‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 49 sur 201 · IO · texte numérisé non relu

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LES l'HOftlES

à elle et quand elle se gratte sur le nez il lui semble qu’elle gratte dans un trou. Ces impressions bizarres l’étonnent, l’épouvantent, la font pleurer souvent et la rendent toute angoissée.

L’autre jeune femme, H..., a 32 ans, et depuis quatre ans elle souffre de la langue : « Sa langue est complètement déchirée ou bien elle est raide et dure, plus souvent elle est brûlée ». C’est perpétuellement la sensation d’avoir avalé du bouillon trop chaud ou d’être cautérisée par un fer rouge, la langue ne semble pas être naturelle, ne semble pas lui appartenir, ni lui obéir, surtout quand elle veut parler. Cette douleur très pénible et continuelle l’énerve, la préoccupe, l’empêche de faire son métier d'institutrice. Elle y pense tout le temps, ne peut s’en distraire et cela la rend triste et angoissée. Vous voyez que les symptômes ont beaucoup d’analogie chez les deux malades.

Voici maintenant une seconde ressemblance : non seulement les symptômes exprimés sont à peu près les mêmes, mais l’examen objectif donne chez toutes deux les mêmes résultats, c’est-à-dire qu’il est complètement négatif. D... est venue ici pour consulter M. Gellé parce qu elle supposait avoir dans la narine gauche une accumulation de pus; malgré un examen attentif des fosses nasales, M. Gellé n’a trouvé ni ulcération, ni pus, et il nous renvoie la malade en nous écrivant qu’elle n’a absolument rien d'appréciable. Il est vrai que beaucoup de médecins ont trouvé des choses très curieuses sur la langue de II..., puisque pendant des années ils lui ont pratiqué des cautérisations sur les « pointes des papilles ». Quant à nous, nous n’avons pas d’aussi bous yeux et nous ne voyons même pas les traces de ces absurdes cautérisations. La langue est un peu saburrale, c’est un point sur lequel nous reviendrons, mais il n’y a rien de plus et la bouche ne présente aucune inflammation. Donc chez les deux malades: symptômes identiques sans aucun signe objectif.

En troisième lieu les circonstances provocatrices ont été encore les mêmes. Chez D... il s’agit, comme nous l’avons vu souvent, d’un abandon. Elle avait un fiancé (?), paraît-il, qui la dominait et la dirigeait 1res sévèrement. D’un caractère obéissant et dévoué, elle aimait cette autorité ; elle commença à s’inquiéter il y a dix-huit mois à la pensée que ce fiancé allait se marier avec une autre et quand il la quitta, il y a un an, la maladie fut constituée. Chez l’autre malade, II..., il s’est passé quelque chose d analogue. Le père, homme très dur et violent, s’est fâché contre sa fille il

LES ALGIES DU NEZ Et DE LA LANGUE

y a quatre ans, l’a mise à la porte et l’a forcée à se diriger seule dans la vie; il est vrai que depuis cette époque elle est rentrée à la maison paternelle, mais son père lui parle peu et ne s’occupe pas d’elle. Donc chez les deux malades le début n’est provoqué par aucun incident local sur le nez ou sur la langue, mais par des causes émotionnelles générales et surtout par des abandons.

Enfin les antécédents sont du même genre : peu d’hérédité nette au moins en apparence, les parents simplement nerveux, le même caractère antérieur, triste, inquiet. « Je cherche toutes les raisonspour me tourmenter, » des idées de suicide, des besoins d’affection, une certaine émotivité sans raison, peu de volonté ; c’est au fond toujours la même chose.

