‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 75 sur 201 · AGORA PHOBIE · texte numérisé non relu

AGORA PHOBIE

l’isolement : les psychasthéniques aiment beaucoup les symboles, quelques-uns d’entre eux ont une véritable manie de tout symbolyser et beaucoup de leurs obsessions ne sont que des symboles. Dans ce cas, comme dans le précédent, l’agoraphobie se développe à la manière d’une manie du symbole et le fond de la maladie est une souffrance causée par le manque de direction.

11 est probable que cette maladie développée de cette manière pourra se guérir facilement. Que le mari essaie de diriger un peu plus l’esprit de sa femme, de se faire craindre un peu comme elle le désire, qu’il lui donne l’impression que, même quand elle est seule, elle est sous la direction morale de quelqu’un, que ses actions, ses marches dans la rue sont réglées d’avance par quelqu’un et il est probable que ces angoisses dans la rue disparaîtront.

Nous vous signalons chez la même malade un autre trouble curieux, c’est la boulimie. Elle prétend avoir continuellement une faim dévorante et elle absorbe de gros morceaux de pain à chaque moment « pour se donner du courage ». Il nous semble que cette sensation de faim est en rapport étroit avec le sentiment de la faiblesse, avec le sentiment d’incomplétude. Quand la malade est bien calme chez elle, qu’on la laisse rêver sans lui demander aucun effort, elle oublie cet appétit singulier et ne réclame rien en dehors des repas. Mais, nous avons vérifié le fait pendant son séjour à l’hôpital, il suffit de la tirer de son calme, de lui demander un travail, un effort et surtout un effort pour sortir : la malade prétend tout de suite qu’elle meurt de faim, qu’elle va se trouver mal si elle ne mange pas un gros morceau de pain. La boni imie est ici une expression singulière de l’aboulie et surtout du sentiment de faiblesse, d’insuffisance qui l’accompagne.

Observations 90, 91, 92. — Agoraphobies à la suite d’accidents.

Nous venons de voir deux formes assez différentes d’agoraphobies. Dans la première, l’état de dépression angoissante est en rapport avec la timidité et ce que les malades redoutent c’est le monde de la rue. Dans la seconde, le même phénomène est en rapport avec le besoin de direction et ce qui est redouté c’est l’isolement de la rue. Il nous semble qu’il existe une troisième forme de la même affection : l’agoraphobie résulte d’un accident

l.F.S IMIOHIKS

qui est arrivé dans la rue et ce que les malades craignent ce sont les dangers de la rue.

Cet homme de 34 ans, Gaq..., est cocher de son métier et il en résulte que son agoraphobie n’est pas banale : tant qu’il est sur son siège, il est parfaitement rassuré et conduit sa voiture partout où on le désire ; mais des qu'il devient simple piéton, il perd cette belle assurance et il ne marche qu’en longeant les murs et en tremblant. Pour rien au monde il ne consentirait à quitter l’abri tutélaire du trottoir et à traverser la chaussée. Dès qu’il essaie d’approcher du bord du trottoir il titube, il est haletant et couvert de sueur, et il se hâte de reculer contre le mur. C’est donc l’agoraphobie typique avec angoisse viscérale.

Voici comment elle s’est développée : le père, grand alcoolique, est mort de delirium à Villejuif. Notre malade a toujours été aboulique, scrupuleux et impressionnable, il était facilement inquiet, ne pouvait fixer son attention sur le présent, mais rêvait toujours à ce qui pourrait arriver dans un avenir lointain. Il se laissait facilement aller à boire, ce qui n’est pas rare chez nos abouliques, car cela leur procure une excitation passagère. Peutêtre après avoir bu un peu trop, il eut dans la rue, vers Page de 28 ans, un petit étourdissement : il sentit ses jambes flageolantes se dérober sous lui et il se laissa tomber assis par terre. Cet accident l’impressionna, et il se mit à surveiller ses jambes, et à ne plus avoir confiance en elles, surtout dans les passages difficiles sur la chaussée, où l’on risque d’être écrasé : son métier de cocher ne lui inspirait aucune confiance en ses confrères. Cependant il n’y avait pas encore d’angoisse proprement dite, d’agoraphobie, c’était seulement une marche devenue attentive au lieu d’être automatique.

Quelques mois après, il lui arriva une triste aventure : il était fiancé avec une jeune fille qu’il aimait beaucoup et celle-ci mourut huit jours avant le mariage. Ce second choc détermina la maladie; vous remarquez qu’il a fallu deux émotions successives pour amener l’obsession, c’est là un fait très fréquent et il semble que dans des cas de ce genre les deux émotions 11’ont pas le même rôle1. La seconde émotion, dans ce cas celle de la mort de la fiancée, semble avoir réalisé l'abaissement mental qui permettait la formation des angoisses. La première émotion, celle de la

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