‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 57 sur 201 · LES PHOBIES DE LA DÉGLUTI TION · texte numérisé non relu

LES PHOBIES DE LA DÉGLUTI TION

actions où pouvaient se produire des suffocations et en particulier sur la déglutition. Ce temps de l’alimentation devint d’abord difficile, puis l’effort se dissipa en dérivations diverses. Ce furent d’abord toutes sortes de tics, de grimaces, de reniflements, de crachements au moment d’avaler. Enfin les angoisses devinrent énormes au moment où la déglutition devait s’effectuer. Pour les diminuer, la malade étudia sa déglutition et en arriva à cette résolution singulière, c’est qu’elle voulait continuer à respirer et à respirer fortement pendant qu’elle avalait, bien entendu elle n’y parvient pas.

Aussi voyez h quelle situation lamentable cette dame intelligente se trouve réduite depuis plus de six ans. Étendue sur une chaise longe qu’elle ne peut guère quitter à cause de son extrême faiblesse, elle passe ses journées à essayer de se nourrir un peu. Avec une toute petite cuiller elle avale goutte à goutte quelques jaunes d’œufs délayés dans un peu de jus de viande, elle dépense cinq ou six heures pour prendre deux ou trois jaunes d’œufs.

Il est intéressant de remarquer que cette malade n’arrive pas cependant à l’inanition complète. Les psychasthéniques ne meurent pas aussi facilement d’inanition que les anorexiques hystériques. QuandFok... a perdu unedizaine de kilogrammes de son poids déjà bien faible, elle mange un peu mieux et reprend quelque force. Puis la maladie peut recommencer sans trop de danger. Nous ferons plus tard la même remarque sur les délires des obsédés : ils s’arrêtent en général prudemment avant le délire complet et avant l’asile. Cela tient, croyons -nous, à un caractère de l’état d’esprit de ces malades : c’est qu’ils ne peuvent aller au bout de rien, qu’ils ne peuvent rien terminer. La mort véritable, le suicide réel demande une résolution ou une conviction dans le délire qu’ils n’ont pas. Quand ils s’effrayent réellement de la mort prochaine, ilsse modifient de plusieurs façons. L’attention se détournant de la déglutition, celle-ci devient plus facile et peut être accomplie malgré l’aboulie ; il n’y a plus ces dérivations qui constituaient l’angoisse et l’alimentation se fait de mieux en mieux. L’amélioration se fait encore par un autre mécanisme : les émotions, cela est très curieux, ont chez ces malades une action excitante et relèvent le niveau mental. Quand ils ont peur de la mort, ils deviennent plus forts et peuvent accomplir des actes plus difficiles. Cela contribue encore à faire disparaître leurs angoisses de déglutition.

LES PHOBIES

Il ne faudrait cependant pas se fier à ce mécanisme naturel de la guérison par excès du mal. Les psychasthéniques ne se tuent guère en le faisant exprès, mais ils arrivent à se faire mourir sans s’en apercevoir et ils sont les premiers surpris de ce qui arrive. De tels affaiblissements sont très dangereux et permettent le développement de toutes les maladies. Aussi est-il bon de chercher à les effrayer, de les ramener à la réalité par tous les moyens, de diriger leur attention pour détourner le plus tôt possible cette angoisse qui est particulièrement dangereuse.

Observation 70. — Phobie de la déglutition. — Dyspepsie acide, maladie de Reichmann, phobie de la déglutition.

Vous remarquez que cet homme de 4o ans, Les..., marche à petits pas, et qu’il paraît très faible ; vous remarquez aussi son teint pale et sa très mauvaise mine. Son aspect était si mauvais, son teint si jaune, surtout il y a huit jours, car il est déjà un peu mieux, que nous avions tout d’abord pensé à l’existence d’une tumeur. Nous avons été heureux d’apprendre qu’un examen chirurgical avait été pratiqué à ce point de vue par M. Tuilier, et qu'il avait été absolument négatif. En réalité, cet aspect maladif provient en partie de ce que son estomac digère mal, et en majeure partie de ce que le malade ne mange pas suffisamment.

Voyons d’abord le premier point qui nous intéresse le moins ici, le trouble de l’estomac; le.malade ne souffre pas dans l’estomac au moment où il mange, au contraire il est plutôt soulagé par l’alimentation. Mais deux heures après, l’épigastre se gonfle, le malade sent des gaz qui s’agitent, qui montent, qui descendent. Les douleurs commencent horriblement pénibles : « Cela me ronge, me brûle, m’étouffe, un poids me serre en travers de la poitrine. » Ces douleurs durent plusieurs heures, jusqu’au repas suivant, souvent toute la nuit : le premier symptôme est donc constitué par des crises de douleurs gastriques tardives, survenant quelque temps après le repas.

Parmi les autres symptômes relatifs à l’estomac, nous remarquerons que la région épigastrique est sensible à la pression, le creux épigastrique est ballonné. L'estomac est distendu et l’on perçoit très facilement le clapotage classique; il nous semble qu’il y a un peu d’augmentation du volume du foie, qui en tous

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