LES TICS ET L’ATTENTION
Eh bien, ce fait se rapproche singulièrement à notre avis des tics qui ne sont en somme qu’une forme systématique de cette même agitation motrice. Les tics se produisent dans les mêmes conditions ; tout le monde sait que les enfants se mettent toujours les doigts dans le nez, rongent leurs ongles, font leurs clignements d’yeux quand ils essayent de faire attention au delà de leurs forces : c’est pendant les leçons à l’école que tous ces tics se développent le plus. Cette fillette nous dira elle-même, comme le petit malade précédent, que les tics viennent quand elle veut faire un effort de volonté ou quand elle commence une émotion qui d’ailleurs ne se termine pas et se résoud en tics.
Il nous semble donc que le caractère irrésistible du tic tient en somme à l’aboulie du sujet qui ne peut pas pousser à bout une action importante qu’il voudrait faire. Quant à la forme particulière du tic qui remplace l’agitation incoordonnée, elle est la manifestation d’une tendance naturelle du sujet, besoin de vérifier, crainte des présages, etc., qui a été précisée par tel ou tel événement. Cette enfant en particulier s’est préoccupée de son ventre, ne cherchons pas trop loin pourquoi : c’est parce que les poils poussent au pubis et que la puberté se prépare. Ajoutez-y son besoin de vérifier, son inquiétude et l’agitation va se transformer en un petit mouvement du ventre.
Vous ne serez pas surpris d’apprendre que la grand’mère est enfermée dans un asile à cause de son délire de persécution, que la mère est une obsédée qui a des algies de la vessie et que nous aurons à étudier un de ces jours. La prédisposition héréditaire, la préparation de la puberté, en voilà assez pour produire l’abaissement de la tension nerveuse, l’aboulie, les dérivations dont ces tics sont la conséquence. Soignez la santé physique, donnez un peu de fer à cette enfant, tâchez de faciliter la puberté et évitez les fatigues de l’attention. Ne prolongez l’attention que graduellement, mais cherchez cependant à la développer par l’éducation. Telles sont les précautions nécessaires pour éviter l’évolution de cette prétendue maladie des tics qui est en réalité une forme de la grande maladie des obsessions.
Observation ioo. — Tics à la suite d’efforts d’attention. Deux mots seulement sur cette malade pour relever un petit
LES TICS
détail qui nous intéresse : cette dame de 26 ans, Brr..., nousdit qu’elle a des tics. Cependant vous ne vous en apercevez pas, et vous trouvez qu’elle se tient fort immobile : c’est qu’il faut à se6 tics des conditions spéciales pour se développer. Elle est institutrice : pendant la première partie de sa leçon tout marche bien, elle parle facilement et elle n’a aucun tic ; mais elle commence alors à se sentir très fatiguée et à ne plus pouvoir faire attention, il lui faut beaucoup d’efforts pour continuer sa leçon. A ce moment, elle a, malgré elle, des clignements de l’œil et des secousses de l’épaule tout à fait interminables. Ces mouvements sont d’autant plus gênants qu’elle se sent devant des élèves, mais plus elle fait d’efforts pour se tenir immobile devant celles-ci, plus elle a des tics. N’est-ce pas la vérification de ce que nous vous disions: le tic se rapproche ici des phénomènes de la timidité. La dérivation au lieu de se faire sur les viscères comme dans l’angoisse des timides se fait sur les muscles en déterminant un mouvement systématisé par de vieilles habitudes. Nous disons timidité parce qu’il y a difficulté de l’acte causé par la présence des élèves. Il y a les tics des timides, comme il y a l’angoisse des timides.
Observation 101. — Torticolis mental. — Tic de toux, secousses du bras droit, algies des doigts et de la jambe.
Voici encore un cas de ce tic classique dont nous vous avons bien souvent présenté des exemples. Cette femme de 39 ans, Fous..., tient constamment sa tète tournée vers la gauche et un peu inclinée en avant comme si elle voulait reposer sur l'épaule gauche, celle-ci est d’ailleurs légèrement soulevée. Il n'y a pas ici de mouvement saccadé qui se répète c’est plutôt une attitude permanente (fig. 8).
L’examen du cou nous montre que le sterno-cléido-mastoïdien du côté droit est fortement tendu, le muscle est gonflé et il semble très gros, plus gros évidemment que le muscle du côté opposé. Cependant il ne s’agit pas d’une contracture de ce muscle, nous pouvons sans difficulté relever la tète et la tourner du côté opposé. Pendant que nous exécutons ce mouvement le sterno-cléidomastoïdien se relâche. Aussitôt que nous abandonnons la tête, ce muscle se contracte de nouveau et la tête reprend sa position habituelle. Est-ce un spasme tout à fait involontaire ? Une re-