‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 79 sur 201 · LES TICS ET L’AGITATION MOTRICE · texte numérisé non relu

LES TICS ET L’AGITATION MOTRICE

sition de la maladie des tics et du délire du scrupule ? Mais les tics eux-mêmes se rattachent très étroitement à des manies mentales. Cette façon de vérifier, par un petit geste physique, s’il a mal à la tête ou si son col est bien mis se rattache étroitement aux manies de vérification et de précision. Pourquoi donc après avoir vérifié une fois ne s’arrête-t-il pas, si ce n’est parce qu’il n’est jamais satisfait de sa vérification, parce qu’il doute toujours. Le tic a donc ici sa source dans la manie du doute, c’est une simple forme de la même maladie mentale.

Ajoutez que ce garçon est un aboulique, qu’il n’ose prendre aucune décision même pour la couleur d’un pantalon, que c’est un paresseux, un distrait, plein de bonnes intentions, mais qui ne fait rien. Ajoutez qu’il a fréquemment mal à l’estomac, mal à la tête, que c’est un neurasthénique. Enfin ajoutez que le grand-père s’est suicidé, que le père est un hypocondriaque, qu’une tante maternelle est épileptique et nous croyons que vous n’aurez pas de peine à admettre avec nous que ce cas de tics ne doit pas former une maladie à part mais se rattache aux psychasthéniques que vous connaissez.

Le traitement en dehors des mesures générales d’hygiène que nous appliquons à tous les psychasthéniques a consisté dans une rééducation de l’attention et de la volonté motrices. Dans des séances régulières, trois fois par semaine, nous le faisions rester immobile devant nous. Il devait se surveiller, arrêter le mouvement de sa tète pendant que nous comptions dix, vingt et bientôt cent. Il devait faire avec attention des mouvements du cou, les répéter régulièrement pendant un quart d’heure, etc. Ces exercices ont supprimé le tic du mouvement au bout de trois mois, mais les manies mentales subsistent et il est bien probable qu’elles vont faire naître d’autres tics ou donner naissance à d’autres phénomènes psychasthéniques.

Observation 99. — Tics, agitation motrice. — Amour des animaux, phobies, manies mentales, algies, hérédité.

Voici une fillette de i3 ans, Iio..., sur laquelle nous pouvons répéter les mêmes remarques que sur le malade précédent. Au premier abord c’est simplement une tiqueuse : quelques-uns de

LES TICS

ses tics sont vulgaires, elle met ses doigts dans son nez, elle ronge ses ongles jusqu’au sang; depuis quelque temps elle y ajoute un mouvement plus singulier, elle a une secousse latérale des hanches de manière que son ventre frotte contre sa robe, cette secousse se répète toutes les cinq minutes, elle alterne avec la morsure des ongles. La mère se désespère de ne pouvoir arrêter ces tics, mais la petite prétend qu’elle a besoin de les faire, elle sent « comme une peur, un sentiment qu’il lui arrivera malheur, si elle ne les fait pas, il lui semble, dit-elle, que c’est comme un devoir de les faire ». Vous reconnaissez ici le fameux sentiment d’obligation, d’irrésistibilité des scrupuleux qui ont des manies mentales. C’est, remarquons-le en passant, ce sentiment subjectif d’obligation des malades qui a conduit les aliénistes à appeler ces phénomènes irrésistibles. Ce tic rentre sinon dans les Zwangsvorstellungen de Westphall au moins dans les Zwangsprocessus de Meschede.

Aussi ne serez-vous pas étonnés de constater qu’il y a chez cette enfant bien d’autres troubles pathologiques de l’esprit. Elle a des amours passionnés pour certaines personnes qui doivent la diriger constamment. ou même pour certains animaux qui lui servent de fétiches; elle pleure et se désespère, elle déclare qu’elle se sent poussée à mourir aussi quand on tue devant elle une mouche ou une araignée. Elle a par moments des refus d’aliments, par crainte d’engraisser, par crainte de grandir ; elle a la manie des mesures et des nombres et depuis six mois elle ne consentirait jamais à mettre un vêtement avant de savoir parfaitement sa longueur et sa largeur en centimètres et de les avoir vérifiées elle-même, etc.

Nous n’insistons que sur un trouble, sur son agitation motrice à l’école, c’est là un trouble fréquent chez ces enfants dont nous vous parlions dernièrement chez qui l’attention amène des mouvements incoordonnés. Elle est très intelligente, elle sait une foule de choses, elle a même une raison et un bon sens qui sont plutôt trop précoces ; mais elle ne peut pas fixer son attention plus de quelques minutes de suite. Au bout de ces quelques minutes elle ne comprend plus, ne peut plus écouter et, si elle essaie d'insister, elle se contorsionne, grimace et pousse même de petits cris. La maîtresse d’école, qui n’est pas forcée de connaître les maladies mentales, la punissait et a fini par la renvoyer. Nous connaissons déjà ce fait et nous l’avions considéré comme une dérivation causée par l’impossibilité d’arriver à une tension nerveuse suffisante.

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