‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 81 sur 201 · LE TORTICOLIS SPASMODIQUE · texte numérisé non relu

LE TORTICOLIS SPASMODIQUE

marque de M. Brissaud qui peut encore s’appliquer ici nous montre que la malade peut en réalité arrêter le mouvement dès qu elle le désire. Fous... a découvert elle-même qu’en cas de nécessité elle pouvait tenir la tète droite par un artifice : il lui suffit de la soutenir par le petit doigt appliqué sous le menton (fig. 9). Inutile d’insister pour montrer que cet attouchement léger du petit doigt ne pourrait arrêter un véritable spasme du sterno-cléido-mastoïdien. Si ce procédé réussit c’est qu’à ce moment la malade cesse de contracter le muscle : on constate en effet facilement que le muscle esta ce moment mou et relâché.

Fig. 8. — Altitude permanente déterminée par un torticolis mental.

L’attitude permanente de la tête sur le côté gauche est donc déterminée par un mouvement quasi-volontaire, c’est la malade qui tient elle-même sa tête sur l’épaule gauche et qui cesse de la tourner quand elle croit avoir un point d’appui suffisant. D’ailleurs Fous... se rend vaguement compte de cet effort pour tourner la tête; de temps en temps surtout quand elle est distraite elle ne sent plus de quel côté sa tête penchait. Elle se trompe et l’incline à droite, puis elle se reprend et la tourne à gauche. « Mais ce mouvement, dit-elle, est absolument irrésistible, il faut qu’elle tourne ainsi sa tête et elle se croit tout à fait incapable de cesser. » Vous voyez que, par tous ses caractères, cette attitude de la tète

LES TICS

se rapproche des tics et mérite le nom sous lequel elle est bien connue de torticolis spasmodique intermittent; le tic véritable, cliniquement parlant, étant caractérisé par la brusquerie et l'irrégularité des secousses, leur apparition involontaire, etc.

Pour confirmer ce diagnostic, nous retrouvons dans la vie antérieure de la malade et aujourd’hui encore, bien des phénomènes psychasthéniques. Il faut noter dans la famille deux cas d’asthme et chez le père des impulsions irrésistibles à manger énormément, de véritables crises de boulimie. La malade, toujours nerveuse et

Fig. g. — Procédé qui détermine l’arrêt du üc.

impressionnable, a eu des vomissements nerveux, puis des crises de toux interminables. Elle a encore des secousses et des raideurs dans le bras droit et dans la jambe droite. Ajoutons qu’elle a eu souvent des sensations et des douleurs obsédantes dans divers organes. Encore actuellement, elle se plaint de sentir « de l’eau qui coule entre cuir et chair » dans le côté droit de la face, d’avoir des engourdissements douloureux dans les doigts de la main droite. Nous ne notons, dans ces endroits, aucun trouble delà sensibilité mais une sorte d’anxiété de la malade aussitôt qu’on examine ces régions. Il y a là des phénomènes analogues aux algies des psychasthéniques.

Nous connaissons mal les circonstances qui ont déterminé la loca-

LES TICS DES PIEDS

lisation du mouvement aux muscles du cou. La malade prétend que ce torticolis a commencé l’année dernière à la suite d’une dispute avec sa fille: c’est possible. Il semble qu’il y ait depuis longtemps une agitation motrice localisée au côté droit, agitation qui se manifeste encore par les tics et les raideurs du bras droit. 11 se peut que cette agitation augmentée à la suite d’une querelle ait déterminé une raideur du cou sur laquelle s’est fixée l’attention de la malade.

De pareils torticolis sont curables, il faut bieti le savoir, non par des opérations chirurgicales mais par une éducation méthodique du mouvement. Cet hiver encore nous avons pu débarrasser d’un torticolis semblable une femme de 5o ans chez qui la maladie durait depuis trois ans. Mais il est incontestable que ces traitements, toujours fort longs, demandent de la part du malade beaucoup de bonne volonté et de patience et de la part du médecin une attention, une dépense d’énergie, un effort prolongé pendant des mois qu’il est difficile de supposer quand on n’a pas essayé de diriger de semblables traitements.

Observation ioa. — Tics du pied. — Hypocondrie, émotion1.

