprises, ces accidents se seraient reproduits dans sa jeunesse mais d’une manière incomplète. Nous voyons donc se manifester une émotivité excessive.

Rien de tout cela n’était grave. Elle se marie avec un individu bizarre, sorte d’hypocondriaque insociable, qui l’enlève à sa

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famille, et la fait vivre au fond d’une campagne très isolée. Fdle prend peur dans cette maison, surtout quand son mari la laisse seule. Elle imagine les dangers les plus épouvantables et tous les soirs éprouve de violentes terreurs. Ces terreurs perdent peu à peu leur caractère précis; elles deviennent des émotions aussi intenses que vagues qui finissent par constituer ces angoisses avec attente anxieuse.

Autrefois, dans sa campagne, elle attendait des dangers réels, des voleurs, l’incendie, etc. Maintenant qu’elle est rentrée à Paris, dans une maison bien calme, elle se borne à attendre sa crise mais l’angoisse est restée la même. Remarquez le rapport étroit qui lie ces névroses d’angoisse avec les idées fixes proprement dites. C’est une idée fixe de solitude, de dangers, de peurs qui a été, non pas en se précisant, mais en se généralisant de plus en plus et qui est devenue, si on peut ainsi dire, une idée fixe indéterminée.

La malade dans sa lettre nous dit elle-même le remède qui lui convient. « Détournée de mon mal par une distraction quelconque, promenades, musique, surtout quand il y a du monde autour de moi, je vais tout de suite beaucoup mieux. » C’est évidemment là le remède ; il faut cherchera lui occuper l’esprit à autre chose qu’à cette attente.

Malheureusement elle appartient à cette catégorie de personnes qui ne sauront jamais s’occuper toutes seules. Il lui est impossible de rester seule, dit-elle. Si quelqu’un la dirige, elle n’aura plus rien du tout, si elle ne trouve pas le directeur de conscience qu elle rêve, elle parcourra toute la série des névroses et des idées fixes. Ce sont de ces femmes comme nous l’avons souvent montré qui prendront un amant, un maître le plus brutal, pour être avec quelqu’un. C.’est encore un cas de la maladie de l’isolement.

Observation 4 7. — Angoisse diffuse. — Masturbation, troubles respiratoires, tremblements du bras et tics du cou.

Voici une malade, Iib..., âgée de 4o ans, qui nous apporte une intéressante démonstration des idées que nous vous avons indiquées sur les dérivations émotionnelles. Cette demoiselle de 4o ans, Mb..., vivait seule avec son père d’une manière très simple et très

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retirée. « car elle avait la peur du monde ». Elle a eu la douleur de perdre son père il y a trois ans et a dû rester absolument seule, ce qui a déterminé tous les troubles actuels.

Sa tristesse, sa solitude, son sentiment de faiblesse etde défaillance l’ont amenée à prendre de mauvaises habitudes dont elle est profondément honteuse. Elle qui avait vécu jusqu'à 38 ans dans une ignorance presque complète de ces choses, elle ne put résister à un singulier besoin qui la poussait à rechercher une excitation. Au commencement tout alla bien, elle arrivait assez facilement à l’excitation sexuelle et cette excitation lui faisait le plus grand bien. Elle se trouvait à la suite moins triste, moins

Fig. h. — Respiration de Hb... — Ces graphiques sont pris avec le pneumographe de Verdi»; les lignes horizontales et verticales servent de repères ; la flèche horizontale indique dans quel sens le graphique doit être lu, la flèche verticale indique dans quel sens s'inscrit l'inspiration. T, respiration thoracique; A, respiration abdominale; S, le temps en secondes

délaissée et plus courageuse. Malheureusement, ce besoin d'excitation anormale alla en augmentant, elle dut recommencer plus souvent et en même temps elle arriva plus difficilement au résultat. Elle devenait gênée et honteuse de cet acte et cependant le recommençait incessamment sans arriver à la satisfaction.

