‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 86 sur 201 · LES TICS DE CONTRACTION · texte numérisé non relu

LES TICS DE CONTRACTION

cée. En même temps la malade ressent des élancements très violent dans les jambes (fig. i5).

Tout cela dure cinq minutes environ, puis les jambes reprennent peu à peu leur position normale, mais les élancements persistent

Fig. i5. — Attitude pendant la crise de contraction des membres inférieurs.

pendant assez longtemps après la crise dont la malade sort avec une lassitude intense et une profonde envie de dormir. Au début, les contractures étaient fugaces et intermittentes, et n’atteignaient que les muscles de la jambe: depuis cinq ou six mois, elles remontent jusqu’à la cuisse et sont beaucoup plus persistantes.

Parfois les crises sont nombreuses se suivent à cinq minutes d’intervalle : la malade en sort complètement anéantie. Les contractures surviennent quelle que soit la position de la malade. Au début, les crises survenaient dans la rue et elle était obligée pour ne pas tomber de se raccrocher aux réverbères. La moindre émotion, une simple appréhension, la crainte d'avoir une contracture suffît à lui donner un accès. Les cuisses sont rapprochées, la malade ne peut détacher les pieds du sol, elle avance à grand’peine en frottant les genoux l’un contre l’autre, les deux jambes sont comme collées l’une contre l’autre.

Cette description éveille nettement dans l’esprit la pensée d’accidents hystériques, de contractures uniquement limitées aux membres inférieurs et on a envie de s’engager dans le traitement d’un accident hystérique local: douches froides, massage des jambes, mobilisation, etc.

Cependant divers détails doivent déjà attirer votre attention : ce sont de singulières contractures hystériques, elles ne durent que très peu de temps, quatre à cinq minutes au maximum, c’est-àdire le temps qu’un sujet normal peut tenir ses jambes raides sans trop de fatigue; dès que la fatigue survient le sujet détend ses jambes. Dans la contracture hystérique véritable au contraire, la fatigue n’est pas ressentie et la contraction d’une nature spéciale, il est vrai, se prolonge indéfiniment. Il faudrait alors parler de crises hystériques, mais vous n’avez là ni perte de conscience, ni troubles de mémoire, ni agitation générale qui d’ordinaire accompagnent les crises. Cependant il est théoriquement possible que ce soit une petite crise d’hystérie localisée aux jambes pour des raisons qu’il faudrait découvrir.

Mais avons-nous des raisons pour supposer cette crise d’hvstérie bizarre ? L’examen le plus attentif ne révèle aucun stigmate d’hystérie: il n’y a aucune modification des diverses sensibilités, la sensation de la douleur est partout même aux jambes aussi normale que la sensation de toucher et la sensation de chaleur; on ne constate aucune zone hystérogène, aucun point ovarien, mammaire ou rachidien. Les sens spéciaux ne présentent aucune modification, la vue n’est aucunement troublée et le champ visuel n’est pas rétréci.

Ces diffî cultés nous amènent à revenir sur l’examen du sujet et sur son histoire. Parmi les antécédents, il y a quelques détails que nous avons négligés jusqu’à présent. Depuis la jeunesse,

Page 1