Que sont donc en définitive ces maladies du nez et de la langue ? Des obsessions à forme de douleur ou plutôt d’angoisse, c’est-à-dire des algies chez des psychasthéniques. Le trouble de la langue a été l’objet d’études intéressantes. En i883, Albert, cité par Bernhardt, parle d’une névrose particulière de la langue ; Yerneuil, en 1887, insiste sur les malades qui ont ulcérations imaginaires de la langue, Fournier, Laborde, Hardy, Besnier, Pitres, Magitot ont insisté sur ce qu’ils appelaient la glossodynie dont ils donnaient diverses interprétations. Mais l’auteur qui a donné un tableau complet de l’affection est M. Galippe qui l’a étudiée sous ce titre : De l’obsession dentaire1. Il décrit les diverses obsessions et algies relatives à la bouche et surtout relatives aux dents. 11 y a deux ans nous vous avons montré successivement deux malades qui se faisaient arracher toutes les dents quoiqu’elles fussent saines2. Nous n’avions pas eu l’occasion de vous montrer l’algie localisée à la langue : ce cas est à ajouter à notre collection.

Quant aux algies du nez elles nous semblent avoir été moins étudiées. En effet, ces rougeurs du bout du nez et ces balafres de la racine donnent lieu d’ordinaire à une autre maladie mentale que cette fois vous connaissez bien : elles déterminent d’ordinaire l’éreutophobie et les malades n’osent pas se montrer en public en pensant à l’effet que la rougeur de leur nez produit sur les autres. Celle-ci pense à l’effet que la rougeur produit sur

1. Galippe, De l'obsession dentaire. Archives de Neurologie, janvier 1891.

a . Névroses et idées fixes, II, p. yy<5.

LES PHOBIES

son propre nez et elle construit une obsession hypocondriaque au lieu d’une obsession sociale.

Quant au mécanisme de ces algies, il est inutile d’y insister. L’inquiétude, l’angoisse, les sentiments de bizarrerie, d’engourdissement, d’abaissement de la personnalité déterminé par des émotions dépressives ont abouti à une localisation et à une justification apparente. D... avait le nez rouge des neurasthéniques, il est probable qu’elle s’en préoccupait déjà surtout quand il s’agissait de plaire à son fiancé; quand celui-ci l’a quittée, elle a rendu son malheureux nez responsable de son abandon. L autre malade, à la suite de ses émotions, a souffert de l’estomac, elle a eu la langue très saburrale, peut-être y a-t-elle eu des- aphtes, elle s’est beaucoup préoccupée de sa langue, de l’estomac; puis quand celui-ci s’est à peu près guéri elle a continué à faire attention à sa langue et à lui attribuer les angoisses et les sentiments d’étrangeté qu’elle ressentait.

Il y a d’abord un conseil pratique à donner à ces deux malades, c’est de renoncer définitivement aux traitements locaux. Il est navrant de penser que pendant des années cette pauvre femme a payé de jolies petites cautérisations au galvanocautère sur les papilles de sa langue et que l’autre veut essayer toutes sortes de traitements internes dans son nez. Ces traitements ne sont pas seulement inutiles, ils sont dangereux et ils continuent à fixer l’attention sur l’organe que l’on brûle, que l’on rend excitable. Donc en premier lieu ne plus jamais toucher ni à la langue ni au nez. Si cependant l’on voulait absolument faire un traitement, le diriger plutôt sur l’estomac dont le mauvais état joue un rôle dans les rougeurs de la face et dans l’état saburral de la langue : suivre un régime sévère indispensable à ces neurasthéniques, les purger très fréquemment, ce qui est le meilleur des désinfectants, ajouter l’hydrothérapie, les toniques généraux, si cela est possible une éducation de l’attention et vous aurez quelques chances s’il n’y a pas trop d’antécédents héréditaires de guérir le nez et la langue beaucoup mieux qu’avec des cautérisations.

Observation Gu. — Algie des yeux. — Obsession Je l’enfant, algie Je la matrice, sentiment J’èlrangelè dans la perception.

Cette jeune femme de ufi ans, Ria..., entre avec un grand ban-

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deau sur les yeux et avance comme une aveugle. Si nous lui enlevons son bandeau, elle fait force grimaces et gémit comme si elle souffrait beaucoup de ses yeux. Elle prétend en effet souffrir cruellement; dans son langage imagé elle raconte que Jésus- Christ sur la terre n’a pas souffert autant qu elle. Elle a importuné les cliniques d’oculistes et elle nous écrit maintenant des lettres absolument suppliantes en nous appelant ses bons docteurs.

