‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 87 sur 201 · LES TICS DE CONTRACTION · texte numérisé non relu

LES TICS DE CONTRACTION

surtout depuis la puberté, cette personne a présenté une série d’accidents différents de celui-ci sans doute, mais intéressants. Elle a eu, pendant des années, des mouvements involontaires du cou qui étaient provoqués par un sentiment de gène. Elle tournait son cou à droite et à gauche comme s’il était gêné par un col étroit, puis ce lurent, pendant très longtemps, des mouvements analogues du tronc qui se sentait gêné par le corset; de tels mouvements avec de tels sentiments sont bien typiques, ce sont des tics. Les sentiments de gêne qui les accompagnent sont très fréquents chez les tiqueurs, ils rentrent dans ce groupe considérable des sentiments qui font croire au sujet que son action est incomplète, insuffisante, gênée, que ses sentiments ne vont pas jusqu'au bout, que son intelligence comprend incomplètement; nous les avons souvent baptisés d’un nom qui est un barbarisme mais qui fait image, des sentiments d’in complétude.

Plus tard à l’époque tout justement où vont commencer, à l’hôpital Andral, ces singulières contractions des jambes qui nous embarrassent, la malade avait au plus haut point les sentiments d’incomplétude. Elle ne se sentait bien nulle part, elle voulait toujours changer de place et d’occupation, elle était constamment tourmentée et inquiète. Ces sentiments étaient singulièrement aggravés par un tourment sérieux, elle avait, comme elle dit, une affection et elle craignait d’être abandonnée par un ami qui était pour elle un soutien. Nous savons combien ces personnes faibles et inquiètes ont besoin de direction morale et sont affolées à la pensée d’être abandonnées. Chez celle-ci la crainte de l’isolement se compliquait de jalousie, ce qui est fréquent et de désir de vengeance. Elle avait beaucoup d’amour pour le personnage et il lui venait malgré elle des idées très tristes qui lui faisaient horreur, des tentations de le tuer. Ces regrets et ces tentations se présentaient d une manière obsédante par crises horriblement pénibles, accompagnées d’angoisse et d’agitation.

Ajoutez les troubles de la santé physique, les troubles neurasthéniques, le rein flottant plus ou moins réel, la tristesse d’un séjour à l’hôpital où elle n’osait pas exprimer toutes les idées qui la tourmentaient et vous comprendrez que ces crises d’agitation mentale se soient beaucoup aggravées et se soient accompagnées d’agitation physique comme il arrive très souvent chez les obsédés.

Plusieurs fois déjà avant le jour où elle est tombée par terre,

LES TICS

elle se tordait dans son lit, elle se raidissait de toutes manières, de même qu’autrefois elle tordait le tronc avec le sentiment de la gêne du corset. Elle avait des idées de suicide, et d’homicide elle se sentait poussée par une volonté étrangère, elle faisait des efforts pour résister et ses efforts amenaient l’agitation de tout le corps. Un jour cette crise complète, morale et physique, la prit, quand elle était debout: elle ne put résister, tomba, ou plutôt se coucha parterre. Les assistants furent frappés des contractions de ses jambes, ils ne remarquèrent pas assez l’agitation générale du corps et ne soupçonnèrent pas du tout l’agitation mentale : il est vrai que la malade se garda d’avouer ses obsessions. On parla de contracture des jambes, on fit un traitement local par l’électricité et le massage. Ce traitement ne fut pas sans action : il réussit à distraire un peu la malade de son agitation générale, à attirer son attention et sa préoccupation sur ses pieds et a donner à la crise une forme plus systématique. La crise conserve encore quelques-uns des caractères généraux : obsession de jalousie, impulsions à tuer, angoisse, mais elle est surtout schématisée par la contraction des jambes, en un mot c’est une crise de tics, ce sont des tics tels qu’ils sont constitués, quand l’agitation générale est remplacée par une agitation systématique.

Vous voyez que cette analyse change le diagnostic : ce ne sont pas des contractures hystériques, mais des tics psychasthéniques. Au point de vue théorique ce changement de diagnostic a-t-il quelque intérêt? Oui, car des contractures hystériques supposeraient un trouble assez local, une certaine forme d’anesthésie musculaire, un certain trouble des centres moteurs et des idées fixes étroitement en rapport avec les jambes. Au contraire, s'il s’agit d’un état psychasthénique, le trouble est beaucoup moins local, il s’agit plutôt d’une faiblesse générale de tout l’esprit avec des obsessions qui n’ont qu’un rapport très vague avec les jambes. Au point de vue thérapeutique cette distinction a aussi quelque intérêt : les douches froides, utiles pour réveiller l'engourdissement périphérique de l’hystérique, n’ont pas un aussi bon effet sur le psychasthénique qu elles agitent ; le bromure qui n’agit guère dans le cas d’hystérie agit beaucoup mieux sur les obsédés agités ; enfin le traitement local indispensable dans l’hystérie où il faut rééduquer les mouvements est inutile et nuisible, dans ce cas, car il systématise le tic.

Page 1