L’AGITATION MENTALE DIFFUSE
ne se sent pas libre d’arrêter ses pensées, quand il lui plaît; ses efforts dans ce sens n’aboutissent qu’à augmenter l’agitation de l’esprit. « C’est comme un tourbillon d’idées, un fuite échevelée de pensées qui se succèdent avec une rapidité de plus en plus grande et il ne faut pas songer à les arrêter; quand je me résigne à les laisser couler comme elles veulent, mes rêveries sont plus calmes et moins pénibles ».
Ce phénomène peut être caractérisé comme une agitation intellectuelle comparable tout à fait à l’agitation motrice que nous avons vue chez certains sujets et à l’agitation émotionnelle qui constitue les états d’angoisse diffuse. Cette agitation mentale est en effet diffuse, elle ne s'est pas encore systématisée, comme elle le fera probablement plus tard, pour constituer quelque manie mentale.
Cette agitation mentale diffuse n’a été que peu étudiée par les aliénistes : c’est ce que quelques auteurs appellent la fuite des pensées, le mentisme. Elle nous paraît importante à bien comprendre; elle nous montre que l’agitation des psychasthéniques n’est pas uniquement une agitation émotionnelle, comme on est trop disposé à le soutenir, qu’elle peut prendre de tout autres formes dans lesquelles l’émotion n’a rien à faire. Cette malade, Lib..., n’est aucunement une émotive, elle est au contraire beaucoup trop froide et indifférente, absorbée dans ses pensées, elle ne s’intéresse à rien et ne s’émotionne de rien. Cet état nous montre qu’à côté de l’émotivité diffuse et sur le même plan comme source des manies mentales et des obsessions, il faut placer l’agitation intellectuelle et la rêverie forcée.
Quant à l’origine et au rôle de cette rêverie forcée nous ne partageons pas l’interprétation que donne la malade. Celle-ci pense que sa rêverie est le point de départ de tous ses autres troubles, que c’est elle qui en distrayant l’esprit détermine l’absence d’attention, la suppression de la volonté et le trouble du sommeil. Pour nous, qui avons observé bien souvent ces aboulies indépendamment de la rêverie ou accompagnées de toutes autres agitations, nous croyons qu’il faut renverser les termes. L’aboulie, l’inattention, et même l’insomnie sont les phénomènes primitifs. Comment se fait-il que l’acte volontaire, la perception attentive des faits présents et le sommeil disparaissent tandis que l’activité intellectuelle paraît se conserver et même se développer
avec une telle exagération. C’est que cette activité intellectuelle o i
LES AGITATIONS MENTALES