C’est dans ces conditions que cette excitation avortée a déterminé de singuliers phénomènes, d’abord des troubles respiratoires assez considérables. Ainsi que vous pouvez le voir par ce graphique (figure 4), la respiration abdominale est presque supprimée et ne consiste plus qu’en un tremblement irrégulier, la respiration thoracique est devenue rapide, tremblante et irrégulière. Ce sont des troubles respiratoires de l’angoisse avec cette différence c’est qu’ils sont beaucoup plus durables et qu’ils se prolongent quelquefois une journée entière après la cause excitante. En meme temps s’est développé un véritable tic des muscles du cou; le

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sterno-cléido-mastoïdien a des secousses h peu près cent fois par minute et détermine des petits mouvements continuels de la tête qui se tourne brusquement vers la droite, puis revient en avant. Le graphique de la figure 5 a été obtenu en plaçant un myographe sur le sterno-cléido-mastoïdien de manière à inscrire ses secousses; il vous montre bien la relation de ces secousses musculaires avec les spasmes respiratoires, puisque dans cette figure la respiration a été inscrite en même temps que le tracé du myographe. On remarquera que pendant cette expérience la respiration thoracique est plus rapide et plus profonde que pendant lexpérience précédente. L os hyoïde est également animé de petits mouvements brusques qui le font monter et descendre

Fig. 5. — Respiration de Ilb... — T, respiration thoracique; M, secousses du sterno-cléidomastoïdien, la vitesse du cylindre est la même que dans le graphique précédent.

comme dans des efforts perpétuels de déglutition. Enfin on note un tremblement du bras droit, mais il est moins durable et ne se prolonge qu’une heure ou deux après les masturbations.

Peu à peu ces angoisses et ces tics se sont exagérés ; ils ne commencent plus uniquement après les masturbations sans succès, mais après toutes les émotions et surtout après les émotions avortées. Un cri, la vue d’un accident dans la rue font réapparaître tous ces spasmes. Nous insistons sur l’ordre d’apparition des phénomènes chez cette malade, ordre qui nous paraît intéressant : i° la mort du père, émotion déprimante, tristesse, solitude, dépression mentale; 2° le besoin d’excitation et l’habitude de la masturbation qui pendant quelque temps semble montrer avoir des effets plutôt favorables; 3° la dépression mentale continuant, l’excitation génitale ne peut plus être complète et nous voyons apparaître les troubles respiratoires et les tics du cou que nous considérons comme des phénomènes de dérivation ;

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4° ces phénomènes se généralisent et se produisent à propos d’autres émotions.

Le fait principal ne nous paraît donc pas être l’émotivité ni l’angoisse puisque celle-ci ne se développe qu’assez tardivement. Le fait primitif est l’épuisement mental avec les troubles de la volonté : c’est lui qu’il faudrait pouvoir modifier. Ici il y a un conseil qui s’impose : cette vieille fille ne peut pas continuer à vivre dans la solitude complète en cherchant à se consoler par la masturbation ; il faut, puisqu’elle le peut, qu’elle rentre dans sa famille, qu’elle se repose et suive un régime tonique en renonçant complètement h ces pratiques inutiles. Il est bien probable que les angoisses et les tics disparaîtront.

Observation 48. — Angoisses diffuses. — Aboulie, timidité,

aboulie sociale.

Comme dernier exemple des angoisses diffuses, nous voudrions vous signaler la maladie de la timidité que l’on peut considérer comme un intermédiaire entre les angoisses vagues et les phobies précises.

La timidité semble surtout caractérisée par des phénomènes d’émotion et d’angoisse qui se produisent non précisément en rapport avec un objet unique comme les phobies mais cependant en présence d’une condition déterminée : la présence de nos semblables. L’angoisse ne se produit pas lorsque le sujet est seul, elle se produit quand il est en présence d’autres personnes humaines ; ce n’est que tout récemment qu’on remarqua le caractère maladif de certaines timidités. M. Ilartenberg a écrit sur ce point un livre intéressant. Tout en remarquant qu’il est juste de faire comme cet auteur une grande part aux troubles émotifs, nous crovons qu’il y a à relever d’autres faits encore dans la timidité et c’est sur ceux-là que nous insistons.

