I.ES PHOBIES
faire un rot entre chaque petite bouchée, toujours pour assurer sa respiration.
Vous remarquerez qu’il y a ici à propos de la déglutition et à propos de l’œsophage, trois maladies, ou plutôt trois symptômes qui sont très voisins : x° Les dysesthésies, douleurs bizarres ou sensations de boule, de marron, etc. ; 2° les spasmes qui siègent à diverses hauteurs de l’œsophage; 3° les phobies de déglutition dont nous vous citons des exemples. Les trois phénomènes amènent le même résultat : il ne faut pas les confondre avec les anorexies qui arrivent au même résultat par un autre mécanisme. Ces trois phénomènes dépendent d’une fixité maladive de l’attention sur les sensations qui proviennent du pharynx; on peut dire si vous voulez, qu’il y a un trouble dans la circulation ou dans le fonctionnement du centre cortical du pharynx. Ce langage n’ajoute pas grand cliose à nos connaissances précises.
Ce qui est plus intéressant, c’est d’abord de remarquer l’association de cette phobie avec la maladie de l’estomac. 11 serait très commode de pouvoir dire que la phobie en résulte : le malade aurait souffert de l’estomac, ensuite les toxines fabriquées dans l’estomac auraient influencé son cerveau, enfin, il aurait craint de manger. Malheureusement, il est absolument certain que la préoccupation du pharynx, la phobie de déglutition, a précédé de plus de six mois la maladie d’estomac. C’est la même dysesthésie, le même spasme qui a peu à peu envahi l’estomac et le pylore comme le pharynx. Il est intéressant de remarquer aussi que cet homme ressemble, par toute sa vie antérieure, à tous nos malades obsédés, c’est un inquiet, un agité, un scrupuleux. A une époque où il avait beaucoup d’ennuis, une petite gène dans la gorge, un grattement qu’il éprouvait, a été le point de départ de toute cette histoire.
Nous traitons un peu sa maladie d’estomac par le régime, les alcalins, le carbonate de chaux plutôt que le bicarbonate de soude, pris deux heures après le repas, et nous espérons qu en souffrant moins de l’estomac, il pourra se rassurer et manger avec moins de précaution.
Observation 71. — Phobie de la défécation.
Voici une phobie singulière sur laquelle il n’y a pas lieu d’in-
LES PHOBIES GÉNITALES
sister, il vous suffit d’en constater la possibilité. Cette femme de
35 ans, Hil , a toujours été une timide, une inquiète, une
grande aboulique. Elle a eu et elle a encore des tics divers : elle tord son cou à droite et h gauche; cela est, paraît-il, nécessaire pour lui permettre de digérer. Elle a eu des phobies d’alimentation, de déglutition, etc. Mais depuis quelque temps la phobie s’est localisée sur un autre point. Elle a eu, il y a six mois, des coliques et des diarrhées causées, dit-elle, par une émotion en rencontrant un aliéné, c’est possible. Elle a souffert en allant h la selle, elle s’est impressionnée à la pensée de perdre ainsi trop vite ses aliments, enfin elle a associé son angoisse avec l’acte de la défécation. Vous ne pouvez vous figurer les scènes bizarres que produit une phobie semblable. Elle souffre du besoin d’aller à la selle, elle le dit à tout venant, elle aspire à la délivrance ; mais dès qu’elle se lève pour aller aux cabinets, elle a des terreurs, des angoisses et elle se rasseoit. Toute la famille en pleurs la supplie de vouloir bien aller aux cabinets, le mari l’y porte dans ses bras, il reste auprès d’elle et l’on réussit quelquefois à obtenir au milieu des contorsions et des cris de terreur, le résultat souhaité. Il sera peut-être nécessaire d’isoler celte malade de sa famille, qu’elle a pris l’habitude de tourmenter : une discipline un peu plus sérieuse nous parait nécessaire.
Observation 72. — Phobie génitale. — Incontinence d'urine, masturbation, impuissance, angoisse.
Vous connaissez les algies génito-urinaires qui sont si banales ; il est évident qu’il suffit d’une légère transformation dans les sentiments ou les idées du malade pour qu’il y ait plutôt une phobie de ces fonctions. Rien n’est plus fréquent que les phobies génitales, elles jouent souvent un grand rôle pour le plus grand malheur des jeunes ménages.
Voici un pauvre homme de 32 ans, Tnd..., qui a envie de se marier, et qui songe avec juste raison qu’il ferait bien de se guérir au préalable d’une singulière maladie qui ne serait pas très agréable en ménage. Sa mère avait des attaques d’hystérie, une de ses sœurs estime obsédée. 11 eut de l’incontinence d’urine nocturne jusqu’à l’âge de 1 1\ ans ; il abusa de la masturbation jusqu’à l’âge de 25 ans. Remarquez la similitude des antécédents
LES PHOBIES
dans ces phobies avec ceux que nous avons observé dans les algies urinaires, ce sont des troubles du même genre chez des malades cjui ont toute leur vie une évolution spéciale.
Tnd... ressentit bientôt une foule de troubles qui augmentèrent surtout après son retour du service militaire : « Je ne pouvais pas travailler parce que je ne pouvais pas faire attention, je n’avais plus de mémoire du tout, je ne pouvais pas me rappeler ce que j’avais fait la veille ; il m’était impossible, malgré mes efforts, de penser à une chose déterminée, ma tête pensait toujours vaguement à une foule de choses étrangères. » D’après quelques conseils, il se mit en tête, non sans quelque apparence de raison, que beaucoup de ces troubles étaient en rapport avec la masturbation, il voulut essayer de se guérir, et il résolut d’avoir avec les femmes des rapports normaux.
Ce fut une grave résolution à laquelle s’opposait sa timidité naturelle et un sentiment de pudeur tout à fait étrange. Remarquez, en effet, que nos psychasthéniques, hommes et femmes, présentent souvent une pudeur énorme : sans doute ce n’est pas un grand mal, quoique, même pour la vertu, il ne faille pas d’excès. Cette pudeur nous paraît être en rapport avec un défaut d'énergie, une crainte des relations sociales, une terreur de l’autre sexe, une épouvante à la pensée des conséquences de l’acte et d’une famille possible. Il y a là un signe d’impuissance morale excessivement intéressant. Cette impuissance morale va très souvent avec l’impuissance physique, c’est ce qui est arrivé à ce pauvre garçon. Il s’était résolu à cette tentative pour se guérir de la masturbation et pour sauver sa santé. 11 n’avait pas l’excitation nécessaire, au moment du coït ; il se sentit gêné, honteux, il voulut aller au delà, ses efforts amenèrent comme dérivation une angoisse qui le fit horriblement souffrir. Il a recommencé plusieurs fois cette tentative malheureuse, toujours avec le même résultat et avec une angoisse croissante ; maintenant il lui suflit de penser aux rapports avec une femme pour avoir une crise d’angoisse. Ce qui l’étonne le plus, dit-il, c’est qu’il se trouve très normal dans la masturbation et tout à fait froid et impuissant près d’une femme. Voici encore un exemple curieux de cette différence sur laquelle nous insistions tant entre l’acte solitaire et l’acte social. Que voulez-vous mon garçon, ce n’est pas absolument la même chose dans les deux cas que vous comparez, l’un est beaucoup plus simple que l’autre.