Quelle est donc cette maladie des yeux si terrible ? Quand on insiste sur ce qu elle éprouve, on s’étonne de voir peu de phénomènes douloureux précis ; elle se plaint de voir des ombres sur les objets, de voir les lettres du journal plus longues qu’elles ne sont et un peu bizarres. Elle se plaint surtout de voir danser les objets qu’elle fixe. Tout cela n’est pas en soi-même bien douloureux, mais il paraît que cette impression de voir danser les objets s’accompagne d’idées, d’émotions tout à fait horribles. En un mot il y a des angoisses qui s’ajoutent à un phénomène oculaire : ceci déjà nous prévient que les troubles nerveux doivent être essentiels. L’examen de la vision confirme cette opinion : quand il s’agit de l’examiner la malade perd toutes ses craintes, d’ailleurs depuis que nous parlons d’elle, vous voyez qu’elle est très intéressée et qu’elle a oublié de baisser son bandeau. L’examen des yeux a été fait et refait par quatre ou cinq oculistes. 11 n’y a rien, absolument rien. Il n’y a même pas d’oscillations réelles du globe oculaire qui peut très bien fixer les objets. Un oculiste diagnostiquait « une asthénopie nerveuse », c’est même trop dire car il n’y a aucun trouble d’accommodation et il y a une vision parfaite même aux extrémités du champ visuel. 11 nous faut donc rechercher ailleurs que dans les yeux l’origine de ces souffrances et de ces angoisses.

Cette jeune femme a toujours été une nerveuse et une inquiète: à l’âge de vingt ans, elle est tombée entre les mains d’un personnage très enthousiaste d’hypnotisme qui l’a soumise à une série d’expériences principalement pour prendre des photographies pendant les poses cataleptiques. Cet hypnotisme constitue dans son histoire un détail assez particulier sur lequel nous reviendrons. A la suite de ces pratiques elle resta plus nerveuse et nous voyons survenir un premier accident, quand elle perdit son petit enfant. Elle est restée dix-huit mois obsédée par la mort de l’enfant, incapable de travailler, tourmentée par des regrets et des

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remords. A 22 ans elle se portait beaucoup mieux au moins de ce côté quand elle a commencé à souffrir de l’utérus, nous ne savons pas quelle était la nature de cette maladie qui aboutit l’année dernière à une opération chirurgicale. Y avait-il quelque chose de réel? Nous pouvons en douter un peu. Quoi qu’il en soit, cette opération chirurgicale la bouleversa encore et fut le point de départ des troubles actuels.

Obligée de rester étendue, elle se mit à lire beaucoup ; d’ailleurs quelque temps après l’opération elle ne pouvait rien faire d’autre étant devenue très fatiguée et très paresseuse : • Je n’avais de goût à rien, je ne pouvais pas travailler, je me trouvais drôle, je n’étais pas maîtresse de moi. » Vous voyez ces signes constants de l’aboulie, de l’abaissement du niveau mental avec sentiment d’étrangeté.

Comme elle ne faisait que lire des romans, le sentiment de fatigue de l’action, de gêne de l’attention et aussi le sentiment d’étrangeté de la perception se fixèrent sur la lecture, sur la fonction des yeux. Elle trouva qu’elle ne pouvait pas bien lire, qu elle ne pouvait pas bien fixer, que les lettres étaient drôles, trop longues, qu’elles dansaient devant elle. Comprenez notre interprétation et notre hypothèse, car nous avons souvent à vous parler de ces choses et dans notre première leçon de cette année, nous vous présentions un cas semblable. A notre avis il n’v avait pas de trouble des fonctions des yeux, il ne s’agissait pas de ces tics, de ces spasmes des muscles extérieurs ou du cristallin que l'on rencontre si souvent dans l’hystérie, il n’y avait même pas de névroses de l’œil, pas plus qu’il n’y en a maintenant. Le trouble était plus général et plus élevé, il était dans l’attention, dans la perception, dans la volonté, et la malade aurait dû se borner à dire, si elle avait voulu faire un cours de psychologie: « Je n'arrive plus à fixer mon attention, à comprendre en les synthétisant les lignes que je lis, je n’arrive plus à pousser mes perceptions jusqu’au sentiment de la réalité et c’est pour cela qu elles me paraissent étranges. » Mais cette femme n’avait pas à faire un cours de psychologie, elle exprimait à sa façon ce qu elle ressentait et, cherchant surtout à percevoir par la vue, elle disait : « Mes yeux voient mal, ils sont malades ». Vous vous souvenez d’avoir étudié une petite fillette épileptique qui éprouvant des sentiments analogues les traduisit en disant qu’elle était aveugle. L’angoisse qui se présente si facilement dans ces états de dépression, car elle est

