‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 69 sur 201 · L'AGORAPHOBIE · texte numérisé non relu

L'AGORAPHOBIE

un peu spéciale; nous l’avons longuement étudié et nous désirons y insister devant vous, pour vous montrer un aspect particulier de l’angoisse extrêmement instructif.

Cette jeune femme de 33 ans, Dob..., fille d’une mère qui avait déjà l’obsession de la jalousie, est malade depuis son enfance et toujours de la même manière. Ce qu’elle a toujours eu, si on considère les choses superficiellement, c’est une terreur de la rue. Ce ne sont pas précisément les grandes places qui l’effrayent le plus, ce sont les rues fréquentées où il passe beaucoup de monde et qui sont loin d’une maison amie où elle puisse se réfugier, mais le résultat est cependant le même. Peu à peu elle en est venue à ne plus oser sortir, elle a dû renoncer à une carrière où elle réussissait, elle a dû s’isoler peu à peu de toutes ses relations. Même pendant les vacances à la campagne, quand sa famille sort pour se promener, elle n’ose pas l’accompagner et reste tristement à la maison. Elle en arrive à un morne désespoir: « Oui je suis lasse de lutter, et contre quoi, contre un je ne sais quoi, contre un rêve, contre quelque chose qui est plus terrible que la plus terrible des réalités... décidément je n’ai plus une parcelle de volonté; ainsi qu’une épave battue par les flots ma misérable tête est ballottée par les idées morbides qu elle enfante elle-même et qui l’affolent littéralement. »

Cherchons donc à comprendre ce qui se passe quand elle est ainsi dans la rue, ce qui depuis vingt ans a complètement perdu l’existence d’une personne d’ailleurs intelligente et bien douée. Quand elle est sortie, qu’elle se sent dans la rue, seule, exposée aux regards, il se passe quelque chose dans sa tête : « Un mal tout spécial, qui me dessèche le cerveau, comme si le vide s’y faisait, le mal est surtout en arrière. » Elle désigne le point Lambda, à la réunion de l’occipital et des pariétaux. Cette douleur ne serait rien si elle ne s’accompagnait d’autres phénomènes physiologiques et psychologiques. Les premiers nous sont bien connus et ils sont d’ailleurs peu importants, c’est l’étouffement, le gonflement de l’estomac, la sensation de coliques abdominales.

Ces faits n’occupent pas ici la place qu’ils ont chez d’autres agoraphobes : l’angoisse est ici très peu physique, elle est surtout morale. Uya d’abord une modification de la perception. « Je perçois Lout d’un coup les choses à travers un voile qui les change complètement; les choses me paraissent extraordinaires, étranges. » Ce sentiment d’étrangeté s’applique aussi à elle-même, le son de sa

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