‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 82 sur 201 · II. - x · texte numérisé non relu

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LES TfCS

dame, d’une famille assez normale, était assez bien portante, quoique nerveuse et colère. Elle eut, dès le début de son mariage, des accidents syphilitiques, il y a 17 ans. Une dizaine d années plus tard, c’est-à-dire il y a sept ans, elle présenta des troubles oculaires que le médecin, probablement avec raison, rattacha à la syphilis antérieure. Il lui prescrivit des frictions mercurielles qu’elle devait faire suivant la méthode dite d’Aix-la-Chapelle, d’abord sur les jambes, puis sur les cuisses, puis sur le ventre, etc. A ce moment, la pauvre dame souffrait également d’un cor au petit doigt du pied gauche; elle se dit, avec une logique que nous ne pouvons pas blâmer, que la pommade mercurielle étant bonne pour son mollet devait être également bonne pour son cor au pied et elle appliqua ladite pommade sur le petit doigt. Le malheur voulut qu’en coupant ce cor douloureux, elle le Ht saigner un peu. Elle fut aussitôt saisie d’une grande frayeur. Xe lui avait-on pas dit que cette pommade était dangereuse? qu’arriverait-il si, par hasard, un petit globule de mercure avait pénétré dans le petit doigt? Elle sentait déjà les contorsions déterminées par cet aspect mystérieux. Dès le lendemain, elle avait des crampes dans le pied ; à force de s’observer, de s'interroger sur l’état du pied malade, elle l’a vu peu à peu se déformer jusqu’à rendre la marche impossible.

Peu intelligente, elle a été émotionnée par cette histoire de l’onguent mercuriel et a conservé, sans réagir, cette préoccupation et cette crainte. Il semble bien vraisemblable de rattacher, à cette préoccupation, les spasmes et les attitudes du pied qui, peu à peu, ont donné naissance à une habitude pathologique. D’ailleurs, le succès facile du traitement va confirmer cette interprétation.

Observation io3. — Tic du pied. — Tics antérieurs, résultat du

traitement.

Rapprochons de cette première malade un jeune homme de 20 ans, le..., qui présente également au pied un accident très comparable au précédent. Ce jeune homme marche également avec peine, car il ressent au bout de quelques minutes de marche une grande souffrance dans la jambe droite. Il est obligé de s’arrêter une dizaine de minutes. Il repart; mais au bout de quelques mi-

LES TICS DES PIEDS

nutes, la même grande douleur le force de s’arrêter. Cette description éveille l’idée d’une claudication intermittente douloureuse par oblitération artérielle ; mais l’examen de la jambe malade nous amène à une autre supposition.

Cette jambe qui garde, même dans les grandes douleurs, la même coloration que la jambe saine, dont la température ne se modifie pas, dont les artères semblent normales est, en réalité, raidie par des spasmes qui siègent non seulement au mollet, mais encore à la cuisse. Après dix minutes de marche, la jambe est entièrement raide et l’on croit observer une contracture hystérique. Cette raideur disparaît complètement quand le malade est couché ou quand, étant debout, il ne pense ni à la marche ni à sa jambe. Dès qu’il regarde sa jambe droite ou dès qu’il essaie de marcher tous les orteils du pied droit se fléchissent fortement, se recroquevillent vers la plante du pied droit et cette flexion forcée des orteils persiste tant que Te... essaie de marcher (figures n et 12). C’est cette flexion forcée, au début peu gênante, qui devient au bout de peu de minutes insupportable et qui amène, à sa suite, la raideur de toute la jambe. Le malade sent très bien que la flexion des orteils se fait, dès le premier pas, qu’elle persiste et que c’est la douleur consécutive qui amène la raideur générale.

