I.ES PHOBIKS
souffre-t-elle un peu de la face aux environs des yeux où il y a comme des tiraillements et de son nez qui est sec.
On peut se demander si, dans un cas semblable, le trouble cérébral ne se localise pas dans les centres de la vision; il est probable, en efFet, que les centres occipitaux sont troublés, mais ils ne se le sont que peu. Songez que la vision elle-même est parfaitement conservée, que nous n’observons aucune altération de la sensibilité tactile des régions intéressées. Nous croyons donc que le trouble des centres est secondaire à une fatigue générale du cerveau, a un abaissement total de la tension nerveuse qui par moment se localise sur les centres oceipitaux en rapport avec les souvenirs de la malade et ses associations d’idées.
Nous sommes inquiets pour l’avenir à cause de l’âge de la malade et des dispositions hypocondriaques qu elle a toujours eues. Mais d’une manière générale nous sommes loin de considérer une pareille maladie comme incurable. En tonifiant la malade, en excitant son système nerveux par divers procédés physiques, les frictions, le massage, l’électricité statique, quelques injections sous-cutanées de solutions salines on lui donnerait une tension plus élevée et on pourrait l’habituer à détourner son attention de ces troubles oculaires.
Observation 64. — Crises de photophobie. — Congestion de la conjonctive, larmoiement, hydrorrhèe nasale, herpès, action du bromure.
Aux confins de ces troubles mentaux que nous avons appelé des algies on peut placer des accidents plus graves et plus embarrassants où les troubles matériels et périphériques deviennent prépondérants. Ce jeune homme de 16 ans, Bry..., a comme la malade précédente de la photophobie ou, comme nous l’avons remarqué, de 1 algie des yeux. Mais son affection 11e se présente pas de la même manière : d’abord elle n’est pas continue et elle procède par crises, ensuite elle s'accompagne de troubles physiques considérables de la région des yeux et de la face.
Voici la description d’une de ces crises : ce jeune homme qui était bien portant éprouve dans la journée quelques troubles qui constituent des prodromes, ce sont des troubles digestifs, de la fatigue et quelques inquiétudes dans les yeux, lise couche et s’en-
LES ALGIES DES YEUX
dort profondément ; au milieu de la nuit, vers trois heures du matin, il est réveillé par une vive douleur aux yeux, il les entr 'ouvre s’il est dans l’obscurité, mais s’il y a de la lumière, il ne peut les tenir ouverts, la douleur devient atroce et les paupières se referment spasmodiquement. S’il tient les yeux fermés, la douleur diminue au bout de quelques minutes et il y a un calme relatif qui dure à peu près une demi-heure. Après ce repos la douleur vive et le spasme plus violent des paupières réapparaissent même s’il est resté immobile dans l’obscurité.
En même temps ses yeux se mettent à larmoyer et un écoulement d’eau considérable se fait parles narines; il trempe, dit-il, vingt-cinq mouchoirs. Quand on l’examine le matin, les paupières, le nez et les lèvres sont rouges, tuméfiés et luisants, les conjonctives sont injectées, la bouche elle-même est rouge, les gencives sont gonflées, les dents sont ébranlées et la langue est très saburrale. Cet état se prolonge pendant toute la journée, les douleurs aiguës ne revenant que toutes les demi-heures et ne durant - qu’une à deux minutes, mais la photophobie ne s’interrompant pas et le spasme douloureux survenant dès que le malade essaye d’ouvrir les yeux à la lumière. Vers le soir tous les symptômes s’atténuent, le malade est plus calme, il peut manger un peu dans l’intervalle des crises de douleur qui s’écartent, ce qu’il ne pouvait pas faire depuis le matin. Il peut un peu entr’ouvrir les yeux dans une demi-obscurité, enfin il se couche et s’endort tranquillement. Le lendemain matin, la crise est terminée, Bry... ne souffre plus et ouvre les yeux à la lumière, mais il a une poussée d’herpès sur les lèvres, sur les paupières et jusque sur la peau des sourcils, en quelques jours tout est terminé.
Nous avons réussi à faire venir le malade à l’hôpital un matin de crise et nous avons pu ajouter quelques renseignements aux observations précédentes. Ce que nous voulions surtout examiner c’est l’état de la sensibilité des régions pendant cette crise singulière.