Nous avons déjà, à plusieurs reprises, insisté sur la fréquence des tics par automatisme psychologique et nous avons cherché à montrer que de tels tics pouvaient affecter toutes les régions du corps et prendre les formes les plus diverses. « Le torticolis spasmodique, disions-nous2, est bien connu et il est en général rattaché à sa véritable origine : c’est une mauvaise habitude développée chez des individus de volonté insuffisante à la suite de quelque petite impression ou de quelque émotion, habitude qui a donné de l’importance à un petit système d’images motrices ou, en d’autres termes, qui a excité un centre fonctionnel. Mais nous voudrions faire observer que ces remarques ne s’appliquent pas seulement à ce torticolis; il y a une foule de grimaces, de spasmes, de troubles du mouvement d’apparence plus ou moins compliquée, siégeant sur tous les membres et qui se rattachent plus

i. Ces deux observations ont déjà été publiées par nous dans la nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, 1900.

a. Névroses et idées fixes, IJ, 38 1.

ou moins directement à la même interprétation. » Les deux malades que nous voudrions rapprocher aujourd’hui de ceux de la catégorie précédente justifient de nouveau ces remarques; ils nous présentent, tous les deux, un spasme ou plutôt un tic qui semble bien être d’origine psychique et qui siège sur un organe assez rarement atteint par désaffections de ce genre, sur le pied.

Fig. io. — Altitude du pied déterminée par un tic.

Cette dame, Db..., âgée de 37 ans, vient se plaindre de ne plus pouvoir marcher à cause d’une maladie de son pied gauche. En ellet, ce pied, comme le montre la figure 10, se porte légèrement en dedans dans l’attitude du varus ; en même temps le gros orteil se relève dans l’extension forcée, tandis que les trois orteils médians et surtout le petit doigt s’écartent fortement l’un de 1 autre en se dirigeant vers le côté externe. Cette attitude permanente provoque, pendant la marche, d’horribles souffrances

LES TICS DES PIEDS

depuis plusieurs années, car l’affection a débuté insidieusement, il y a sept ans, et s’est beaucoup aggravée depuis quatre ans. La malade, qui se désespère, a pris la résolution de suivre les conseils d’un chirurgien et de se faire couper les doigts du pied gauche. Elle espère pouvoir marcher beaucoup mieux après cette mutilation, et c’est en quelque sorte par acquit de conscience qu’elle vient nous demander notre avis avant de se faire opérer.

Au premier abord, cette attitude permanente, que nous observons pendant que la malade est debout, le pied posé à terre, éveille l’idée d’une contracture, d’autant mieux que nous rencontrons une vive résistance quand nous essayons de ramener les doigts à la position normale. 11 est vrai que ce serait une contracture bien bizarre, analogue à certaines contractures systématiques, que l’on observe chez les hystériques et qui peuvent conserver indéfiniment des attitudes singulières.

Mais, il est inutile d’insister sur ce point car on remarque très vite qu’il ne s’agit pas d’une contracture. Quand la malade est couchée bien tranquille, qu’elle ne songe plus à marcher, tout disparaît, le pied redevient souple. Même quand la malade est debout et quand le pied porte à terre, on le sent revenir à l’attitude normale, si la malade n’essaie plus de marcher et si elle est fortement distraite par des interrogations sur un autre sujet. Il est vrai que cette position normale ne dure ainsi que peu de temps: Db... ne tarde pas à se préoccuper de nouveau de son pied, le regarde, et immédiatement, le pied dévie en dedans, le pouce se relève et les doigts s’écartent. En un mot, il s’agit d’une attitude qui n’est aucunement permanente, mais qui se reproduit par un mouvement complexe et brusque dès que la malade essaie de marcher ou mieux dès qu elle pense à son pied. Db... remarque elle-même que la nuit tout va mieux; pendant une petite maladie, elle est restée couchée sans pouvoir se lever et ce jour-là son pied était guéri . Au contraire, l’humidité, le vent, qui la préoccupent pour son pied, augmentent le spasme et les souffrances. Ajoutons que l’on ne constate, ni au pied, ni sur la jambe, aucun trouble de la sensibilité tactile ou de la sensibilité musculaire. Le diagnostic de contracture hystérique doit donc être écarté; c’est bien plutôt ce qu’on appelle un tic, analogue, dans ses caractères, au torticolis spasmodique.

Dans quelles conditions ce tic bizarre s’est-il développé? L’origine en est amusante et confirme notre diagnostic. Cette brave

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