LES CRISES DE TICS
quant aux causes occasionnelles des crises on les voit facilement. Dans les journées on elle a un grand sentiment d’ennui, de découragement elle ne peut essayer aucune action sans avoir une crise de tics. Même quand elle se porte mieux un effort amène cette crise : elle essaye de chanter devant les malades et tombe en crise de tics au bout de quelques notes. La moindre émotion amène le même résultat c’est-à-dire qu’elle disparaît et laisse les tics se développer à sa place. La malade a reconnu le fait tout au début de sa maladie à propos des masturbations ; le plaisir n’arrivait pas mais il était remplacé par les tics. En un mot ces crises de tics sont des phénomènes de dérivation chez une grande aboulique. La forme que la dérivation a prise lient évidemment à des faits qui se rapprochent de la suggestion sans lui être cependant tout à fait identiques.
Cette interprétation est encore mieux vérifiée si nous considérons les phénomènes qui ont peu à peu remplacé la crise. Même au montent de sa grande maladie des tics elle ne répétait pas toujours les mêmes tics, et sa crise était infiniment moins régulière que celle des hystériques. Quelquefois, au lieu de faire toutes ces contorsions et de dire tous ces gros mots, elle se bornait à un bavardage interminable sans signification, elle s’interrompait pour vous dire sérieusement quelques mots, puis elle continuait : « Encrier, la soupe dedans, la lampe sur mon nez, bonsoir monsieur, madame, etc » D’autres fois elle se laissait aller à des mouve-
ments violents : « Casser de la vaisselle, disait-elle, m’a épargné bien des crises. » C’est là un fait bien connu d’ailleurs chez les gens qui ont besoin d’une dérivation.
Enfin les crises du début qu’elle avait à son entrée à l’hôpital ont peu à peu disparu en grande partie par le repos, en partie par l’ éducation que nous lui faisions ; mais quand elle a quitté le service au bout d’un an, elle avait encore toutes ses souffrances dans la tête, des bruits, des craquements, des élancements, une aboulie presque aussi grande. D’autres phénomènes commençaient qui n’ont fait que s’aggraver depuis, des inquiétudes, des angoisses, certaines manies mentales, par exemple la manie d’oscillation, bille a commencé à étudier la déclamation, mais elle se disait que la vie d’actrice n’est pas toujours très correcte et qu’il serait plus facile d'être une sainte dans un couvent : son esprit oscillait pendant des heures entre la pensée de ces deux carrières, la vie de débauche et le théâtre, la sainteté parfaite et le couvent. Elle n’arrivait
262 LES TICS
à choisir ni l’une ni l’autre. Elle a la manie mentale du nombre « trois », il faut couper tout ce qu’elle mange entrois, ranger tous les objets en triangle ; elle a des interrogations religieuses sur l’existence d’un dieu ou d’un démon, des obsessions de présage ; elle se représente pendant des heures la façon dont elle sera écrasée dans une rue sans trottoir et elle conjure ce danger par la formule : « trois, neuf, trois quarts de neuf ». Toutes nos études nouvelles sur les faits de ce genre rendent maintenant le diagnostic bien net, c’est actuellement une obsédée, avec toutes les manies du doute. Il est donc bien probable que ces tics formidables du début étaient la manifestation de la même maladie. Cette observation nous montre une fois de plus que la maladie des tics n’est souvent qu’une première phase de la psychasthénie et qu’il faut éviter de confondre avec l’hystérie les agitations des psychasthéniques.
Observation ii5. — Spasme de l’œsophage. — Anorexie.
Nous avons souvent parlé ensemble de cette maladie si curieuse, le spasme de l’œsopliage, maladie en somme si peu connue et contre laquelle nous sommes bien désarmés. Voici un cas qui nous montre d’une manière intéressante la relation incontestable qui unit le spasme de l’œsophage aux autres obsessions. Cet homme, Boui..., âgé de 38 ans, a présenté depuis un an un beau spasme de l’œsophage qui s’est installé, prétend-il, à la suite de l’ingestion de café trop chaud. Dès qu’il absorbait les aliments, l’œsophage se resserrait spasmodiquement, les aliments restaient arrêtés avant d’arriver à l’estomac et ne tardaient pas à être rendus dans un vomissement. On pouvait très bien avec la sonde vérifier l’existence de ce spasme. Il mangeait très difficilement, ne se nourrissait que de liquides et quelquefois ne pouvait rien absorber. A ce moment, notez bien qu’il avait de l’appétit et qu'il aurait bien mangé s’il avait pu.
Nous l’avons traité de notre mieux par les douches, un peu de bromure, les suggestions et l’éducation de la déglutition. Nous ne prétendons pas que ce soit notre traitement qui ait agi ; en présence de ces faits bizarres il faut être modeste. En tout cas, depuis deux mois qu’il venait nous voir, il a graduellement avalé de mieux en mieux. Les purées d’abord, puis les viandes ont passé