Nous n’avons pu constater aucun trouble : la sensibilité de la peau de la face mesurée à l’eslhésiomètre aux joues, au nez, au front et même sur les paupières est restée évidemment normale. Au premier abord on croit à de 1 hyperesthésie, car le malade fuit l’instrument et crie facilement, mais il s’agit uniquement d’une émotion qui se calme vite et la sensibilité douloureuse se retrouve à un degré normal. Nous sommes même parvenus à
Ï.ES PHOBIES
examiner l’œil. En calmant le malade, en le rassurant nous sommes parvenus à lui faire ouvrir les yeux à une lumière modérée ; il a évidemment plus de peine à le faire que la malade précédente et il n’y parvient que peu d’instants. Au moment où l’œil s’ouvre, on voit que la conjonctive est injectée et que la pupille est dilatée. La pupille se rétrécit à la lumière et le réflexe lumineux est intact, peut-être la pupille reste-t-elle toujours un peu grande, mais nous n’avons pas pu employer de fortes lumières, le réflexe d’accommodation est également normal. Enfin la vision est bien conservée, le malade peut lire et l’acuité visuelle mesurée au tableau est de 8/10, la diminution tient évidemment à l’éclairage faible et aux larmes qui à chaque instant gênent la vision.
Telle est cette crise de photophobie avec congestion, larmoiement, hydrorrhée et éruption d’herpès. Voyons maintenant les divers renseignements que nous pu recueillir sur son apparition.
La mère du malade prétend que les crises ont commencé de très bonne heure, dès l’âge de un an. L’enfant tenait les yeux fermés et criait, les paupières devenaient rouges et tuméfiées, mais ces crises étaient rares, elles ne sont devenues régulières que vers l’âge de trois ans ; depuis elles n’ont jamais cessé que par courtes périodes. Au début les crises étaient plus courtes et plus violentes, l’enfant souffrait beaucoup des yeux et de la tète; maintenant les crises sont plus longues, elles durent toujours xuie journée, quinze ou seize heures, les souffrances sont moins vives et chose remarquable n’existent plus que dans les yeux et dans la face, le malade ne sent plus rien dans la tète, il n’y a plus de migraine proprement dite. Ces crises apparaissent en moyenne une fois par semaine, mais il y a une grande différence dans leur nombre suivant les saisons. Elles sont très fréquentes au printemps et à l’automne, où elles peuvent survenir tous les trois ou quatre jours, elles diminuent en hiver et surtout en été. Si l'été est chaud, si le sujet est à la campagne et surtout s'il se fatigue à des exercices physiques au grand air, les crises peuvent s’écarter beaucoup jusqu’à un mois d'intervalle et en outre elles sont beaucoup moins fortes. Diverses influences ont semblé agir sur leur apparition. Les indispositions physiques, une indigestion par exemple les amènent, il en est de même pour les fatigues. L’émotion a une action des plus nettes pour provoquer la crise ; dernièrement, pendant une bonne période, le départ de son frère
LES ALGIES DES YEUX
pour le service militaire a déterminé tout de suite des picotements dans les yeux, du larmoiement et la crise s’est développée complète dans la nuit suivante.
Enfin, nous devons vous indiquer l’état général sur lequel se greffent ces accidents. Le père était un grand alcoolique, la mère toujours très nerveuse a eu des attaques d’hystérie, l’enfanta une grande asymétrie de la face et, ce qui est surtout à remarquer, il a la peau couverte d’ichthyose sur les bras et sur les flancs. Dans l’intervalle de ses crises de photophobie c’est un garçon assez intelligent, calme, sans troubles intellectuels graves. Il est lent, paresseux et, de temps en temps, surtout dans la journée qui précède les crises, il se sent abattu, il éprouve ces sentiments d’étrangeté, de perte de sa personne dont nous avons vu l’importance.
Nous n’avons pas la prétention de vous donner l’interprétation complète de ces troubles. Il semble ici plus vraisemblable que dans les autres cas de faire jouer un rôle aux troubles du sympathique. Il semble en effet que la crise reproduit quelques-uns des phénomènes que l’on obtient par l’excitation du sympathique cervical, sauf l’exorbitisme cependant que nous ne notons pas; mais il est bien probable que ce trouble du sympathique n’est ni isolé, ni primitif. Il est probable que le cerveau doit jouer un rôle; les grandes douleurs de tête que l’enfant ressentait autrefois rapprochent cet accident des migraines ophtalmiques et, quoique nous ne puissions guère le démontrer, nous sommes disposés à faire jouer ce rôle aux centres de la vision comme dans les photophobies précédentes, seulement le trouble ne reste pas uniquement cortical, l’excitation se diffuse à des centres inférieurs et au sympathique. Enfin, il y a une assimilation qui s’impose, ces accidents comme ceux de la migraine ophtalmique sont voisins des phénomènes épileptiques; même dans l’épilepsie vraie vous observez de ces troubles vaso-moteurs et de ces poussées d’herpès consécutives aux accès ; ce rapprochement avec l’épilepsie s’ajoute à ceux que nous avons déjà été amenés à faire à propos de bien des phobies.
Il nous faut revenir sur ce cas intéressant pour vous indiquer les effets extrêmement remarquables d’un traitement. La plupart des traitements déjà tentés n’avaient donné aucun résultat, notre assimilation avec l’épilepsie nous conduisait à essayer l’action du