Ce n’est donc pas une claudication intermittente, c’est un spasme des orteils. Cette jambe ne présente aucun autre trouble du mouvement; si le malade est étendu, la force du membre est conservée, les mouvements des orteils sont libres, les réflexes sont normaux. La sensibilité tactile et musculaire est intacte. Tout au plus peut-on observer que le malade sent quelquefois une impression de froid à ce pied quand il est resté longtemps dans une attitude de raideur. Enfin il est facile de constater que, sous diverses influences morales, ce spasme peut disparaître. Si on dirige le malade et si on lui commande avec fermeté chaque mouvement des jambes, il peut exécuter des pas gymnastiques sans spasmes: quand il monte sur une bicyclette le spasme ne se produit pas. Enfin, au grand étonnement du malade, nous lui faisons constater que, s’il marche pieds nus en cherchant à bien sentir le sol avec la plante des pieds, il peut poser le pied à plat indéfiniment. Ce sont bien là, comme dans le cas précédent, les caractères d’un tic qui cesse momentanément sous l'influence d’un effort d’attention et de volonté.

L'étiologie est moins nette que pour Db... Ce que le malade peut nous raconter, c’est qu’il a toujours eu des tics. En particulier, on a, sans succès, d’ailleurs, usé de tous les procédés connus pour l’empêcher de se manger les ongles: les gants, la poix, les amers n’ont eu aucun résultat pendant des années. Cette habitude de se ronger les ongles a disparu complètement au

Fig. il. — Tic du pied droit.

Fig . la.

moment où s’est développé le trouble île la marche, il y a à peu près trois ans. Ce trouble aurait commencé, comme dit le malade, parce qu il a beaucoup souffert en mettant un soulier trop court et trop étroit. Cette explication est vraisemblable : nous voyons comment l’attention a été attirée vers le pied, et comment cette habitude a supprimé l’autre lie, qui existait depuis l’enfance.

Le traitement a été à peu près le même chez les deux derniers

LES TICS DES PIEDS

malades. Nous avons essayé de leur faire comprendre la nature de leur infirmité. Il n’a pas été facile d’enlever à Db... ses craintes sur 1 action terrible du mercure et de la faire renoncer à l’opération. Quand les malades ont compris qu’il s’agissait d’une mauvaise habitude et d’un trouble de leur propre volonté, nous les avons soumis à une gymnastique portant, non pas précisément sur le mouvement de la jambe, mais sur l’attention à ce mouvement. Ils devaient chercher à sentir exactement le sol sur lequel leurs pieds appuyaient, à le presser volontairement avec les orteils, à apprécier tous les détails du mouvement. Ce traitement, que proposait déjà l’un de nous en 1889 dans ses études sur l’automatisme psychologique et qui depuis a été souvent décrit, dérive en somme toujours du traitement des paralysies hystériques par le mouvement attentif tel que le recommandait Charcot.

Nous n’insistons que sur quelques détails particuliers. La malade Db... guérit très vite, en quelques semaines, et d’une manière tout à (ait complète. La suggestion avait sur elle une grande influence et l’éducation se faisait facilement.

Malheureusement, la guérison de sa jambe était à peine obtenue que Db... eut à souffrir d’un autre accident. A la suite d’une querelle violente avec sa concierge, elle conserva des sortes de crises bizarres. Presque tous les jours elle sentait une angoisse, un sentiment violent de colère et des impulsions à frapper et à mordre. Cet accident rentre dans les délires émotifs systématiques dont nous avons déjà parlé1. Il constitue encore une forme très spéciale de l’idée fixe : le système de phénomènes psychologiques et physiologiques qui se développe d’une manière exagérée est surtout d’ordre émotif. Nous n’avons pas à insister sur ce nouvel accident qui est en dehors de notre étude actuelle. II montre seulement la nature du tic précédent qui semble bien avoir été un phénomène du même genre, chez une personne très suggestible.

Lejeune homme Te... fut beaucoup plus difficile à guérir. 11 arrivait à marcher correctement s’il était chaussé de pantoufles à semelles fort minces, et s’il faisait une attention continuelle aux mouvements de son pied droit, mais le tic recommençait dès qu’il se relâchait de ses efforts. Nous avons dû l’aider par un petit traitement au moyen de l’électricité statique. Il est bien probable que l’électricité a eu surtout, dans ce cas, une influence sugges-

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