LES ALGIES DES VEUX

comme une dérivation des efforts qui n’aboutissent pas à la perception, s’associait ainsi chez Ria... avec les fonctions visuelles.

Ajoutez que la pauvre femme fut au début très mal dirigée, comme il arrive presque toujours d’ailleurs. Il y a un an, on lui fit porter successivement des lunettes variées, on lui mit dans

l’œil des colivres au sulfate de zinc: une commère lui conseilla

l’eau sédative sur les tempes, et un pharmacien lui reprocha cette application et l’effraya en lui disant que cette eau était un caustique. Alors mille réflexions s’ajoutèrent à la première angoisse : « Il y a dans l’œil des nerfs si petits, j’y ai pu faire des trous avec l’eau sédative, je me suis abîmé les petites membranes des yeux ». Bientôt la manie d’interrogation et de rumination vient s’ajouter aux autres troubles. Depuis onze mois elle ne pense qu’à ses yeux et passe son temps ou à les cacher par des bandeaux épais ou à les regarder dans une glace.

Le diagnostic n’est plus douteux, ce n’est pas précisément de la photophophie, c’est une algie des yeux avec obsession de la cécité. Une petite difficulté seulement consiste dans l’interprétation des séances d’hypnotisme faites par M. X... quand cette jeune femme avait vingt ans. Cet hypnotisme, s’il a été réel, indiquerait une forte disposition à l’hystérie. Tous les accidents consécutifs n’ont rien d’hystériques et l’état psychasthénique qu’ils révèlent a un mécanisme un peu différent. Peut-être y a-t-il un peu d’association entre les deux névroses, peut-être aussi cet hypnotisme n’.était-il pas très sérieux. S’il existe encore, même à un faible degré, il servira à la guérison.

Observation 63. — Photophobie, algie des yeux. — Hypocondriaque, autoritaire , grande émotion, abaissement de la tension nerveuse.

Voici un petit fait sur lequel on ne peut guère insister longtemps, car nous ignorons encore trop de choses, niais il présente un problème assez curieux. Cette dame de 5q ans, Rs..., ne présente qu’un seul trouble que vous pouvez deviner en voyant sa figure ; elle contracte ses sourcils, ferme ses paupières convulsivement, met sa main devant ses yeux. Ce petit manège qu’elle fait encore dans la salle serait bien plus considérable si elle était au grand air, en pleine lumière. En un mot elle ne peut ouvrir

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les yeux au grand jour, elle redoute la lumière. Celle-ci la fait souffrir et détermine cette occlusion spasmodique des paupières. C’est en un mot un cas de photophobie.

Vous savez que ce symptôme est fréquent au cours de beaucoup de maladies des yeux et nous ne vous en parlerions pas s’il y avait une lésion du globe de l’œil qui explique cette crainte de la lumière. Mais depuis deux ans cette dame a été voir plusieurs oculistes, M. Chevallereau, M. Galezowski et d’autres. On a soumis ses yeux à l’examen le plus approfondi, jusqu’à présent on n’a rien trouvé du tout : ses deux yeux sont admirablement sains. Nous-mêmes nous avons recommencé cet examen sommairement et nous ne pouvons dire qu’une chose, c’est que tous les réflexes sont normaux, que le fond de l’œil ne présente aucune altération, que le champ visuel est parfait et ce qui est curieux que l’acuité visuelle est extrêmement forte. A cinq mètres, cette dame âgée lit les plus petites lettres du tableau.