Cette dame, Vr..., âgée de 3o ans, qui vient demander un traitement de la timidité est un bon exemple pour montrer que la timidité est une maladie. Elle appartient à une famille où l’on compte un très grand nombre d’aliénés et de névropathes : un frère et une sœur du père sont morts fous, une tante maternelle est au moins bizarre. Vr... a eu elle-même de l’incontinence d’urine jusqu’à l’âge de 12 ans, elle a encore fréquemment des

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périodes de pollakyurie. C’est une aboulique et une scrupuleuse, autrefois il lui semblait qu’elle ne pouvait pas faire les actes à cause de leurs conséquences religieuses. Ces prétendues conséquences religieuses étaient fort vagues et le fait qui reste important est qu’à chaque instant elle se sentait incapable d’accomplir tel ou tel acte. Depuis qu’elle est mariée, elle fait quelques efforts pour agir et elle semble réussir à accomplir à peu près les actions lorsqu’elle est seule, mais dès qu’il y a quelques personnes qui la regardent elle ne peut plus ni marcher, ni parler, elle ne peut plus jouer du piano et cette incapacité s’accompagne d’une très violente émotion.

L’émotion fait évidemment partie de la timidité mais l’aboulie joue aussi un grand rôle. Pourquoi dire dans ce cas que c’est la peur de voir les hommes qui arrête l’action? Ne nous a-t-elle pas dit que ses actions avaient toujours été arrêtées par quelque chose et qu’elle restait autrefois des heures immobiles devant son piano sans pouvoir se décider à jouer une note, même quand elle était seule. Elle ajoutait, comme interprétation, que cet acte lui paraissait antireligieux, mais c’est là une explication après coup; la vérité c’est que son engourdissement cérébral la laissait dans les rêves et ne lui donnait pas une tension suffisante pour l’activité réelle. Maintenant elle joue du piano quand elle est seule, c’est un progrès; mais elle reste incapable d’en jouer quand il y a du public. Pourquoi dire que cette incapacité identique à la précédente a maintenant une cause toute différente? A notre avis l^acte n’est pas accompli quand il s’agit de le faire devant quelques personnes parce qu’il est alors plus difficile, comme nous l’avons montré souvent et il est toujours empêché par le même état d’aboulie. Quant à l’émotivité qui est réelle, c’est un phénomène de dérivation qui se surajoute. L’angoisse survient quand elle fait des efforts pour faire l’acte devenu impossible. Tous les timides vous diront qu’ils ont un moyen pour ne pas être émotionné par le public, c’est de rester parfaitement tranquille sans essayer de rien faire; c’est quand ils essayent de se lever, de parler, de marcher, de jouer du piano, que leur effort impuissant se dépense en phénomènes viscéraux.

Permettez-nous de vous lire un fragment de lettre d’une dame timide qui nous paraît bien se rendre compte de ce détail. « J’avais une timidité qui faisait mon désespoir, laquelle d’ailleurs n’a fait que s’accroître et a empoisonné toute ma vie. Outre les per-

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sonnes qui m’intimidaient par elles-mêmes sans que je puisse dire pourquoi, il suffisait que je fusse troublée une fois avec celles qui ne me gênaient pas habituellement pour que je ne puisse plus me retrouver en face d’elles sans malaise. Si je les voyais de loin, la seule pensée d’avoir à marcher devant elles me donnait des battements de cœur inouïs et me mettait tout le corps en transpiration. J’avais réussi dans mes études et je savais beaucoup de choses en théorie, j’aimais à me laisser aller à l’imagination et au raisonnement, mais je me voyais inhabile au travail dès qu’on me mettait aux prises avec la réalité parce que dans la réalité il y a des hommes et que je ne pouvais pas espérer un emploi où je serais toute seule sans avoir des rapports avec personne. Cette gêne que j’éprouvais devant la plupart des personnes allait jusqu’à me paralyser complètement. Une simple addition, je ne pouvais pas la faire et j’étais obligée d’être fausse pour marquer cette impuissance, de chercher des prétextes, de me dire malade, de casser mon crayon, d’aller chercher un canif et je m’efforcais de faire mon addition seule, à la dérobée, en m’efforçant de penser que c’était un devoir de classe, en m’efforçant d’oublier qu elle pouvait servir à quelques personnes. »

