‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 68 sur 201 · LES PHOBIES DES SITUATIONS · texte numérisé non relu

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tendances automatiques. La fatigue causée par ces abus, et peutêtre aussi les réflexions qu’il vient de vous indiquer lui donnèrent de bonne heure, dès l’âge de 18 ans, de grandes inquiétudes sur sa santé : il avait à chaque instant la crainte de mourir. Cette crainte fréquente chez les psychasthéniques est en rapport avec les sentiments de faiblesse, d’insuffisance, d’incomplétude qui sont à notre avis l’un des phénomènes les plus importants du début. C’est une interprétation simple d’un sentiment vrai, celui d’abaissement de la tension nerveuse. L’abaissement du niveau mental supprime déjà par lui-même les fonctions du réel, et la volonté. Quand cet abaissement est senti par les sujets, ceux-ci osent encore moins agir, car il y a des dérivations émotionnelles qui viennent augmenter leur aboulie.

Notre malade devenait donc de plus en plus incapable d’agir et surtout d’agir seul : il fallait qu’il fût constamment dirigé, aidé et défendu. Ainsi, il ne pouvait rester seul dans une chambre, il se sentait abandonné et vite il sortait à la recherche d’un défenseur: il a toujours fallu que quelqu’un couchât dans sa chambre. Cette protection perpétuelle, il l’exigeait d’une manière extrêmement violente, se montrant colère et méchant si on ne semblait pas s’occuper assez de lui. La pauvre femme qu’il a épousée et qui depuis trente ans se charge avec dévouement de sa direction, nous dit qu’il montre vis-à-vis d’elle une énergie étrange pour l’accaparer, pour exiger ses soins continuels. « C’est d’autant plus étrange, ajoute-t-elle, que c’est en réalité un homme qui manque totalement d’énergie. » Sa remarque nous intéresse, elle soulève le problème des autoritaires. Quand ceux-ci se montrent ainsi violents et énergiques, c’est qu’ils ont l’énergie du noyé qui se raccroche à une branche ; plus ces malades se sentent impuissants à vivre, plus ils dépensent leurs dernières forces pour exiger la protection sans laquelle ils ne subsisteraient pas; c’est au fond une dernière manifestation de l’instinct vital.

Vers l’âge de 25 ans commença ce qu’il appelle lui-même « l’affaire des espaces ». Il traversait seul, notez-le bien, la place de la Concorde, quand il éprouva un sentiment bizarre qui ressemblait à une crainte ; il avait une respiration rapide et se sentait comme suffoqué, son cœur battait violemment et ses jambes étaient molles comme à demi paralysées ; il ne pouvait plus avancer ni reculer, il lui fallut un grand effort pour parvenir tout en sueur à l’autre bout de la place. Dès ce premier incident, il prit

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en gi’ippc la place de la Concorde et décida qu’il ne s’y risquerait plus tout seul. Mais quelque temps après, la même sensation d’angoisse se reproduisit sur le pont des Invalides, puis dans une rue qui était cependant étroite, mais qui semblait longue et qui descendait un peu fortement.

C’est h ce moment qu’il alla consulter Legrand du Saulle: celui-ci le présenta comme un type d’agoraphobie et le traita parles douches et le bromure à la dose de 4 et 5 grammes par jour. Il paraît que Legrand du Saulle avait pris une grande influence sur lui, qu’il le malmenait et le secouait fortement. Le malade était toujours beaucoup mieux pendant une dizaine de jours après sa visite h l’hôpital.

Cependant la maladie ne s’est pas guérie, elle a continué à se développer lentement. L’angoisse qu’il éprouve, quand il lui faut s’aventurer seul sur une place un peu étendue, est telle qu'il est devenu incapable de la surmonter et qu’il ne parvient plus à traverser la place. Il y a une dizaine d’années on l’avait chargé de reconduire chez elle une jeune fille. Tant qu’il fut avec elle, tout alla bien ; mais quand elle l’eut quitté, il ne sut plus comment rentrer. Au bout de cinq heures, voyant que la nuit s’avançait, que la pluie tombait et qu’il ne rentrait pas, sa femme inquiète partit à sa recherche ; elle le trouva tout blême et grelottant au bord de la place des Invalides qu’il avait été incapable de franchir.

Depuis cette expérience fâcheuse on ne le laisse plus sortir seul : c’est d’ailleurs tout ce qu’il désirait, aussi ses crises restent-elles avortées. Quand il approche d’une place, il se secoue, il respire péniblement, il a des tics et il répète cette phrase absurde : « Maman, ratan, bibi, bitaquo, je vais mourir. » Il faut que sa femme le tienne fortement par le bras, il se calme alors et traverse la place sans trop d’incidents. Il faut maintenant qu’elle l’accompagne partout, même quand il va aux cabinets. Quand elle parvient à l’encourager et surtout à le faire travailler un peu, il est beaucoup mieux; la pauvre femme a trouvé elle-même le meilleur traitement.

Observation 86. — Agoraphobie. — Retraite complète, angoisse morale, chute du niveau mental, sentiments d'étrangeté, d’automatisme, émotions et aboulie.

Voici un cas très remarquable d’agoraphobie sous une forme

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