Vous pouvez vous étonner qu’on ait pu faire cet examen puisqu’elle prétend ne pas pouvoir ouvrir les yeux. C’est que, quand on se livre à un examen de ses yeux, elle s’y prête merveilleusement. Les grandes lumières envoyées dans l’œil pour l’examen du réflexe sont admirablement supportées. Distraite par l’examen, elle n’a plus en réalité de photophobie. Il en est de même d’ailleurs quand elle cause avec quelque personne qui l’intéresse, quand elle mange, quand elle est distraite.

Ces caractères nous disposent donc à songer à quelque habitude bizarre. Cette supposition est confirmée parles circonstances dans lesquelles cet accident est survenu. La pauvre femme a du subir, il y a trois ans, la plus épouvantable des émotions. On lui a ramené subitement sa fille, âgée d’une vingtaine d'années, à demi brûlée par un incendie. Cette jeune femme vivait encore, on la veilla trois jours et elle mourut.

La pauvre mère fut très courageuse, paraît-il, supporta son malheur stoïquement et pleura même fort peu. Autant que possible elle cachait ses angoisses à cause du père et des autres enfants. C’est deux ou trois mois après qu’elle commence à se plaindre de la lumière. Elle avait l’habitude de lire au lit et a dû cesser parce que la lampe lui faisait mal. Bientôt le jour lui fit mal, elle tenait les yeux fermés. C’est là que commencent les examens des oculistes, toujours négatifs. Aujourd’hui après trois ans, la photophobie est devenue complète.

LES ALGIES DES YEUX

Ajoutez ce que nous savons sur l’état antérieur du caractère et vous comprendrez mieux l’action de cette terrible émotion. Rs... a toujours eu un état d’esprit quelque peu (anormal, elle était indécise, capricieuse et cependant autoritaire d’une manière invraisemblable. Elle a rendu très triste la vie de tous les siens par des exigences de tous les instants. Il fallait constamment que toutes les personnes environnantes fassent, disent et même pensent exactement comme elle. La contradiction ou mêmela moindre différence la mettaient dans un état de fureur et de désespoir et par tous les moyens, en suppliant et en menaçant, elle exigeait que tout le monde agît et pensât comme elle. Vous savez qu’à notre avis ce caractère autoritaire n’est qu’une forme de l’aboulie : les malades ne peuvent agir que dans des conditions spéciales et la première de ces conditions est la simplicité du milieu moral. Ils arrivent à la réaliser en exigeant que tous ceux qui les environnent agissent et pensent comme eux1.

Cette dame était en outre depuis longtemps une hypocondriaque : c’était un souci perpétuel de sa santé, des plaintes continuelles à propos de son estomac, de son ventre, de ses genoux, etc. Elle lisait sans cesse des livres de médecine et ce qui est plus grave elle inventait pour elle des médicaments qu’elle faisait réaliser par un de ses parents pharmacien. Enfin sa mère avait subi l’opération de la cataracte ce qui l’avait vivement impressionnée.

Elle se trouvait donc dans des conditions très favorables au développement d’une phobie quand est arrivé son grand malheur. Cette émotion terrible a encore abaissé sa tension nerveuse ; elle est devenue depuis ce moment plus indifférente, plus exigeante et plus acariâtre encore; elle souffre de maux de tête au front et au vertex. Elle est obsédée par la pensée de ses yeux, en parle sans cesse et réclame des traitements invraisemblables. Elle remarque elle-même que les excitations lui font du bien ; si elle est un peu amusée, si elle ressent une légère émotion, elle oublie ses yeux et retrouve la force de les ouvrir ; quand elle est engourdie elle y pense beaucoup plus et ne se sent pas capable ni de remuer ses paupières, ni de tourner les yeux, ni même de tourner le cou. D’ailleurs depuis qu’elle souffre ainsi des yeux, toutes les autres souffrances ont complètement disparu, jamais elle n’a aussi bien digéré et les rhumatismes des genoux n’existent plus, tout au plus

i. Cf. le premier volume de cet ouvrage, p. 293.

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