Nous sommes disposés à croire qu’ici comme toujours les phénomènes émotionnels jouent un rôle bien plus secondaire qu’on se l’était figuré; l’essentiel c’est la diminution de cette tension nerveuse et psychologique ; qui nous est nécessaire pour accomplir les actes réels et surtout pour accomplir les actes complexes comme les actes sociaux.

Observation 49- — Crises d’agitation et d’angoisse à propos de la fin de l’action et à propos du réveil. — Dermographie, crises d’agitation motrice, émotion, la cessation de l'action, crises pendant toute la nuit, le réveil angoissant, troubles de la respiration.

Cette malade Du..., âgée de 3o ans, ne laisse pas que de nous embarrasser beaucoup ; les phénomènes qu elle présente ne sont pas bien graves, mais ils se présentent dans des conditions singulières et le diagnostic, quoique probable, ne peut guère être fait avec une grande précision.

Voyez d’abord un petit phénomène bien connu mais qui est tou-

LES AGITATIONS ÉMOTIONNELLES DIFFUSES

jours curieux. Regardez sa poitrine (figure 6). Vous voyez qu’elle porte écrit sur sa peau avec une netteté admirable le mot Salpêtrière; tous les détails des lettres sont bien visibles. Ils ressortent en relief blanc sur fond rouge. Pour produire ce beau dessin il a sulli de passer tout à l’heure une pointe sur sa peau. Quelques

Fig. G. — Derruographique blanc crayeux sur fond rouge chez Dn...

instants après la peau a rougi, une élévation s’est faite à tous les points touchés, cette élévation a blanchi de manière à former le dessin que vous voyez; c’est le phénomène de la dermographie dont vous avez étudié un exemple dernièrement. Pour l’étude plus complète de ce phénomène bien bizarre je vous renverrai à un travail récent de M. Barthélemy (de Saint-Lazare): « Etude sur le dermographisme ou dermoneurose toxi-vasomotrice ».

L’auteur après un résumé historique intéressant sur les marques

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du diable a bien décrit le phénomène, son apparition, sa durée, ses relations avec les phénomènes nerveux et avec les intoxications. C’est un phénomène en somme voisin de 1 urticaire qui réclame la mêm<? thérapeutique, les mêmes précautions pour éviter les intoxications alimentaires, mais qui est encore plus en rapport avec l’émotivité et la névropathie. Ici, en effet, nous avons affaire à un état névropathique qui est également curieux.

Depuis son enfance, cette dame est sujette à de petites crises de nerfs dont nous ne déterminons pas encore la nature. Ces crises, qui ont commencé h l’àge de cinq ou six ans, ont un peu augmenté dans ces derniers temps, depuis son mariage. Malgré cette augmentation, ces crises sont extrêmement peu de choses et vous allez peut-être en voir un exemple devant vous. La malade se renverse un peu sur sa chaise, se plaint d’être mal à son aise et dit: « Je ' vais avoir ma crise. » Elle cesse de parler, fait quelques grimaces, quelques petites contorsions des membres sans secousses cloniques bien nettes et dit tranquillement: « C’est fini. » Elle n’a pas perdu conscience, elle s’est seulement sentie gênée pour parler, tiraillée, un peu contorsionnée. Quand la crise est un peu plus grave, il n’y a pas grand’chose de plus, mais à la fin elle crache de l’eau quelquefois teintée de sang. Elle perd quelquefois quelques gouttes d’urine, elle ne tombe pas : rien de plus.

Déjà cette description est un peu embarrassante, c’est bien peu pour une crise d’hystérie. Vous savez que l’hystérie est tapageuse; il faut se défier de ces petites histoires plus calmes, vraiment cela fait penser à l’épilepsie. Il est vrai qu’il n’y a rien de décisif : le sang qu’elle crache ne vient certainement pas de la langue qui n’a jamais été mordue. Il n’y a pas à proprement parler d'émission d’urine et il n’y a pas de perte de conscience, ce serait un petit mal tout à fait spécial sorte d’équivalent de l’accès remplacé par quelques tics comme cela est d’ailleurs bien connu. Mais nous n’affirmons rien parce qu’il nous reste à voir les conditions déterminantes de ses petites crises qui sont également bizarres.

D’abord, ces crises surviennent à propos de la moindre émotion, et c’est pourquoi nous disions qu’elle allait en avoir devant vous. C’est là un caractère banal qui s’accorderait plus avec l’hypothèse de l’hystérie qu’avec celle de l’épilepsie, mais ce ne sont là que les moins fréquentes des crises. Les crises se produisent bien plus fréquemment la nuit ou le matin au moment du réveil. Elle ne peut pas se réveiller sans une crise, sauf une ex-

LES AGITATIONS ÉMOTIONNELLES DIFFUSES

ception qu elle remarque et qui est singulière, c’est quand elle est réveillée par un rêve ou un cauchemar. Mais ce n’est pas seulement la fin du sommeil qui a cette propriété : quand elle est restée assise quelque temps et qu’elle veut se lever, il y a une attaque. Elle redoute les omnibus à ce propos car elle ne peut en descendre sans crise. Bien mieux, si elle marche longtemps, elle se porte très bien tant qu’elle continue à marcher; mais si elle s’arrête, encore une crise. Si elle travaille longtemps à la couture, au moment où elle s’arrête, survient une crise.

En un mot, les crises se produisent au moment où s’arrête une action prolongée principalement il y a le sommeil. C’est là un fait bien curieux pour la théorie de la volonté. Le plus souvent des troubles nerveux de ce genre apparaissent au début de l’action qui est comme vous le savez bien la partie la plus difficile de l’acte. On sait depuis longtemps que la cessation d’une action prolongée est, pour les volontés faibles, aussi difficile que le début d’une action nouvelle : ce petit accès qui survient toujours quand il s’agit d’arrêter une action apporte une preuve nouvelle de la vérité de cette remarque. Nous allons voir l’effet du bromure qui nous paraît tout indiqué pour modifier un état qui nous semble se rapprocher de l’épilepsie.

Nous vous représentons cette même malade, que vous n’avez pas vue depuis deux ans. Après avoir été un peu améliorée, elle nous a abandonnée et n'est plus venue nous voir. Cela ne lui a guère réussi, car son état, aujourd’hui, semble plutôt plus grave.

Cette pauvre femme est en ce moment tourmentée par des attaques dont la nature est bien singulière. Ce qui les caractérise, c’est qu’elles ne se produisent plus du tout ou très rarement dans la journée, qu’elles surviennent uniquement pendant la nuit, et qu’elles semblent être en relation très étroite avec le sommeil.

Voici comment les choses se passent toutes les nuits. Dn... se couche très fatiguée et avec le besoin de dormir; elle met quelque temps à s’assoupir et pendant celte première période, elle est très calme. Au bout de dix à quinze minutes, le sommeil vient profond, complet: à ce moment, elle se réveille en sursaut avec un sentiment de peur et une sensation d’étouffement. Instinctivement, elle se cramponne aux bords de son lit et tâche de se calmer, mais elle ne peut y parvenir ; elle sent l’étouffement augmenter, le cœur battre violemment; elle éprouve des contractions dans tous les

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